Modifié le 19 mai 2016 à 09:45

Un maire américain voudrait des locaux d'injection sur le modèle suisse

Le maire d'Ithaca avec son badge aux couleurs de la Suisse.
USA: des locaux d’injection de drogue sur le modèle suisse? Le Journal du matin / 4 min. / le 19 mai 2016
Le maire de la ville d'Ithaca, dans l’Etat de New York, a provoqué un vif débat en lançant le projet d’un "centre d’injection" inspiré des expériences menées en Suisse depuis une trentaine d'années.

Svante Myrick, 29 ans, maire d’Ithaca, est une étoile montante du parti démocrate qui a provoqué un tourbillon médiatique sur sa ville de l'arrière-pays new-yorkais, en plaidant pour l'ouverture de centres d’injection qui seraient les premiers des Etats-Unis.

Dans cette optique, l'élu américain a rencontré l’ancienne présidente Ruth Dreifuss et s'inspire de ce qu'il appelle la puissante leçon donnée par la Suisse. Car Svante Myrick estime qu'il y a urgence: "quatre personnes sont mortes d'une overdose ces dix derniers jours. Le modèle suisse a réduit de deux tiers les morts par overdose. Appliqué aux Etats-Unis, il aurait permis de sauver cinq mille personnes."

Les Etats-Unis aujourd'hui débordés

Les Etats-Unis sont actuellement submergés par une vague d'addiction aux opiacés. Tout a commencé au milieu des années 2000 avec l'explosion des prescriptions d'antidouleurs dérivés de l'opium, explique Angela Sullivan, directrice du conseil de l'alcool et des drogues du comté de Tomkins.

Or, quand les patients n'ont plus eu accès aux médicaments, ils se sont dirigés dans la rue pour se fournir. Et ce, juste au moment où le prix de l'héroïne atteignait un plancher. Résultat: les Etats-Unis sont aujourd'hui débordés. Et les vieilles recettes, comme l'incarcération à outrance, ne fonctionnent plus.

Un constat d'ailleurs partagé par Svante Myrick: "Les gens sont fatigués d'entendre les mêmes platitudes depuis longtemps: que les drogués sont de mauvaises personnes... qu'on sera en sécurité si on les enferme et qu'on jette la clef. Le président Nixon a déclaré la 'guerre contre la drogue' en 1975, et ça n'a pas marché! Si vous continuez à proposer une solution qui ne fonctionne pas, les clients se révoltent! Et des politiciens des deux bords ont compris ce message", a-t-il expliqué à la RTS.

La loi contre le projet d'Ithaca

Ce local d'injection d'Ithaca serait le tout premier des Etats-Unis. Mais les opposition sont déjà farouches. "C'est une terrible idée", lâche par exemple un commerçant cambriolé plusieurs fois par des toxicomanes, et qui a vu plusieurs amis victimes d’overdose. 

Le maire Myrick espère toutefois que l'Etat de New York décrétera une sorte d'état d'urgence sanitaire qui lui permettra de contourner les lois actuelles.

Mais les institutions d'aide au toxicomanes sont également très sceptiques. Bill Rusen, du centre thérapeutique Cayuga, juge que la priorité serait plutôt d'augmenter les moyens très faibles pour la prise en charge des toxicomanes. Selon lui, un local d’injection enverrait un mauvais message à la population. Tandis qu'Angela Sullivan rappelle de son côté la position très conservatrice aux Etats-Unis en matière de lutte contre la drogue.

Changement de paradigme?

Mais un mouvement profond est en train de bouleverser la politique américaine face aux drogues. Illustré par exemple par Chris Christie, ancien candidat républicain à la présidentielle, qui affirme que la drogue est une maladie et que la prison n'est pas la solution.

L'ampleur de l'addiction à l'héroïne a ainsi fait évoluer le parti républicain lui-même, où l'on veut en finir avec l'incarcération massive initiée lors de la lutte contre le crack, qui touchait avant tout des Noirs.

Mais avec l'héroïne, c'est désormais la classe moyenne des banlieues blanches qui est concernée. Du coup, les élus sont plus enclins à traiter l'addiction comme une maladie plutôt qu'un crime.

La fulgurante ascension de Svante Myrick

Il en faudra tout de même plus pour aller jusqu'à l'ouverture de centres d'injection. Mais la légalisation du cannabis montre que les choses peuvent rapidement changer aux Etats-Unis.

Ce dossier tient particulièrement à coeur au maire d'Ithaca, Svante Myrick, qui a passé les 6 premiers mois de sa vie dans un refuge pour sans-abri, abandonné par son père toxicomane: "Une expérience qui ne vous quitte jamais", conclut-il.

Ce projet de local d'injection pourrait favoriser l’ascension politique de Svante Myrick. Hillary Clinton l'a pris dans son équipe. Les grands médias américains s’arrachent ce jeune et brillant représentant de la communauté noire, qui pourrait même s'exprimer à la convention démocrate de juillet prochain. Un idée née en Suisse l'aurait alors fait accéder aux sommets de la politique américaine.

Philippe Revaz/jzim

Publié le 19 mai 2016 à 07:32 - Modifié le 19 mai 2016 à 09:45