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Plusieurs pays évacuent leur personnel diplomatique et ressortissants du Soudan

Le Soudan s’enfonce dans la guerre civile. L’Italie va rapatrier des ressortissants suisses bloqués à Khartoum
Le Soudan s’enfonce dans la guerre civile. L’Italie va rapatrier des ressortissants suisses bloqués à Khartoum / 19h30 / 1 min. / le 23 avril 2023
Plusieurs pays dont les Etats-Unis, la France ou encore l'Allemagne ont débuté des opérations de rapatriement de leurs ressortissants du Soudan. La guerre entre armée et paramilitaires y fait rage depuis plus d'une semaine.

Le président américain Joe Biden a annoncé samedi soir tard que l'armée avait "mené une opération pour extraire le personnel du gouvernement américain de Khartoum".

Quelque 100 soldats des opérations spéciales américaines ont participé à l'évacuation d'un "peu moins d'une centaine" de personnes, dont plusieurs diplomates étrangers, au moyen d'une opération héliportée, selon le département d'Etat. Une évacuation des autres ressortissants américains, qui seraient plusieurs centaines, n'est pas prévue "pour le moment".

Plus tôt, les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR), qui se battent contre l'armée régulière soudanaise, avaient affirmé avoir "coordonné" avec les Etats-Unis l'évacuation des diplomates américains et de leurs familles à bord de six avions.

Le Canada a annoncé, lui, qu'il suspendait temporairement ses opérations diplomatiques au Soudan, indiquant que son personnel travaillerait d'un "endroit sécuritaire à l'extérieur du pays"."La situation au Soudan s'est rapidement détériorée, rendant impossible d'assurer la sécurité de notre personnel à Khartoum", a indiqué Ottawa dans un communiqué. "Nos diplomates sont en sécurité et travaillent de l'extérieur du pays", a précisé la ministre des Affaires étrangères Mélanie Jolie sur Twitter sans toutefois donner plus de détails.

Les combats sont entrés dans leur deuxième semaine à Khartoum, la capitale du Soudan. [AFP]

Pays de l'UE

L'Union européenne multiplie les contacts pour évacuer par voie terrestre ses quelque 1500 ressortissants, a annoncé vendredi à l'AFP un responsable européen. L'UE a une délégation à Khartoum et sept pays - France, Allemagne, Italie, Espagne, Pays-Bas, Grèce et République tchèque - ont des représentations dans la capitale soudanaise.

La France a annoncé dimanche avoir commencé une "opération d'évacuation rapide" de ses ressortissants et de son personnel diplomatique. Des ressortissants européens et venant de "pays partenaires alliés" sont également pris en charge.

L'Italie a lancé dimanche une opération pour évacuer ses ressortissants, mais aussi des Suisses et des membres de l'ambassade du Saint-Siège. "Au total, nos soldats prendront en charge environ 200 personnes", selon le ministre des Affaires étrangères Antonio Tajani.

Une "poignée" de ressortissants néerlandais ont été évacués à bord d'un avion français, tandis qu'un autre groupe de Néerlandais a quitté Khartoum par la route dans un convoi de l'ONU, a déclaré le ministre néerlandais des Affaires étrangères Wopke Hoekstra. Celui-ci espère l'évacuation d'un autre groupe à bord d'un avion néerlandais plus tard dans la journée. Le ministre a fait état d'une "opération très complexe".

Le ministère allemand de la Défense a annoncé dimanche avoir commencé l'évacuation de ses ressortissants allemands après l'échec, selon l'hebdomadaire allemand Der Spiegel, d'une première tentative mercredi.

La Grèce a annoncé avoir évacué dimanche un premier groupe de ses ressortissants, dont deux blessés, vers Djibouti, "avec l'assistance de la France". La Suède a envoyé environ 150 soldats pour évacuer ses diplomates et ressortissants du Soudan, selon son ministère de la Défense, tandis que la Norvège a elle annoncé l'évacuation de ses diplomates à Khartoum.

Royaume-Uni et Irlande

De son côté, le Premier ministre britannique Rishi Sunak a annoncé ce dimanche l'évacuation du personnel diplomatique du Royaume-Uni et de leurs familles. "Les forces armées britanniques ont procédé à une évacuation complexe et rapide du Soudan des diplomates britanniques et de leurs familles, dans un contexte d'escalade de la violence et de menaces à l'encontre du personnel de l'ambassade", a tweeté Rishi Sunak. "Nous continuons à rechercher toutes les solutions pour mettre fin au bain de sang au Soudan et assurer la sécurité des ressortissants britanniques restés dans le pays", a ajouté le chef du gouvernement conservateur.

L'Irlande a indiqué de son côté avoir entamé le "processus d'évacuation" de ses ressortissants et les personnes à leur charge.

L'ambassade de Suisse à Khartoum a été quant à elle fermée ce dimanche. Les sept membres du personnel ainsi que les cinq personnes d'accompagnement ont pu être évacués en collaboration avec des pays tiers, a indiqué dimanche soir le DFAE.

>> Lire l'article complet : La Suisse ferme son ambassade au Soudan et évacue son personnel

Pays arabes

L'Arabie saoudite a évacué samedi 91 Saoudiens ainsi qu'une soixantaine de ressortissants de 12 autres pays. La Jordanie a déclaré samedi avoir commencé l'évacuation d'environ 300 de ses ressortissants.

L'Irak a pour sa part annoncé dimanche l'évacuation de 14 Irakiens de Khartoum "vers un site sécurisé de Port Soudan", assurant que les efforts se poursuivent pour évacuer ceux qui restent. La veille, Bagdad avait annoncé que "l'équipe diplomatique irakienne avait été évacuée" de l'ambassade.

Le Liban a déclaré que 60 de ses ressortissants avaient également quitté Khartoum par la route et qu'ils étaient "en sécurité". L'ambassade de Tunisie à Khartoum a annoncé dimanche que l'opération d'évacuation des membres de la communauté tunisienne au Soudan commencera lundi. Pays voisin du Soudan, la Libye a annoncé par la voie de son ambassade à Khartoum l'évacuation de 83 Libyens de la capitale vers Port-Soudan.

Ankara a annoncé qu'elle évacuerait ses "ressortissants se trouvant dans les zones de conflit par la voie terrestre et en passant par un pays tiers". L'évacuation des quelque 600 ressortissants a commencé dimanche depuis deux quartiers de Khartoum et de Wad Madani, à 200 kilomètres au sud.

Mais l'évacuation du quartier de Kafouri, dans le nord de Khartoum, a été reportée "jusqu'à nouvel ordre" à cause d'une explosion dimanche près d'un lieu de rassemblement, selon l'ambassade de Turquie à Khartoum.

Corée du Sud, Japon, Chine, Indonésie, Inde

D'autres pays se préparent à évacuer leurs ressortissants, notamment la Corée du Sud et le Japon, en déployant des forces dans des pays voisins. En Indonésie, le gouvernement "prend toutes les mesures nécessaires pour évacuer les citoyens indonésiens du Soudan", a déclaré dimanche à l'AFP le ministère des Affaires étrangères.

L'Inde a indiqué travailler "en étroite collaboration avec divers partenaires pour assurer le déplacement en toute sécurité des Indiens bloqués au Soudan et qui souhaiteraient être évacués". L'armée soudanaise a par ailleurs déclaré qu'elle coordonnait les efforts visant à évacuer des diplomates chinois.

Pas de trêve en vue

Après une relative accalmie la nuit précédente, les combats ont repris samedi à Khartoum, privée en grande partie d'électricité et d'eau courante. Internet était quasiment inopérant dans l'ensemble du pays, selon l'organisation NetBlocks qui observe l'accès au web à travers le monde (lire encadré).

>> Lire : L'armée soudanaise annonce un cessez-le-feu après une semaine de combats

De fortes explosions ont secoué la capitale samedi dans la journée et des échanges de tirs ont été entendus dans différents quartiers, selon des témoignages sur place.

Le pape François a appelé au "dialogue" face à la "grave" situation dans le pays, où, depuis le 15 avril, les deux généraux au pouvoir depuis leur putsch de 2021 se sont lancés dans une guerre sans merci.

Les violences, principalement à Khartoum et au Darfour, dans l'ouest, ont fait selon l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) plus de 420 morts et 3700 blessés. Elles ont déplacé des dizaines de milliers de personnes vers d'autres Etats du Soudan, ou vers le Tchad et l'Egypte, tandis que plusieurs pays se mobilisent pour évacuer leurs ressortissants.

afp/jop

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Coupure "quasi totale" d'internet

Le Soudan a subi une panne d'internet "quasi totale", a déclaré dimanche un observatoire du web basé au Royaume-Uni.

"Les données de réseau en temps réel montrent un effondrement quasi total de la connectivité internet au Soudan, la connectivité nationale n'atteignant plus que 2% des niveaux ordinaires", a tweeté NetBlocks, une organisation qui surveille l'accès au web dans le monde entier.

La population de ce pays du nord-est de l'Afrique doit également faire face à des pénuries d'électricité et de nourriture.