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"Nous devons rester unis pour aider l'Ukraine, pour ramener la paix sur notre continent"

Geopolitis [RTS]
Ukraine, résistance – rétrospective 2022 / Geopolitis / 26 min. / le 18 décembre 2022
Dix mois après le début de la guerre en Ukraine, les combats sont toujours intenses et des millions de personnes sont touchées par des coupures d'électricité, de chauffage ou d'eau. Pour la présidente moldave Maia Sandu, il est nécessaire de maintenir les soutiens militaires et économiques apportés à l'Ukraine.

Après Izioum en septembre, l'Ukraine a repris Kherson à la mi-novembre. En quelques semaines, les forces ukrainiennes, renforcées par l'envoi massif d'armes occidentales, ont repoussé l'armée russe sur de larges pans du territoire. Mais la guerre est loin d'être finie. Les combats et les attaques continuent le long de la ligne de front, mais aussi au-delà. Les autorités ukrainiennes dénonçaient encore vendredi une attaque de missiles russes sur Kiev. Une majorité d'entre eux auraient été détruits par les défenses aériennes. De nombreuses localités sont aussi touchées par des coupures d'électricité ou de chauffage, alors que la Russie a ciblé ces dernières semaines les infrastructures énergétiques du pays.

Face au retour d'un conflit à haute intensité en Europe, les membres de l'UE tentent d'afficher un front uni face à la Russie. Selon l'Institut Kiel pour l'économie mondiale, l'aide financière, militaire et humanitaire promise à l'Ukraine de la part des pays membres et institutions de l'Union s'élève à près de 52 milliards d'euros, plus que celle des États-Unis qui atteint presque 48 milliards.

Aujourd'hui, l'Ukraine défend sa liberté, défend la liberté de la Moldavie, et défend la liberté du continent européen.

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Maia Sandu

Pour Maia Sandu, présidente de la Moldavie, et invitée spéciale de Géopolitis, il est nécessaire que le soutien militaire et économique à l'Ukraine se poursuive: "Aujourd'hui, l'Ukraine défend sa liberté, défend la liberté de la Moldavie, et défend la liberté du continent européen", souligne la dirigeante. "C'est important pour la démocratie, peu importe les difficultés. Et je comprends que c'est très difficile, croyez-moi. Venant d'un pays pauvre qui paie pour le gaz sept fois plus que l'année dernière, qui paie pour l'électricité quatre fois plus que l'année dernière, avec un taux d'inflation de 34%, je comprends à quel point c'est difficile pour tout le monde. Mais nous devons continuer à rester ensemble solidaires pour aider l'Ukraine, pour ramener la paix sur notre continent et consolider nos démocraties."

Tout comme la Moldavie, les pays européens font face à une flambée des prix. L'inflation atteint 11,5% en moyenne pour les membres de l'UE, près de 39% pour le seul secteur des énergies, selon les données de l'OCDE. L'Union a mis en place un embargo sur le pétrole russe importé par bateau et tente de réduire sa dépendance vis-à-vis du gaz produit par la Russie. Pour remplir leurs réserves de gaz, les dirigeants européens courtisent de nouveaux fournisseurs, comme le Qatar et surtout les Etats-Unis. Le pays est de loin le premier pourvoyeur de gaz naturel liquéfié (GNL) de l'Union européenne.

Moldavie, en première ligne

La Russie utilise aussi l'arme du gaz pour tenter d'influencer la politique des pays européens à son égard. La Moldavie en a fait l'expérience. "Gazprom a déjà réduit de 60% ses livraisons de gaz à la Moldavie, malgré le fait que nous avons un contrat et que nous avons payé", souligne Maia Sandu. Petit pays pauvre voisin de l'Ukraine, la Moldavie est en première ligne face au conflit et à ses conséquences. La présidente moldave dénonce la "guerre hybride" que la Russie livre, selon elle, à son pays. Depuis le début du conflit, le pays subit des cyberattaques et une guerre de l’information.

La Moldavie, du fait de son histoire, se sent aussi particulièrement menacée par l'offensive russe. "Si la Russie n'est pas arrêtée, alors cela va créer un précédent sur le fait que le droit international peut ne pas être respecté", souligne la présidente, élue en 2020 sur un programme pro-européen et anti-corruption, face à un adversaire soutenu par le Kremlin. Lors de l'effondrement de l'URSS, une partie de la Moldavie, la Transnistrie, avait proclamé son indépendance. Cette bande de territoire séparatiste de 4000 km carrés le long de la frontière avec l'Ukraine n'est reconnue par aucun Etat, pas même la Russie qui maintient pourtant une garnison de 1500 hommes sur son territoire. La Transnistrie a, à plusieurs reprise, demandé son rattachement à la Fédération de Russie.

La région séparatiste de Transnistrie, en Moldavie. [ Géopolitis - RTS]La région séparatiste de Transnistrie, en Moldavie. [ Géopolitis - RTS]

De la guerre régionale à la guerre mondiale?

La perspective d'un débordement du conflit en dehors des frontières ukrainiennes semble s'éloigner à mesure que les forces ukrainiennes poussent l'armée russe à se replier dans l'est du pays. Mais le risque d'une escalade internationale de la guerre ne peut être exclu. Des missiles russes ont violé l'espace aérien moldave, rappelle Maia Sandu. "Nous avons eu des cas où des débris sont tombés sur notre territoire, sur les maisons de Moldaves. Il y a un risque de déstabilisation, même si l'armée russe est loin de la Moldavie", souligne la présidente moldave. Mi-novembre, l'explosion d'un missile sur le territoire de la Pologne, un pays membre de l'OTAN contrairement à la Moldavie, avait brusquement fait monter la pression entre les membres de l'alliance et la Russie. Après analyse, l'OTAN et des Etats-Unis avaient indiqué qu'il ne s'agissait, selon eux, pas d'un projectile russe mais d'un missile de défense anti-aérienne ukrainien qui aurait touché accidentellement la Pologne.

Pour renforcer leur sécurité face à une Russie perçue comme plus menaçante, la Suède et la Finlande, qui partage une frontière de plus de 1000 km de long avec le voisin russe, ont demandé leur adhésion à l'OTAN. La Moldavie, qui est un pays neutre, a déposé quelques jours après le début de la guerre une demande de candidature à l'UE, tout comme l'Ukraine et la Géorgie. Kiev et Chisinau ont obtenu le statut de candidat fin juin, après une procédure exceptionnellement rapide.

Elsa Anghinolfi

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