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Tout ce que le Qatar a tenté d'acheter dans le monde du football

Le prince Al Thani lors d'un entraînement à l'Aspire Academy, à Doha, en janvier 2012. [Reuters - Mohammed Dabbous]
Le gigantesque plan de conquête sportif du Qatar / La Matinale / 4 min. / le 10 novembre 2022
Dans sa conquête de la Coupe du monde 2022 de football, le Qatar a tenté de tout acheter - y compris une équipe nationale digne de ce nom. Il a aussi mis sur pied une puissante académie sportive et créé une curieuse agence mondiale contre la corruption.

Pendant dix ans, de 2007 à 2016, des milliers de recruteurs en Amérique du Sud, en Asie du Sud-Est et surtout en Afrique ont tenté de trouver les nouveaux génies du football pour le compte du Qatar.

Cette opération de recrutement de jeunes joueurs, baptisée "Football Dreams", est la plus grande jamais réalisée dans le monde du football. Elle a permis de sonder et d'évaluer des millions de jeunes garçons.

Des adolescents africains naturalisés

Avec cette opération, le Qatar avait clairement l’intention de s’offrir une équipe nationale digne des meilleures, selon le journaliste américain Sebastian Abbot, auteur d’un livre sur le programme "Football Dreams". Il a été envisagé de naturaliser notamment de jeunes Africains, âgés parfois de 13 ans seulement, et ensuite de les faire jouer jusque dans les championnats européens avant de les faire revenir à Doha.

Mais de nouvelles règles de la FIFA ont imposé un délai de cinq ans après l’âge de 18 ans pour pouvoir naturaliser un joueur. Le plan initial n’a donc pas vraiment fonctionné et il n’y a pas eu de vagues de joueurs naturalisés au sein de l’équipe nationale du Qatar. L’opération a été progressivement arrêtée.

Une académie sportive omniprésente

L'académie Aspire est omniprésente à Doha avec des infrastructures géantes et un centre médical de pointe. [Aspire Academy]

Mais le Qatar a misé aussi beaucoup sur d’autres sports, du tennis à l’athlétisme en passant par le handball ou le cyclisme. Et l'un des piliers de cette offensive est l’académie Aspire. Elle est omniprésente à Doha, avec des infrastructures géantes et un centre médical de pointe.

"A l’académie Aspire, nous formons des champions dans le sport et dans la vie (…) Nos ambitions sont sans limites", peut-on entendre dans ses clips promotionnels.

Et ses moyens aussi sont sans limites. L’investissement du Qatar pour le Mondial atteindrait 220 milliards de francs, dans un émirat gazier aux moyens cependant illimités.

Tous les coups semblent permis

C'est clairement un enjeu géostratégique pour le minuscule Etat, et tous les coups semblent permis. On l’a encore vu ces derniers jours, avec des fuites de documents qui laissent apparaître que le Qatar aurait recours à l’espionnage et au piratage informatique pour tenter de neutraliser les critiques et garder le contrôle.

>> Lire : Qatar 2022: la piste de la corruption passe par le Brésil et la Suisse

Tout est démenti par les autorités qataries, comme pour les accusations de corruption. La monarchie du Golfe peut même se vanter d’avoir créé une ONG dédiée à la lutte contre la corruption dans le sport.

Un centre "pour la sécurité du sport"

En 2010, en pleine campagne pour l’obtention pour la Coupe du Monde, le pays a confié à un ancien militaire la création d’une sorte d’agence mondiale contre la corruption: le Centre international pour la sécurité du sport (ICSS).

Et une fois encore, les choses n'ont pas été faites à moitié. Le centre s’est assuré les services d’anciennes pointures d’Interpol et de la justice américaine. Même l’ancien responsable de la sécurité de la FIFA a été débauché.

L’ONU, le Conseil de l’Europe ou même l'Université Paris Sorbonne se sont mis à collaborer avec l’ICSS. Mais la fuite de données des "Football Leaks" a aussi révélé qu’une opération d’espionnage a été menée par cette ONG qui conteste les faits. Elle dit poursuivre son action pour rendre le business du sport plus propre.

C’est l'un des nombreux paradoxes que l'on découvre avec la Coupe du Monde de football au Qatar.

Ludovic Rocchi/oang

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