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Liudmyla Buimister, députée et mère de famille qui a pris les armes pour défendre Kiev

ITW SYNCHRO DEPUTEE UKRAINIENNE WEB [RTS]
Le témoignage de la députée ukrainienne Liudmyla Buimister, engagée dans les combats à Kiev / L'actu en vidéo / 3 min. / le 2 mars 2022
En Ukraine, la ville de Kiev résiste tant bien que mal à l'assaut de l'armée russe, grâce notamment à un effort hors du commun de sa population qui semble pourtant dérisoire face à l'ampleur de la menace. Mais pour la députée ukrainienne Liudmyla Buimister, qui a pris les armes malgré elle, pas question de reculer ni de baisser les bras.

"J'ai deux enfants, et vous savez, c'est vraiment extraordinaire de me voir avec une arme. Je suis contre les armes. Mais la guerre, ça change les priorités." Jointe par la RTS mardi, cette députée d'origine russe, qui a appris le français durant ses études à Moscou, raconte à quel point l'invasion russe dans son pays a bouleversé son quotidien ainsi que celui des habitants et des habitantes des grandes villes du pays.

"La situation à Kiev est très tendue depuis cinq jours. Chaque nuit, les sirènes annoncent des bombardements. Les systèmes antimissiles font leur travail, mais aujourd'hui un missile a atterri presque dans le centre de la ville", décrit-elle. "Il y a beaucoup de blessés parmi la population civile. Il y a aussi des morts parmi les enfants depuis le début des bombardements des grandes villes. Et ça fait chier."

Guerre psychologique

Pour Liudmyla Buimister, il ne fait aucun doute que la Russie ne cherche pas seulement à détruire des objectifs militaires, mais aussi à terroriser la population. "Les Russes lancent leurs missiles sur les quartiers résidentiels pour terroriser la population civile des grande villes d'Ukraine. Ils veulent provoquer des paniques. Mais ça ne marche pas. Les Ukrainiens ne paniquent pas. Ils sont prêts à se battre pour leur pays."

"Les Russes, maintenant, sont les plus grands terroristes du monde. La Russie est devenu un Etat terroriste, ils menacent le monde entier. On ne fait pas cette guerre seulement pour protéger notre sol et notre pays, mais aussi pour protéger l'idéal de démocratie, l'Europe et tous les pays de l'OTAN. On a montré au monde entier qu'on est prêts à se battre pour cet idéal."

La "Blitzkrieg de Poutine" en échec

Alors que la Russie concentre une partie de ses forces autour de Kiev et que des images satellitaires montrent un convoi militaire russe long de plus de 60 kilomètres à environ 25km de la ville, la politicienne explique que l'action de l'armée ukrainienne, qui a empêché les troupes de Vladimir Poutine de prendre plusieurs villes, permet à la population de garder le moral.

>> Le suivi de la situation en Ukraine: Les bombardements se poursuivent sur le centre-ville de Kharkiv

"On est fier de notre armée, elle est très forte. Grâce à elle, on a déjà réussi à ne pas laisser Poutine réaliser son projet de Blitzkrieg", déclare-t-elle. "Le moral est très haut, car on fait la guerre pour notre pays. Nous sommes très paisibles, nous ne sommes pas agressifs, mais quand quelqu'un vient dans notre pays, on ne va pas le laisser passer."

Risque pour l'Europe entière

Pour autant, Liudmyla Buimister en appelle aussi à l'Occident pour jouer un rôle dans cette guerre. Sur ses réseaux sociaux, la députée a plusieurs fois appelé les puissances occidentales à sécuriser l'espace aérien ukrainien. Un appel répété dans l'interview accordée à la RTS. "Les missiles russes ne sont pas seulement une menace pour l'Ukraine et sa population, c'est une menace pour l'Europe entière", dit-elle.

"Par exemple, il y a deux jours, notre système de défense a bloqué un missile qui visait le barrage de Kiev", raconte-t-elle. Or, si celui-ci était détruit, cela pourrait provoquer "une catastrophe écologique jamais vue depuis Tchernobyl", estime la députée. Car le limon au fond du réservoir est largement contaminé par des résidus radioactifs emportés par les pluies après l'explosion de la centrale en 1986. "Si le barrage est attaqué, ces déchets pourraient s'échapper et provoquer une catastrophe nucléaire en Europe", avertit Liudmyla Buimister.

"Gagner cette guerre"

Élue sous la bannière du Slouha Narodou, le parti du président Zelensky, Liudmyla Buimister siégeait comme indépendante au Parlement ukrainien. Née à Moscou, elle déclare qu'elle n'y retournera que si l'Ukraine remporte la guerre, "et qu'on arrive à Moscou comme une armée gagnante".

Pour elle, la résistance de Kiev ne se résume pas au fait de tenir le plus longtemps possible. "On va gagner cette guerre, peu importe comment", assène-t-elle.

Interview: Laurent Burkhalter

Texte web: Pierrik Jordan

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Le réservoir de Kiev, site environnemental sensible

Le ministère ukrainien des Infrastructures a déclaré samedi qu'un missile russe avait été abattu avant l'aube alors qu'il se dirigeait vers le barrage du vaste réservoir d'eau qui dessert la capitale Kiev.

"Si le barrage est détruit, l'inondation entraînera des pertes catastrophiques - y compris l'inondation de zones résidentielles de Kiev et de sa banlieue", a déclaré le ministère. De leur côté, les responsables militaires russes continuent d'affirmer que l'assaut contre l'Ukraine ne vise que des cibles militaires.

Outre les risques liés à l'inondation elle-même, le réservoir de Kiev représente une menace liée à la catastrophe de Tchernobyl (1986). Après l'explosion et l'incendie de la centrale nucléaire, des éléments radioactifs ont été emportés par la pluie et ont contaminé le limon au fond du réservoir.

Durant les années qui ont suivi, plusieurs propositions ont été faites pour décontaminer le réservoir, notamment vis-à-vis du risque d'une potentielle destruction du barrage du réservoir. Mais les autorités ont rejeté ce risque, arguant qu'ils étaient en contrôle des dangers potentiels.

Le limon du réservoir de Kiev, photographié ici lors d'un moment de bas niveau, est contaminé par des éléments radioactifs depuis la catastrophe de Tchernobyl. [Wikipedia Commons]Le limon du réservoir de Kiev, photographié ici lors d'un moment de bas niveau, est contaminé par des éléments radioactifs depuis la catastrophe de Tchernobyl. [Wikipedia Commons]