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Alexandre Vautravers: "La Russie dispose d'une arme tout aussi cruelle que l'arme chimique"

Quel scénario possible pour le conflit entre la Russie et l'Ukraine? Interview d'Alexandre Vautravers [RTS]
Kiev en état de siège: interview d’Alexandre Vautravers / La Matinale / 9 min. / le 2 mars 2022
Pour faire tomber la capitale ukrainienne Kiev, l'armée russe pourrait utiliser des armes "thermobariques", selon l'expert des questions d'armement Alexandre Vautravers. Invité mercredi dans La Matinale, il estime que les 48 prochaines heures seront décisives.

Alexandre Vautravers, rédacteur en chef de la Revue militaire suisse et expert des questions d'armement et de sécurité globale, estime que la Russie n'a pas besoin d'utiliser des armes chimiques, parce qu'elle dispose d'une arme "tout aussi cruelle" qui n'est pas interdite par les Conventions de Genève: les armes "thermobariques".

Des TOS-1 ont été repérés à la frontière biélorusse, et près de Kiev et Kharkiv. Ils permettent le lancement de 24 roquettes longue portée. Au-delà du nombre de munitions qui peuvent être tirées sur un court laps de temps, ils peuvent justement être utilisés avec des projectiles "thermobariques".

Ces armes, notamment le napalm, ont été utilisées pendant les guerres de Corée et du Vietnam, explique Alexandre Vautravers. Aujourd'hui, elles ne font plus partie de l'arsenal de la majorité des pays occidentaux, mais "les Russes les ont perfectionnées dans les années 1980" et les ont utilisées en Syrie, notamment.

"Ce sont des bombes qui contiennent différentes formes d'essence qui sont vaporisées à l'intérieur des bâtiments, qui traversent les portes. Et tout ceci est mis à feu. Vous avez une explosion terrible et la mort par asphyxie des occupants", décrit-il.

>> Le suivi de la situation: Des troupes aéroportées russes ont débarqué à Kharkiv, indique l'armée ukrainienne

Manque de formation pour les armes fournies par l'UE

De son côté, l'Union européenne (UE) a promis de livrer des armes à l'Ukraine. Mais Alexandre Vautravers doute de l'efficacité d'une telle opération. "Je ne pense pas que quelqu'un qui arriverait avec une carte de crédit au milieu d'un champ de bataille parviendrait à changer le rapport de force", déclare-t-il.

Même si les armes sont déjà sur place, selon Alexandre Vautravers, elles ne sont pas nécessairement efficaces. "Il ne suffit pas de distribuer des missiles pour stopper une armée. C'est des choses qui prennent du temps, qui doivent être exercées à l'échelon tactique. Cela prend des semaines. Vous ne pouvez pas improviser une défense à partir de rien du tout."

Propos recueillis par Valérie Hauert/vajo

>> Le dossier sur la guerre en Ukraine: Le dossier consacré à l'invasion russe en Ukraine

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"C'est l'anéantissement de Kiev qui se prépare"

Les forces russes "se sont regroupées, accumulant véhicules blindés, missiles et artillerie pour encercler et capturer", notamment la capitale Kiev", a affirmé mardi la présidence ukrainienne. Combien de temps Kiev va donc pouvoir résister? Impossible de répondre, selon Alexandre Vautravers, rédacteur en chef de la Revue militaire suisse et expert des questions d'armement et de sécurité globale.

Il estime toutefois que l'armée russe ne pourra pas assiéger longtemps la capitale, "puisque ses ressources logistiques sont beaucoup plus limitées que la capacité de résistance ukrainienne".

Si Kiev n'est pas tombée dans les 48 prochaines heures, on assistera à un 'pourrissement' des hostilités

Alexandre Vautravers, chercheur au Global Studies Institutes à UNIGE. [RTS]
Alexandre Vautravers, rédacteur en chef de la Revue militaire suisse et expert des questions d'armement et de sécurité globale

Alexandre Vautravers explique que tout est fait, du côté russe, pour pouvoir prendre Kiev "dans les 48 prochaines heures". Si ce n'est pas le cas, on assistera à un "pourrissement" des hostilités: des duels d’artillerie, des tirs. "C'est quelque chose qui pourrait se poursuivre sur plusieurs semaines, voire plusieurs mois."

Prendre les bâtiments officiels

Quand pourra-t-on considéré que Kiev est tombée? En regardant l'histoire récente des opérations militaires menées par les forces armées russes - en Tchétchénie, en Géorgie ou encore en Syrie - le schéma a toujours été le même, selon l'expert.

L'armée russe, ce n'est pas le GIGN. Elle ne va pas aller chercher une personne après l'autre

Alexandre Vautravers, chercheur au Global Studies Institutes à UNIGE. [RTS]
Alexandre Vautravers, rédacteur en chef de la Revue militaire suisse et expert des questions d'armement et de sécurité globale

"Ce qui compte pour les forces armées russes, c'est de se saisir de ce qui reste - je le dis avec du cynisme - des bâtiments officiels au centre des villes", analyse-t-il. Si l’armée russe s’est attaquée mardi à la tour de la télévision à Kiev, c’est une façon de dire à la population de fuir. D'ailleurs, la ville n'a pas été complètement encerclée: les forces russes ont laissé un petit couloir au sud de Kiev.

L'objectif, selon Alexandre Vautravers, est de permettre à un maximum de civils de s’enfuir, et ainsi avoir "le minimum de morts et de situations difficiles à gérer dans la ville". "L'armée russe, ce n'est pas le GIGN. Elle ne va pas aller chercher une personne après l'autre. C'est l'anéantissement de la ville qui se prépare actuellement", dit-il.