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La junte au pouvoir au Mali décide d'expulser l'ambassadeur de France

Une manifestation hostile à la présence française au Mali à Bamako le 14 janvier 2021. [AP Photo/Harandane Dicko - Keystone]
La junte au pouvoir au Mali décide d'expulser l'ambassadeur de France / Le Journal horaire / 32 sec. / le 31 janvier 2022
Les autorités maliennes dominées par les militaires ont décidé d'expulser l'ambassadeur de France, dans une nouvelle escalade abrupte de la brouille entre Bamako et Paris, a annoncé lundi la télévision d'Etat.

Les Affaires étrangères françaises se sont contentées de prendre "note" d'une mesure qui, pourtant, pose avec encore plus d'acuité la question de l'engagement militaire français au Mali.

Le ministère malien des Affaires étrangères a convoqué le chef de la mission diplomatique française à Bamako, Joël Meyer, et lui a "notifié la décision du gouvernement qui l'invite à quitter le territoire national dans un délai de 72 heures", a annoncé un communiqué lu par la télévision d'Etat.

Propos hostiles dénoncés

Les autorités maliennes ont justifié cette décision par les récents propos "hostiles" et "outrageux" de responsables français à leur encontre.

Les relations avec la France, ancienne puissance coloniale engagée militairement contre les jihadistes au Mali et au Sahel depuis 2013, n'ont cessé de se détériorer depuis que des colonels ont pris par la force en août 2020 la tête du pays sahélien, plongé depuis 2012 dans une profonde crise sécuritaire et politique.

Elles se sont encore envenimées en mai 2021, avec un nouveau putsch des mêmes colonels pour renforcer leur emprise.

Escalade de tensions

Joël Meyer avait déjà été convoqué en octobre 2021 quand le président français Emmanuel Macron avait vivement réagi à des propos du chef du gouvernement malien évoquant la réduction programmée des effectifs français et parlant d'"abandon en plein vol". Emmanuel Macron avait en retour parlé de "honte" de la part de "ce qui n'est même pas un gouvernement".

Les tensions se sont encore exacerbées depuis que la junte sous la conduite du colonel Assimi Goïta a révoqué son engagement initial à organiser des élections le 27 février prochain, et que l'organisation des Etats ouest-africains Cédéao a infligé le 9 janvier de sévères sanctions diplomatiques et économiques à ce pays pauvre et enclavé. La junte entend à présent rester en place plusieurs années.

Mercenaires russes?

La France et ses alliés européens s'alarment aussi de l'appel fait, selon eux, par la junte aux mercenaires de la sulfureuse société russe Wagner, groupe réputé proche du Kremlin, accusé d'exactions en Centrafrique et engagé sur d'autres théâtres.

La junte persiste à démentir. Elle est entrée en résistance face à une partie de la communauté internationale en invoquant l'indépendance nationale. Elle accuse la France d'instrumentaliser les organisations sous-régionales, de chercher à diviser les Maliens et de conserver ses "réflexes coloniaux".

Elle a multiplié les actes revendicatifs de souveraineté en demandant la révision des accords de défense avec la France ou en poussant le Danemark à retirer un contingent de cent hommes déployés avec le groupement de forces spéciales européennes Takuba, initié par la France.

Elle vante par ailleurs sa coopération avec la Russie, dont de nombreux hommes, des "instructeurs" selon elle, sont arrivés ces derniers mois.

La France a déployé plus de 5000 soldats au Sahel et au Mali avant de décider en 2021 de réduire la voilure. Avec les récents développements, elle s'interroge sur les modalités de sa présence.

afp/cab

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Bamako, capitale du Mali