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Dix-huit ans de prison pour un patron chinois qui "provoque des troubles"

Sun Dawu, le milliardaire chinois en septembre 2019 dans une grange à Hebei. [Noel Celis - AFP]
La Chine condamne à 18 ans de prison un influent patron d'entreprise chinois milliardaire / La Matinale / 1 min. / le 29 juillet 2021
Le milliardaire chinois Sun Dawu, qui émet régulièrement des critiques contre le pouvoir, a été condamné à 18 ans de prison, a annoncé mercredi un tribunal. La sentence est l'une des plus lourdes prononcées ces dernières années par la justice chinoise à l'encontre d'un critique du pouvoir.

Selon un communiqué du tribunal populaire de Gaobeidian dans la province du Hebei (au nord de la Chine), Sun Dawu a été condamné à 18 ans de prison et à une amende de 3,11 millions de yuans (environ 437'000 francs). Cette lourde peine est justifiée par une longue liste de condamnations pour "exploitation minière illégale", "occupation illégale de terres agricoles", "entrave à la fonction publique", "rassemblement d'une foule en vue d'attaquer des organes de l'Etat" ou encore "provocation aux troubles". Cette dernière accusation, à l'intitulé vague, est souvent utilisée contre les opposants au pouvoir chinois.


Pour les défenseurs de Sun Dawu, le procès du dirigeant d'un groupe spécialisé dans l'agriculture est emblématique de la manière dont le régime communiste perçoit les puissants patrons du secteur privé. La sentence est égale à celle infligée l'an dernier à un autre richissime patron, Ren Zhiqiang, condamné pour corruption.

Un secteur privé qui dérange

Le magnat de l'agro-alimentaire, ainsi que des membres de sa famille et des employés avaient été interpellés fin 2020 à la suite d'un conflit foncier avec une exploitation agricole étatique du Hebei.

Sun Dawu avait fondé le groupe Dawu en 1984 comme une entreprise familiale d'élevage de poulets et de cochons. Il l'a depuis transformée en un immense empire couvrant également la santé et le tourisme. C'est l'une des entreprises phares du secteur agricole dans le nord de la Chine.

Connu pour son franc parler, Sun Dawu avait critiqué avec véhémence les autorités pour leur gestion de la pandémie. Il s'était déjà fait remarquer en 2019 lors d'une épidémie dévastatrice de peste porcine dans le pays, à l'origine de l'abattage de millions de têtes. Il avait publié en ligne des photos de cochons morts pour alerter les médias et accusé les responsables locaux de laxisme face à la maladie. Critique régulier des politiques rurales, Sun Dawu demande que les agriculteurs soient davantage libres de s'organiser pour protéger leurs intérêts économiques.

24 septembre 2019, Sun Dawu montre les photos qu'il a prise des cochons tués par la peste porcine. [Noel Celis - AFP]24 septembre 2019, Sun Dawu montre les photos qu'il a prise des cochons tués par la peste porcine. [Noel Celis - AFP]

Normes juridiques violées selon son avocat

Signe de la sensibilité de son procès, une forte présence policière était visible aux abords du tribunal, selon une vidéo partagée par son avocat. Le procès "a violé les normes judiciaires et les droits de l'accusé n'ont pas été garantis", a estimé ce dernier dans un communiqué.

Sun Dawu avait eu ses premiers démêlés avec la justice en 2003. Il avait alors été condamné à quatre ans de prison avec sursis pour "collecte illégale de fonds" après avoir été reconnu coupable d'avoir récolté 13 millions de yuans (1,7 million d'euros au taux actuel) pour son entreprise, sans autorisation de la banque centrale.

afp/aps

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