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La mention par Joe Biden du "paradis fiscal" suisse, un tacle lourd de sens?

Joe Biden qualifie la Suisse de paradis fiscal (vidéo) [RTS]
Joe Biden qualifie la Suisse de paradis fiscal (vidéo) / Forum (vidéo) / 7 min. / le 30 avril 2021
Une qualification de la Suisse, citée comme "paradis fiscal" dans le discours du président Joe Biden devant le Congrès américain, jette un froid et pourrait être le signe d'un durcissement des relations entre Berne et Washington.

Lors de son discours devant le Congrès américain mercredi, Joe Biden a lancé: "Beaucoup d'entreprises pratiquent l'évasion fiscale par le biais de paradis fiscaux. De la Suisse aux Bermudes en passant par les Iles Caïmans."

>> Lire: Joe Biden qualifie la Suisse de paradis fiscal, Ueli Maurer réagit calmement

Cette petit phrase marque peut-être la fin de l’âge d’or entre la Suisse et l’administration américaine.

La Suisse a connu un accès privilégié à l’administration Trump ces dernières années, et les diplomates à Washington s’en félicitaient. L'image de la petite Suisse, indépendante et neutre au milieu de l’Europe, plaisait aux conservateurs américains.

Pas un hasard

Aujourd'hui, le vent a tourné. La Suisse n’a plus ses entrées dans le Bureau ovale, et n’était pas invitée lorsque le président Biden a organisé un Sommet mondial sur la climat, la semaine passée, avec 40 pays.

Joe Biden est connu pour avoir commis plus d'une gaffe au cours de sa carrière politique. Mais la présence de la Suisse dans un discours minutieusement préparé devant le Congrès ne paraît pas être le fruit du hasard, et apparaît bien plus comme le signe que l’administration américaine est en train de durcir le ton avec Berne.

En décembre, le Trésor américain plaçait la Suisse parmi les Etats manipulateurs de leur monnaie. La Suisse n’y figure plus désormais, mais reste sous surveillance. Aujourd’hui, la Suisse est qualifiée de paradis fiscal, un mauvais signe dans une période de concurrence fiscale sur le plan international.

Au lieu de relever les impôts?

"Ce n'était pas une attaque contre la Suisse, mais contre tous les pays qui ont des taux fiscaux pour les entreprises plus bas que les Etats-Unis - Irlande, Pays-Bas, Suisse, etc.", relativise Martin Naville, directeur de la Chambre de commerce Suisse-Etats-Unis, vendredi dans l'émission Forum. "Quand vous faites un discours, c'est très populiste, il vous faut un méchant. Je ne pense pas que la Suisse doit avoir une inquiétude directe, mais la pression va certainement augmenter contre les pays concernés", estime l'économiste.

"Joe Biden avait promis de relever les impôts des plus riches, mais il risque d'avoir en face de lui des résistances très fortes, même de la part de démocrates au Congrès", analyse de son côté Myret Zaki, journaliste éco-financière indépendante. "Il montre ainsi qu'il veut aller chercher l'argent quelque part, ce qui peut lui donner une excuse pour ne pas arriver à élever les impôts chez lui. C'est toujours plus commode, car c'est très impopulaire, même suicidaire, d'essayer d'augmenter les impôts aux Etats-Unis", note-t-elle.

La Suisse a réagi

Berne n'a pas manqué de réagir. Le conseiller fédéral Ueli Maurer, en charge des Finances, a envoyé une lettre au gouvernement américain dans laquelle il rappelle que la Confédération est un pays qui respecte pleinement toutes ses obligations internationales.

Sur SRF, Ueli Maurer a expliqué également qu'il faisait la distinction entre ce qui figure dans un discours et la position officielle du gouvernement américain. Le ministre aura d'ailleurs l'occasion d’en reparler avec Janet Yellen, la nouvelle Secrétaire américaine au Trésor, avec qui une rencontre est prévue dans quelques semaines.

Raphaël Grand/kkub

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