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Réforme, démantèlement, la police est remise en question aux Etats-Unis

Dans le Missouri (E-U), des manifestants demandent la suspension d'un policier accusé d'avoir percuté un homme avec une voiture. [Christian Gooden - Keystone]
Comment faire la police autrement ? / Tout un monde / 8 min. / le 9 juin 2020
New York réduit le budget de sa police, Minneapolis est prête à la démanteler. Les mobilisations civiques après la mort de George Floyd provoquent de nombreux débats sur la place de la police. Mais la réformer s'avère compliqué.

La mobilisation contre les violences policières est inédite dans son ampleur. On entend désormais des appels à "defund" la police, lui couper les vivre. Une demande qui vise, selon Tom Nolan, officier de police pendant 27 ans à Boston et désormais professeur associé à l'Emmanuel College de Boston, à réformer la police en la privant de ses moyens. "Elle n'aurait alors pas la capacité de faire ce qu'elle est en train de faire actuellement dans les villes du pays. Par exemple, on voit la police dans les écoles publiques, les hôpitaux, dans des endroits où sa présence ne semble pas avoir de sens", déclare le professeur dans Tout un Monde.

Ces réformes forceraient la police à repenser son rôle et à ne pas nécessairement intervenir en force pour des délits mineurs comme dans le cas de George Floyd ou d'Eric Garner, tué par la police à New York et qui était soupçonné de vendre des cigarettes de contrebande. Pour Tom Nolan, la police réagit de manière exagérée pour ce type de délits. Il soulève une série de conséquences tragiques et rajoute que "ces six dernières années, la police a tué plus de 1000 personnes par an aux Etats-Unis".

>> Lire également: Moins financer, voire abolir la police, slogans d'une nouvelle gauche américaine

Police trop sollicitée

Selon Yann Philippe, maître de conférences en histoire et civilisation américaines à l'université de Reims et spécialiste des questions policières, on demande trop à la police aux Etats-Unis, et parfois dans des cas où des travailleurs sociaux ou des psychologues seraient peut-être, pour lui, plus indiqués. "Si la police est assignée à une grande diversité de missions, elle les remplit avec des modalités d'interventions moins diverses que les fonctions qu'elle remplit", ajoute-t-il.

Les obstacles d'une réforme

Dans l'optique d'une réforme des polices américaines, Yann Philippe relève deux difficultés: d'un côté, la grande taille de ces institutions très hiérarchisées, dotées de syndicats importants jouissant de bons relais politiques. Et de l'autre, l'autonomie dont jouissent les policiers sur le terrain, ce qui rend la supervision des supérieurs plus difficile à mettre en œuvre. Selon lui, à ces obstacles s'ajoute le racisme au sein de polices qui, selon les Etats américains, ont historiquement contribué au maintien de la ségrégation raciale.

Les gens sont en colère; ils sont intimidés et effrayés par la police aux Etats-Unis. Et ils sont indignés que leur droit à manifester pacifiquement se heurte à cette réponse hyper militarisée de la police, qui est là pour nous protéger, pas pour nous affronter.

Tom Nolan

Malgré ces difficultés, la volonté politique de réforme existe. Amélie Escobar, chercheuse associée à l'observatoire des Etats-Unis de la chaire Raoul-Dandurand à Montréal, propose plusieurs pistes: un registre national des interventions provoquant des décès qui permettrait d'avoir une vision réaliste de "la brutalité policière et de l'impunité des policiers" ainsi qu'une uniformisation nationale des méthodes d'entraînement et l'interdiction des techniques d'étranglement.

Les obstacles ne sont pas seulement politiques selon Tom Nolan, mais aussi structurels. Il dit observer depuis près de vingt ans une militarisation de la police, qui s'est équipée de blindés, avions, hélicoptères, armements lourds, avec le risque de faire basculer une intervention dans une forme de guérilla urbaine.

Une question de confiance

"Les gens sont en colère; ils sont intimidés et effrayés par la police aux Etats-Unis. Et ils sont indignés que leur droit à manifester pacifiquement se heurte à cette réponse hyper militarisée de la police, qui est là pour nous protéger, pas pour nous affronter", relève Tom Nolan.

Il ajoute que restaurer la confiance de la population, en particulier les Afro-Américains, envers la police demandera un travail significatif de la part de la police. "Franchement, je ne sais pas si beaucoup d'entre eux sont intéressés à prendre le type d'engagement nécessaire pour rétablir cette confiance", conclut-il

Sujet radio: Patrick Chaboudez

Adaptation web: Léo Bachiri Wadimoff

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Joe Biden soutient le "besoin urgent d'une réforme "

Près de 200 élus du Congrès, majoritairement démocrates, ont annoncé lundi leur intention de légiférer pour mettre un terme à cette "immunité". Au-delà, ils veulent s'attaquer aux préjugés raciaux qui sous-tendent une partie des actions de la police avec, notamment, des formations obligatoires à la lutte contre les préjugés ou la création d'un registre des bavures policières. Mais leur texte a peu de chances d'aboutir au Sénat, où les républicains sont majoritaires.

Joe Biden, le candidat démocrate à la Maison Blanche, soutient le "besoin urgent d'une réforme" de la police, qui nécessiterait des investissements, a déclaré son porte-parole, notamment pour améliorer la diversité dans la police, ainsi que pour des équipements, comme les caméras que portent certains policiers sur leurs uniformes.

"De nombreux services de police à travers le pays cherchent à apporter ce type de changements mais ils n'en ont pas eu les moyens, et l'administration Trump a de fait rendu l'obtention de ces moyens encore plus compliquée", a accusé le porte-parole dans un communiqué.

L'équipe de campagne de Donald Trump a réagi à ces propos en dénonçant un "communiqué faible". "Nous n'avons encore pas entendu Joe Biden lui-même se prononcer sur le mouvement radical dans le parti démocrate pour couper les financements de la police", qui "invite au chaos chez les Américains", a écrit son directeur de communication.

afp/lbw