Modifié le 11 mai 2015 à 08:16

Travail sans chef, l'holacratie séduit le monde des entreprises

L'holacratie abandonne la structure pyramidale pour une gestion par tous de l'entreprise.
L'holacratie fait son chemin dans le monde des entreprises Le Journal du matin / 3 min. / le 11 mai 2015
Supprimer les chefs et travailler autrement: l'holacratie est la dernière tendance en matière d'organisation dans le monde du travail. Une centaine de sociétés se sont déjà converties dans le monde.

L'holacratie est un système de gouvernance dans lequel les employés sont responsables et sans contrôle. On est encore loin du mouvement de masse qui chamboulerait totalement le modèle classique et hiérarchique des entreprises, mais l'idée fait son chemin.

Autorité distribuée

Fondateur de IGI Partners, cabinet français de conseil en organisation, Bertrand-Marie Chiquet promeut l'holacratie et accompagne les entreprises qui souhaitent faire leur révolution. "On redéfinit ce qu'on appelait le management", explique-t-il. "Ceux qui ont le pouvoir cèdent leur pouvoir à des règles du jeu (…) Donc, tout le monde a de l'autorité mais l'autorité est distribuée". Bertrand-Marie Chiquet assure que les collaborateurs sont plus heureux: "on a là une technique qui répond à la double logique économique et sociale."

En Suisse, le concept existe déjà plus ou moins mais dans les années 1970 - dans la foulée de mai 68 - on parlait d'autogestion, rappelle François Courvoisier, professeur en management à la Haute Ecole de Gestion Arc (HE-Arc) à Neuchâtel. "Je pense qu'il faut de toute manière ré-humaniser le plus possible le travail et donner aux gens du plaisir à le faire", poursuit-il.

Mais l'holacratie ne convainc pas tout le monde. "On a connu en management beaucoup de solutions définitives qui ont disparu bien vite", rappelle Alain Max Guénette, professeur de gestion des ressources humaines à la HE-Arc.

Un système sans liberté possible?

Il critique dans ce modèle l'absence de liberté possible pour les acteurs. "Tout le monde devrait aller dans un même sens (…), celui qui n'accompagnerait pas le mouvement serait considéré un peu comme un déviant. Je pense que cela est très critiquable sur le plan philosophique, politique et moral."

Promesse illusoire d'une organisation meilleure ou véritable évolution, l'holacratie a au moins le mérite de proposer une réflexion sur l'organisation d'entreprise traditionnelle, qui semble aujourd'hui à bout de souffle.

Estelle Braconnier/oang

Publié le 11 mai 2015 à 07:59 - Modifié le 11 mai 2015 à 08:16