Modifié le 11 octobre 2018 à 09:58

Qui doit payer quand un criminel récidive, l'Etat ou l'auteur?

L'élue UDC Natalie Rickli propose que l'Etat indemnise les familles des victimes en cas de récidive d'un criminel. Cela divise
L'élue UDC Natalie Rickli propose que l'Etat indemnise les familles des victimes en cas de récidive d'un criminel. Cela divise 19h30 / 2 min. / le 10 octobre 2018
L’élue UDC Natalie Rickli veut obliger l’Etat à indemniser les familles de victimes en cas de récidive lors d’un allègement de peine. Son initiative parlementaire provoque un débat nourri.

Qui doit indemniser la famille de la victime en cas de récidive d'un criminel bénéficiant d'un allègement de peine? La conseillère nationale UDC Natalie Rickli a son idée sur la question. Pour elle, c'est à l'Etat, systématiquement, de payer, et non pas au criminel récidiviste.

C'est le sens d'une initiative parlementaire qu'elle a déposée en 2013, mais qui est de nouveau d'actualité. En juin, la Commission des affaires juridiques du Conseil national a adopté sa proposition à une courte majorité. Le projet a alors été mis en consultation jusqu'en septembre.

Cette initiative provoque un débat nourri. Du côté des opposants, on trouve notamment la Conférence latine des chefs des Départements de justice et police. Dans sa prise de position datée du 22 août, elle se demande "quelle autorité osera encore prévoir un allègement de peine" si l'initiative passe. La Conférence latine ajoute: "La libération du détenu se fera le dernier jour de sa peine sans qu'il n'ait pu se réintégrer progressivement dans la société. Et c'est alors que le risque de récidive sera le plus grand."

Réinsertion compromise?

La Conférence des médecins pénitentiaires suisses est elle aussi opposée à cette initiative. Si elle est adoptée, "toutes les personnes qui vont être impliquées à un moment ou l'autre dans la chaîne pénale vont se montrer beaucoup plus réticentes à formuler des pronostics encourageants", assure son président, le Vaudois Bruno Gravier, interrogé par le 19h30.

Il entend par là que les experts n'oseront plus accorder de congés ou de sorties, ce qui poserait, dit-il, un gros problème dans le processus de réinsertion. Or, "plus une sortie est préparée, meilleures sont les chances de réussite et plus le risque de récidive est diminué", ajoute Bruno Gravier, qui est amené, dans son travail, à évaluer le risque de récidive de criminels.

Victimes indemnisées plus rapidement

L'initiative a aussi ses partisans, à l'image de l'avocat genevois Simon Ntah, qui représentait les intérêts de la famille d'Adeline, cette sociothérapeute tuée par Fabrice A. en 2013.

Pour lui, l'Etat doit passer à la caisse quand un criminel récidive. Me Ntah s'en explique au 19h30: "L'instauration de cette disposition pénale aura vocation à simplifier pour les victimes la possibilité d'être indemnisées lorsqu'elles subissent des infractions commises par des récidivistes." Il dit qu'à ce jour, il est extrêmement difficile pour des familles de victimes d'être indemnisées.

L'avocat ne pense pas que les juges seront réticents à accorder des allègements de peine si l'initiative passe. "Pour les juges, ce qui est important, c'est le risque pour la société. Pas le risque financier pour l'Etat", affirme-t-il au 19h30.

"On a l'impression de revivre"

Au fond, que représente une sortie, un congé, une libération conditionnelle pour une personne condamnée à une lourde peine? Pascal, qui a passé plusieurs années derrière les barreaux et qui bénéficie d'une libération conditionnelle, s'est confié au 19h30.

>> Voir le témoignage de Pascal:

Les sorties conditionnelles en question.
L'actu en vidéo - Publié le 10 octobre 2018

"C'est magnifique, vous avez l'impression de revivre, de respirer. On a envie de tout et de rien, mais on a surtout envie d'être libre", raconte-t-il.

Pascal met aussi en avant l'importance du congé pour travailler à la réinsertion. "On peut reprendre contact avec des anciens collègues, parce que si on sort sans boulot, ça va être difficile. Faut pas rêver, celui qui sort et qui n'a pas de travail, qui n'a pas la possibilité de travailler, il y a de fortes chances, malheureusement, qu'il soit contraint de récidiver", estime-t-il.

Ainsi, il voit d'un mauvais œil l'initiative Rickli. Son avis est-il partagé par les personnes, organismes, autorités qui ont participé à la procédure de consultation? On le saura dans quelques semaines. 

Fabiano Citroni/ebz

Publié le 10 octobre 2018 à 20:55 - Modifié le 11 octobre 2018 à 09:58