Publié le 19 novembre 2017 à 20:35

Hausse du nombre d'hospitalisations psychiatriques forcées en Suisse

Urgences psychiatriques: hospitalisations forcées en augmentation
Urgences psychiatriques: hospitalisations forcées en augmentation 19h30 / 4 min. / le 19 novembre 2017
La modification du code civil a redéfini les conditions des placements forcés dans les établissements psychiatriques. Leur nombre a augmenté de près de 30% entre 2014 et 2015, selon l'Observatoire suisse de la santé.

"Je me suis réveillée dans une chambre fermée à double tour où il faisait nuit avec un matelas en mousse. Donc pas de WC non plus. Ils appellent ça la chambre de soins. Ils m’ont contrainte à prendre des médicaments, à faire des injections et à cette condition là seulement je pouvais sortir."

Le témoignage de cette jeune femme n'est pas un cas isolé. En 2014, 11'000 placements forcés dans des hôpitaux psychiatriques ont été ordonnés en Suisse. Une année plus tard, leur nombre a grimpé à 14'000, soit une hausse de près de 30%. Cette tendance devrait se poursuivre en 2016, selon les premières estimations de l'Observatoire suisse de la santé (Obsan).

Médecins non-spécialistes

Comment expliquer une telle augmentation? La modification du code civil, en 2013, a largement redéfini les conditions de ces hospitalisations qui concernent des personnes atteintes d'une maladie psychique, d'une déficience mentale ou d'une dépression grave.

Depuis lors, tout médecin reconnu par les autorités peut ordonner une hospitalisation non-volontaire. Parallèlement, l'entourage, même éloigné, est de plus en plus pris en considération. Il peut demander de l'aide au médecin afin qu'il prononce un placement.

"Le problème, c'est que ce ne sont pas forcément des spécialistes (...) et ils ont tendance à plus facilement placer pour protéger l'entourage ou tout simplement parce qu'ils ont peur eux-mêmes", relève Shirin Hatam, juriste auprès de l'association Pro Mente Sana, à Genève. Et de préciser: "En comparaison internationale, lorsque ce sont des spécialistes qui prononcent des placements, il y en a deux fois moins".

Temps restreint

Une fois hospitalisés, les patients ne peuvent plus refuser le traitement qui leur est prescrit. "Le but, c'est vraiment de calmer la situation, de calmer l'agitation pour établir un dialogue et la suite du traitement", indique Jean-Michel Aubry, chef du département de santé mentale et psychiatrie aux HUG de Genève.

Le temps à disposition est cependant restreint, accentuant la difficulté de trouver le bon traitement. Passée quatre à six semaines, une hospitalisation forcée doit en effet obtenir l'aval d'un juge.

Isabelle Gonet/kg

Publié le 19 novembre 2017 à 20:35