Modifié le 17 octobre 2016 à 18:42

#SchweizerAufschrei, le cri des femmes contre le sexisme ordinaire

Des centaines de femmes dénoncent les actes de harcèlement dont elles sont victimes
Des centaines de femmes dénoncent les actes de harcèlement dont elles sont victimes 19h30 / 2 min. / le 16 octobre 2016
Des centaines de femmes dénoncent sur internet les actes de harcèlement dont elles sont victimes en Suisse avec le #SchweizerAufschrei. Retour sur un mouvement qui puise son origine dans de récentes sorties médiatiques jugées sexistes.

Franziska Schutzbach ne pensait pas frapper un si grand coup. Avec quatre autres femmes, elle a lancé jeudi dernier un cri sur Twitter: #SchweizerAufschrei. Un cri pour dénoncer le sexisme au quotidien. Depuis, les témoignages d'attouchements déplacés, d'humiliations ou de mépris affluent par centaines.

"A l’âge de 14 ans, je promenais mon chien dans la forêt. Un homme est arrivé sur son vélo. Il s’est arrêté, s’est mis à jouer avec le chien. Il se montrait très sympathique. Et tout à coup, il s’est approché et m’a saisi la poitrine", se remémore la blogueuse et chercheuse bâloise à l'origine du mouvement.

"On entend les moins douloureux"

Derrière ces témoignages se cache une volonté de montrer que ces comportements n'ont rien de normal. "Rien que cette semaine, j'ai eu droit à un tripotage des fesses par un client aviné, sans parler de l'ex-patron qui ne voit pas le mal à utiliser ses mains de manière inappropriée. Je n'accepte plus d'être un objet sexualisé", décrit une autre femme sous couvert d'anonymat.

"Ces derniers jours, on entend les témoignages les moins douloureux, comme les choses que les femmes peuvent encore se permettre de dévoiler en public", analyse Franziska Schutzbach. Et d'ajouter que les études montrent que la plupart des cas se passent dans le proche entourage, ce qui rend l’exercice d’autant plus difficile.

Catalyseurs du mouvement, on retrouve les propos sexistes de Donald Trump, ou encore les mots d’une conseillère nationale UDC sur la part de responsabilité des femmes naïves.

>> Lire: Tollé après les propos d'une élue UDC sur le viol et ses victimes "naïves" ou Accumulation d'accusations sexuelles contre Donald Trump, qui crie au complot

La politique aussi touchée

Le sexisme n’épargne pas le monde politique suisse. A Genève, la conseillère municipale socialiste Olga Baranova fait partie des quelques Romandes qui ont témoigné ces derniers jours.

"C'est aussi un engagement que les hommes doivent prendre, à savoir dénoncer les comportements de leurs collègues, des membres de partis. Ce n'est pas qu'aux femmes de porter ce combat", estime-t-elle.

Après l’Allemagne ou les Etats-Unis, voilà les violences faites aux femmes sur le devant de la scène en Suisse. Les initiatrices du mouvement espèrent désormais ne pas avoir poussé un cri dans le désert.

David Berger/gchi

Publié le 16 octobre 2016 à 22:04 - Modifié le 17 octobre 2016 à 18:42

Des aspects "moins bien reçus"

#SchweizerAufschrei a déclenché de violentes réactions, dénonçant la frustration des femmes qui l’ont lancé, ou critiquant un féminisme jusqu'au-boutiste.

Selon Caroline Dayer, spécialiste des discriminations à l'Université de Genève, la violence de certains propos n'est pas une surprise. "Nous avons l'habitude d'entendre les dénonciations liées aux inégalités salariales, alors que les aspects liés aux violences sexistes ou au harcèlement sont moins bien reçus".

Pour elle, ces dénonciations dérangent, car elles mettent en avant le fait que ces violences sont quotidiennes et ordinaires.