Modifié le 23 juin 2016 à 20:55

L'équipe de Suisse, championne des passes, a mal à son flanc droit

Granit Xhaka s'est affirmé comme leader de l'équipe de Suisse.
Granit Xhaka s'est affirmé comme leader de l'équipe de Suisse. [Abed In Taherkenareh - EPA/Keystone]
Qualifiée sans briller, l'équipe de Suisse affrontera samedi la Pologne en huitièmes de finale de l'Euro. Retour en chiffres sur les tops et flops de la Nati, analysés par l'ex-entraîneur assistant des Suisses Michel Pont.

LA DEFENSE

Top: Yann Sommer, l'ange-gardien

Avec 90% d'arrêts, Yann Sommer est l'un des hommes forts de l'équipe de Suisse. Deux blanchissages, un seul but encaissé (sur pénalty!), plusieurs arrêts décisifs, le gardien affiche un bilan quasi irréprochable avant d'aborder les huitièmes de finale.

Michel Pont: "Yann Sommer est à son meilleur niveau, par ses performances mais aussi par son aura et son influence sur l'équipe. Il a remis la défense dans ses basquettes et a redonné confiance notamment à Fabian Schär, qui a réalisé un grand match contre la France."

Flop: des coups de coin en masse

Bien qu'elle tienne jusqu'à maintenant, avec un seul but encaissé, la défense suisse concède énormément de coups de coin. En trois matchs, elle a donné 19 corners à ses adversaires, ce qui en fait l'une des défenses les plus généreuses du tournoi. Une générosité qui pourrait se payer cher face à des adversaires plus coriaces.

Michel Pont: "C'était flagrant contre la France, bien que c'était aussi lié à l'état désastreux du terrain. Par contre, même s'il y en a eu beaucoup et qu'il faudrait les éviter, ces balles arrêtées ont été jusqu'à présent très bien gérées puisqu'on n'a pas pris de buts."

LE MILIEU

Top: Xhaka, monsieur "passes"

Avec 58% de possession de balle et 90% de passes réussies, la Suisse n'est devancée que par trois des plus prestigieuses équipes du tournois, l'Allemagne, l'Espagne et le Portugal. La Nati doit en grande partie cette maîtrise du jeu à son meneur.

A lui seul, Granit Xhaka a réalisé 283 des 1416 passes de l'équipe lors des trois premiers matchs. Le milieu d'Arsenal affiche en plus un taux de réussite très élevé (92%), alors qu'il multiplie les longues passes, plus difficiles à maîtriser. Toutes équipes confondues, il n'y a que l'Allemand Toni Kroos qui touche plus de ballons que lui.

Michel Pont: "Au niveau de la possession de balle, c'est le métronome. Granit Xhaka impose aussi de plus en plus sa personnalité, comme il l'a fait avec le Borussia Mönchengladbach. Mais j'attends de lui qu'il passe à l'étage supérieur. Il doit apporter cette liaison vers l'attaque, dans la verticalité, avec une position plus haute pour faire gagner l'équipe. Il a une qualité de dernière passe et une frappe fantastique!"

Flop: la paire Lichtsteiner-Shaqiri inoffensive

Très attendue, la paire formée par Stephan Lichsteiner et Xherdan Shaqiri déçoit. Elle n'a jamais réussi à s'imposer sur le flanc droit. L'une des principales raisons? Ignoré ou oublié, Stephan Lichsteiner reçoit beaucoup moins de ballons que Ricardo Rodriguez, au même poste de l'autre côté du terrain.

Ce dernier a reçu 135 passes, contre seulement 84 pour le joueur de la Juventus, soit 37% de moins. Le meneur de jeu de la Nati, Granit Xhaka, semble préférer l'aile gauche. En trois matchs, il a servi 40 fois Ricardo Rodriguez, contre 13 fois Stephan Lichsteiner.

Michel Pont: "Cette paire n'a pas été aussi active que précédemment. Xherdan Shaqiri a une sorte de crispation et on ne le voit plus décrocher dans l'axe ou à gauche. Le couloir de droite est donc bouché pour Stephan Lichsteiner. C'est le contraire sur le côté gauche, où Admir Mehmedi en pleine confiance se trimbale partout et crée des espaces pour Ricardo Rodriguez. J'espère que Xherdan Shaqiri va avoir un déclic et qu'il va retrouver son insouciance et son improvisation."

L'ATTAQUE

Flop: la pointe muette

L'attaque suisse peine toujours à concrétiser ses occasions (lire: Les attaquants suisses sélectionnés marquent moins que les Roumains). Le bilan des attaquants de pointe, Haris Seferovic (5 tirs cadrés) et Breel Embolo (0 tir cadré), reste bloqué à 0 but.

Neuvième en termes de tentatives par match (14), la Nati dans son ensemble affiche l'une des pires moyennes au niveau des buts marqués, avec seulement deux goals en trois rencontres.

Michel Pont: "C'est décevant. Ne pas marquer pour les attaquants, ce n'est évidemment pas normal. Mais il y a aussi du positif. Sauf contre la France, ils se sont créés beaucoup d'occasions. C'est inimaginable que Haris Seferovic n'ait pas marqué avec toutes ses occasions contre la Roumanie. Maintenant que le premier mandat est acquis avec la qualification, ils doivent se libérer."

Flop: l'attaque hors-jeu

Outre leur mutisme, une autre statistique accable les attaquants suisses. Ces derniers caracolent largement en tête du classement du plus grand nombre de... hors-jeux, avec 15 positions irrégulières.

Michel Pont: "Il y a deux manières de voir ces hors-jeux. Les appels sont fréquents, à la limite. Quand ça passe, cela a permis à Haris Seferovic de se présenter plusieurs fois seul face au gardien. A l'inverse, c'est parfois aussi un déficit de concentration, autant de celui qui est hors-jeu que celui qui fait la passe."

Valentin Tombez

Publié le 23 juin 2016 à 18:44 - Modifié le 23 juin 2016 à 20:55