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Via Sicura contraint les secours à intervenir moins vite

Les ambulanciers doivent eux-aussi respecter les vitesses réglementaires. [Gaëtan Bally - Keystone]
L'impact de Via Secura sur les services de secours / On en parle / 13 min. / le 22 août 2014
Comme les policiers, ambulanciers et pompiers sont désormais confrontés au risque d'être condamnés comme chauffards, les nouvelles règles Via Sicura ont des conséquences sur les urgences.

Depuis l'entrée en vigueur des nouvelles règles Via Sicura début 2014, les services d'urgences en intervention sont menacés des mêmes poursuites que n'importe quel conducteur. La situation contraint ambulanciers et pompiers à lever le pied, même en cas de réelle urgence.

Interrogé vendredi dans l'émission "On en parle" de la RTS, le porte-parole du Service de protection et sauvetage Lausanne (SPSL), qui regroupe ambulanciers et pompiers de la capitale vaudoise, confirme que ces derniers roulent moins vite. "Inconsciemment, c'est le cas", relève Michel Gandillon avant de déplorer: "C'est quelque part dramatique que l'ambulancier qui veut remplir au mieux sa mission se retrouve avec des sanctions qui mettent à mal l'exercice de sa fonction".

Conséquences plus importantes en montagne

Jean-Marc Bellagamba, directeur de l’Organisation Cantonale Valaisanne des Secours (OCVS), confirme que cela pose problème lorsque le pronostic vital du patient est engagé - et tout particulièrement quand il faut accéder au fond des vallées où la vitesse du véhicule a beaucoup plus d’impact sur le temps d’intervention. "On demande aux ambulanciers de se précipiter urgemment avec lenteur et cette injonction paradoxale induit un certain stress", précise-t-il.

Daniel Burger, chef de service du pôle Ambulances Sud Fribourgeois à Vaulruz, explique que l'ambulancier qui commet une infraction doit rendre des justificatifs à la police. Pour une infraction majeure, il doit même s’adresser au procureur. Résultat: les rapports d’intervention doivent maintenant rendre compte du lieu, de l’heure et de la pathologie du blessé. Tout cela augmente évidemment le travail administratif des ambulanciers.

Assouplissement de la loi?

Au niveau fédéral, le conseiller national genevois MCG Roger Golay compte déposer une initiative parlementaire lors de la session d’automne, dans le but d’assouplir la loi pour les feux bleus.

Frédérique Volery/Bastien Von Wyss/Zoé Schudel/oang

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Témoignages de professionnels

L'émission "On en parle" a recueilli le témoignage de plusieurs professionnels, sous le sceau de l'anonymat.

Un ambulancier cite l'exemple d'un blessé qui a reçu de l’acide dans les yeux: "il ne risque pas sa vie, mais il risque sa vue. Faut-il risquer pour lui le délit de chauffard?"

Un autre ambulancier déplore: "on nous dit que la vitesse doit être adaptée à l’état d’urgence, mais cette situation d’urgence n’est pas toujours connue avec certitude et c’est bien là le problème".

Via Sicura et les chauffards

Le programme d’action de la Confédération en matière de sécurité routière prévoit depuis début 2014 les délits de chauffard.

Toute personne qui roule à 50km/h de plus que la vitesse autorisée dans une localité, à 60km/h de plus sur une route cantonale et à 80km/h de plus que la vitesse autorisée sur une autoroute est considéré comme tel.

Il n'y a aucune exception prévue dans la loi pour les services d’urgence. Ces professionnels encourent donc les mêmes risques que n’importe quel conducteur, même avec sirènes et feux enclenchés.