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Les zones dédiées à la nature ont un impact souvent méconnu sur la sécurité des skieurs hors-piste

L’enjeu des zones réservées à la nature dans la pratique du ski hors-piste: interview de Sébastien Travelletti
L’enjeu des zones réservées à la nature dans la pratique du ski hors-piste: interview de Sébastien Travelletti / Forum / 5 min. / le 4 avril 2024
La coulée qui a emporté plusieurs skieurs à Zermatt en début de semaine a eu lieu dans une zone de tranquillité, soit un secteur de protection de la faune où les avalanches ne sont généralement pas déclenchées préventivement.

Ces zones de tranquillité pour la faune sont de plus en plus courantes, a expliqué jeudi dans Forum Sébastien Travelletti, président de Télé Anzère. "Nous revoyons les plans d'aménagement des domaines skiables environ tous les quinze ans. Et dans ce cadre-là, les services de l'Etat requièrent d'augmenter ces zones de tranquillité pour la faune. Elles deviennent ainsi de plus en plus proches du domaine skiable."

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Deux types de zones de tranquillité existent: celles qui sont recommandées et celles qui sont contraignantes. Pour ces dernières, les stations doivent "faire le nécessaire pour éviter que des skieurs ou touristes entrent dans ces zones-là. Il faut faire extrêmement attention. Elles sont signalées sur les plans [des pistes] et souvent barricadées à l'aide d'une corde, avec un panneau d'information", détaille Sébastien Travelletti.

Signalisation pas toujours comprise

Mais ces zones ne sont pas tout le temps respectées. "Dans le cas de Zermatt par exemple, quand vous regardez les traces que l'on voit sur les photos, vous voyez qu'il y a eu plusieurs dizaines, voire centaines, de skieurs qui sont passés par là avant l'avalanche", relève Sébastien Travelletti.

Nous sommes dans une zone montagneuse, nous ne pouvons pas faire une barricade

Sébastien Travelletti, président de Télé Anzère

Les skieurs ne se rendent en effet pas toujours compte qu'ils entrent dans une zone de protection, notamment les skieurs étrangers qui ne sont pas habitués à la signalétique. Selon le président de Télé Anzère, il est toutefois difficile pour les stations d'en faire plus. "Nous sommes dans une zone montagneuse, nous ne pouvons pas faire une barricade avec des fils de fer barbelés ou construire des murs. C'est impossible. On est en pleine nature."

A noter que la zone dans laquelle s'est déclenchée l'avalanche de Zermatt était une zone de tranquillité recommandée. Le ski hors-piste y était donc déconseillé du point de vue de la faune, mais pas interdit.

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Délimiter autrement

Sébastien Travelletti estime qu'il faut aborder différemment la délimitation de ces zones de tranquillité. "Si vous prenez le cas de Zermatt, vous avez une piste qui passe juste en amont de cette zone-là. Et quand vous arrivez vers le fond de cette piste, vous êtes en aval de cette zone, c'est-à-dire qu'elle est facilement accessible sans faire d'effort supplémentaire. Elle est en bordure de piste."

Et de proposer: "Je pense que nous devons prendre en considération deux éléments pour ces zones. D'abord les pistes, mais aussi le fait d'avoir une zone intermédiaire qui évite ce cas de figure. Et je pense que dans tous les services aujourd'hui, que ce soit l'Etat ou les demandes des écologistes, on veut être trop proches et on veut gagner trop de terrain. Et là, on a un problème. Le cas de Zermatt est flagrant dans ce cadre-là. "

Propos recueillis par Valentin Emery/asch

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