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Berne cherche des solutions pour mettre fin aux affrontements entre Erythréens sur son sol

En février 2024, Villars-sur-Glâne (FR) a été le théâtre de tensions entre ressortissants érythréens. [RTS]
Multiplication des violences entre Erythréens en Suisse: analyse / La Matinale / 2 min. / le 4 avril 2024
Alors que la police cantonale soleuroise est intervenue dimanche lors d'un affrontement entre deux groupes de réfugiés érythréens, la multiplication de ces heurts pose une équation complexe: garantir la liberté d'expression et reconnaître la souffrance de cette jeune génération de réfugiés tout en garantissant la sécurité publique.

"On est là dans les limites de la liberté d'expression", a lancé jeudi dans La Matinale de la RTS Gregory Jaquet, délégué aux étrangers du canton de Neuchâtel. Il se dit partagé, mentionnant aussi sa compréhension pour une collectivité qui considère que certaines manifestations de soutien au régime qu'elle a fui ne sont pas supportables pour elle.

Les violences entre Erythréens ne sont pas rares en Suisse et en Europe. L'an dernier, la police est notamment intervenue lors d'une bagarre à Opfikon (ZH). En février, la police a déployé un important dispositif pour encadrer un rassemblement à Villars-sur-Glâne (FR). Les derniers heurts en date remontent à dimanche [voir encadré].

>> Relire : La police s'est déplacée en nombre à Villars-sur-Glâne pour éviter des heurts entre Erythréens et Plusieurs personnes blessées lors d'une manifestation érythréenne à Zurich

Face à cette multiplication d'incidents, des voix s'élèvent pour les faire cesser. "Tout comme on ne tolèrerait pas de réunions politiques de supporters du Kremlin, par exemple, on ne devrait pas tolérer un régime équivalent à celui-ci. On devrait interdire ce genre de manifestations", prône Veronika Almedom, opposante au régime d'Asmara, co-fondatrice du Forum d'information pour l'Erythrée et membre de la Commission fédérale des migrations.

Le régime érythréen dans le collimateur

Arrivés il y a une dizaine d'années en Suisse, les Erythréens subissent ce qu'ils considèrent comme des persécutions de la part du régime d'Asmara dans le pays qui leur a accordé l'asile, notamment le prélèvement de 2% de leurs revenus, avec des intimidations.

Par désarroi, ils s'en prennent de plus en plus souvent aux festivals culturels érythréens, que le Conseil fédéral a reconnu devant le Parlement comme étant des lieux de propagande et de prélèvement de devises pour le régime. Ces réunions sont fréquentées par une diaspora plus ancienne et qui voit en Isaiaf Afweki un héros de l'indépendance du pays.

>> Pour en savoir plus, lire : Comment l'Erythrée fait pression et extorque ses ressortissants en Suisse

Quelques pistes malgré une mince marge de manoeuvre

Au-delà de la réponse policière, la marge de manoeuvre des autorités est mince. Elles pourraient décider de renvoyer les défenseurs du régime en Erythrée, mais la plupart sont bien intégrés en Suisse et parfois même naturalisés. Ils n'ont pas commis d'infraction qui justifierait la révocation de leur droit d'asile. Sinon, les autorités pourraient décider d'interdire les manifestations pro-régime. Les cantons et les communes peuvent déjà le faire au nom du risque sécuritaire.

Gregory Jaquet mise sur le dialogue pour lutter contre ces affrontements. "On observe de grandes tensions et un risque que de telles confrontations existent. Ce n'est pas simple. C'est pour ça qu'un dialogue intense et permanent avec les membres de la collectivité me semble être utile", explique le délégué aux étrangers du canton de Neuchâtel, ajoutant que c'est "probablement plus utile que de prendre parti".

>> Ecouter les propos complets de Gregory Jaquet dans La Matinale de jeudi :

Grégory Jaquet est délégué aux étrangers du canton de Neuchâtel. [DR / RTS]DR / RTS
Multiplication des violences entre Erythréens en Suisse: interview de Gregory Jaquet / La Matinale / 1 min. / le 4 avril 2024

D'un point de vue législatif, le changement dans les pratiques de l'administration fédérale semble être la seule manière d'atténuer le sentiment d'injustice ressenti par les jeunes réfugiés érythréens. Il est envisagé de supprimer l'obligation de posséder un passeport de leur pays d'origine pour pouvoir changer de statut, ce qui leur permettrait d'éviter de se confronter au pouvoir qu'ils fuient. La réflexion est en cours à Berne.

Veronika Almedom plaide en faveur de mesures restrictives envers le régime érythréen: "Le fait de cesser la collecte de la taxe des 2% et la question du passeport qui est collecté au consulat sont deux pratiques qui posent de vrais problèmes", estime-t-elle.

"Le fait de voir ce genre de décisions être prises pourrait considérablement calmer ces jeunes, qui ont besoin de se sentir écoutés et protégés par nos autorités", argumente-t-elle encore.

>> Ecouter l'intégralité de l'interview de Veronika Almedom dans La Matinale de jeudi :

Veronica Almedom est arrivée en Suisse avec sa famille pendant la guerre d’indépendance de l’Erythrée à la fin des années 1980. Elle est membre de la Commission fédérale des migrations. [Commission fédérale des migrations]Commission fédérale des migrations
Multiplication des violences entre Erythréens en Suisse: interview de Veronika Almedom / La Matinale / 1 min. / le 4 avril 2024

Sujet radio: sd

Adaptation web: Julie Marty/ats

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Heurts récents à Gerlafingen

Dimanche, quelques 180 Erythréens se sont invités à un festival culturel de leur nation à Gerlafingen (SO), où environ 350 autres Erythréens s'étaient réunis en l'honneur du dictateur de leur pays d'origine Isaias Afewerki.

Les opposants au régime se sont rendus sur place en partie armés de pierres, de barres de fer et de bâtons pour perturber la manifestation. La police cantonale a tiré des balles en caoutchouc pour disperser les foules. Elle indique dans un communiqué qu'une policière et une femme érythréenne ont été légèrement blessées. Aucune arrestation n'a eu lieu et les partisans du régime ont mis fin à leur rassemblement dans la soirée.

"Je considère que c’est un problème grave. Et je somme la communauté érythréenne d’arrêter avec ça. Leur confrontation politique, violente, ici en Suisse, nous ne l’acceptons pas", a réagi mardi à Berne le conseiller fédéral Beat Jans.