Modifié le 07 juin 2019 à 11:31

La gauche pourrait sortir renforcée des fédérales, selon le baromètre SSR

BAROMETRE SSR
Les élections fédérales pourraient déboucher sur un rééquilibrage vers la gauche, selon le baromètre SSR L'actu en vidéo / 2 min. / le 06 juin 2019
Quatre ans après un virage à droite, les élections fédérales pourraient déboucher cet automne sur un rééquilibrage vers la gauche, selon le baromètre électoral de la SSR. La poussée des Verts et des Vert'libéraux se renforce. L'UDC subit la plus forte baisse, mais reste le premier parti de Suisse.

Depuis de nombreux mois, les partis écologistes ont le vent en poupe tant dans les sondages que dans les élections au niveau cantonal. Le baromètre électoral de Sotomo, réalisé pour le compte de la SSR, confirme cette tendance jeudi.

Avec 3 points de pourcentage supplémentaires, les Verts affichent la plus forte progression par rapport aux élections fédérales de 2015. La formation de gauche pourrait pour la première fois voir sa part électorale dépasser les 10%.

Les Vert'libéraux bénéficient eux aussi de l'élan provoqué notamment par les manifestations en faveur du climat. Ils affichent une progression de 1,8 point et pourraient recueillir 6,4% des suffrages en moyenne au niveau national.

L'UDC recule mais reste loin devant les autres

A l'inverse, c'est l'UDC qui affiche le recul le plus marqué. La formation de droite conservatrice, qui avait réalisé un score record en 2015 avec 29,4% des suffrages, retomberait à son niveau d'il y a huit ans, totalisant 26,5% des intentions de vote (-2,9 points).

L'UDC conserve néanmoins, et de loin, la base électorale la plus importante du pays. Aucun parti ne semble d'ailleurs en mesure de lui contester le titre de première formation politique de Suisse lors des prochaines élections fédérales.

Le PS conforte sa deuxième place face au PLR

Dans la course à la deuxième place, le PS retrouve des couleurs. Donnés au coude à coude avec le PLR en février, les socialistes (19,1%, + 0,3 point par rapport à 2015) devancent désormais nettement leurs rivaux libéraux-radicaux (16,2%, -0,2 point).

La tendance est cependant quelque peu différente selon les régions linguistiques. En effet, en Suisse alémanique, le PS gagne du terrain et le PLR recule dans les intentions de vote, montre le baromètre électoral. En Suisse romande, c'est l'inverse.

Malgré le bon résultat attendu des Vert'libéraux, le centre pourrait quant à lui perdre quelques plumes. La percée vert'libérale est en effet plus qu'atténuée par le recul des intentions de vote pour le PDC (10,6%, -1 point), le PBD (2,9%, -1,2) et les évangéliques (1,8%, -0,1).

Menace sur la majorité UDC/PLR au National

Le camp rose-vert qui se renforce (+3,3 points), la droite qui recule (-3,1 points) et le bloc du centre qui stagne (-0,5 point): après le "Rechtsrutsch" de 2015 - le glissement vers la droite du Parlement -, on pourrait assister au mouvement inverse cette année. Un "Linksrutsch" qui s'est déjà matérialisé dans plusieurs cantons.

Même si elle recule, l'hégémonie de la droite sous la Coupole fédérale n'est pas fondamentalement menacée. Toutefois, si l'équilibre des forces se maintient jusqu'au 20 octobre, l'UDC et le PLR pourraient bien perdre la courte majorité de 101 sièges au National qu'ils avaient conquise il y a quatre ans.

Un siège pour les Verts au Conseil fédéral?

L'éventuel glissement vers la gauche du Parlement ainsi que la poussée des écologistes pourraient par ailleurs avoir une autre conséquence: relancer le débat sur la répartition des sièges au Conseil fédéral, avec une remise en cause de la fameuse "formule magique" (2 UDC, 2 PS, 2 PLR, 1 PDC).

Les Verts ambitionnent depuis longtemps de placer un des leurs au gouvernement. En cas de succès, ils pourraient revenir à la charge et revendiquer un fauteuil. En mars, le chef du groupe écologiste Balthasar Glättli avait nommément visé le deuxième siège libéral-radical. L'été politique promet d'être chaud.

>> L'analyse du politologue Andreas Ladner:

Le politologue Andreas Ladner commente les principaux résultats du baromètre électoral SSR
L'actu en vidéo - Publié le 06 juin 2019

Didier Kottelat

Publié le 06 juin 2019 à 17:00 - Modifié le 07 juin 2019 à 11:31

Le climat en tête des préoccupations

Par rapport à la précédente enquête réalisée en février, les quatre défis politiques mentionnés le plus souvent par les sondés restent les mêmes: les primes d'assurance-maladie (41,5%), les relations avec l'Union européenne (38,5%), le changement climatique (38,2%) et la prévoyance vieillesse (36,1%).

Ces préoccupations, aussi importantes soient-elles pour les personnes interrogées, ne jouent toutefois pas toujours un rôle décisif dans le vote. Ainsi, si l'on ne prend en compte que les sujets que les électeurs jugent déterminants dans leur choix, la question du climat figure au premier rang (23,9%), devant les autres thèmes.



L'importance actuelle de la question climatique explique sans doute le succès des Verts et des Vert'libéraux dans les enquêtes d'opinion. Signe des temps, le PLR a récemment réorienté sa stratégie sur ce thème. Les électeurs libéraux-radicaux, pourtant, ne placent le climat qu'au 5e rang de leurs préoccupations, loin derrière les relations avec l'UE.

Seule l'UDC refuse de céder à la vague climatique, malgré les défaites électorales récentes dans plusieurs cantons. Pour Christoph Blocher, il s'agit d'un "effet de mode" qui va vite passer. Les électeurs du parti semblent sur la même ligne que le ténor de l'UDC: le changement climatique ne figure même pas dans leurs six principales préoccupations.

La méthodologie

La collecte des données a été réalisée en ligne, entre le 17 et le 27 mai 2019. Le recrutement des personnes interrogées a eu lieu d’une part par le biais des portails web de la SSR et d’autre part via le panel en ligne de Sotomo. Au total, les réponses de 10'388 électeurs ont été analysées pour l’évaluation.

La représentativité de ce sondage est comparable à un échantillonnage aléatoire avec une erreur d’échantillonnage de plus ou moins 1,5 point de pourcentage, relève Sotomo.