Modifié

Patrick Aebischer répond aux critiques sur le Human Brain Project

Patrick Aebischer. [Alain Herzog - EPFL]
Patrick Aebischer, président de l'EPFL / Le Journal du matin / 22 min. / le 23 juillet 2014
Dans une interview mercredi à la RTS, le président de l'EPFL Patrick Aebischer s'est montré serein face à la polémique liée au Human Brain Project et parle d'un débat "légitime" et "naturel".

Le président de l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) a répondu mercredi matin aux critiques scientifiques sur le Human Brain Project dans "Le Journal du matin" de la RTS. Grand architecte de ce projet dédié aux neurosciences, Patrick Aebischer accepte le débat avec sérénité et ne craint pas pour l'image de l'institution.

Les grands débats scientifiques doivent avoir lieu et ils ont toujours lieu lorsque nous avons des grands projets comme le séquençage du génome humain à l'époque, a-t-il expliqué.

"Il n'est pas mauvais pour l'image de l'EPFL, paradoxalement, c'est une université qui se profile dans un domaine où le débat a lieu, tant qu'il est ouvert et positif, c'est plutôt positif pour l'institution", estime Patrick Aebischer.

"Maintenant, si 150 scientifiques estiment qu'il devrait être plus basé sur les neurosciences de base, parlons-en! Mais je crois que ça fait partie des choses naturelles du domaine de la science".

Affaire de jalousie?

Patrick Aebischer voit aussi un peu de jalousie dans cette affaire. "Quand vous regardez les signataires, c'est des gens qui étaient fondamentalement contre, il y en a un certain nombre de Zurich qu'on connaît bien. Mais il y a aussi des scientifiques qui se posent des questions."

Le président de l'EPFL se dit rassuré par la position lundi de l'Union européenne, qui a dit que la grande science doit continuer mais que la gouvernance doit être adaptée. Et d'ajouter que le grand débat sur l'implication suffisante ou pas des sciences cognitives dans le Human Brain doit être discuté. "Nous sommes ravis de discuter avec la communauté européenne", dit-il.

Patrick Aebischer rappelle aussi le contexte financier de cette polémique. Les 30 premiers mois du projet ont été financés et il s'agit maintenant de resoumettre le financement. "Il faut être aussi tout à fait clair: pour la Suisse ce n'est pas le moment idéal, après le vote du 9 février (…) C'est un aspect qui peut irriter aussi un certain nombre de pays". Et d'ajouter que le débat aurait peut-être pris des proportions différentes si le vote avait été autre.

Vers un terrain d'entente

Le débat est devenu aujourd'hui politique, reconnaît-il.  Mais "les choses vont se calmer rapidement (…) Je pense qu'on est en train de trouver un terrain d'entente", assure-t-il.

oang

Publié Modifié

La position de la Commission européenne

La Commission européenne a répondu lundi aux critiques des détracteurs du "Human Brain Project" (HBP).

Elle en appelle à la patience et se dit confiante que l'évaluation en cours examinera ces reproches de manière satisfaisante.

L'orientation exacte du HBP fait partie du projet lui-même et elle est mentionnée dans le contrat de partenariat entre le HBP et la Commission, souligne-t-on à Bruxelles.

Ce contrat fait actuellement l'objet d'une évaluation afin de pouvoir libérer les fonds dans le cadre de l'accord sur la recherche "Horizon 2020". Les résultats sont attendus en septembre.

La lettre ouverte des contestataires

Début juillet, plus de 150 scientifiques avaient estimé dans une lettre ouverte que le projet, dirigé par l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) était trop étroitement consacré à la simulation cérébrale et mal conduit. Entre-temps, plus de 600 personnes l'ont signée.

La lettre faisait suite à une réorganisation du HBP en juin. Celle-ci prévoit que certains projets soient retirés du Core Project. Ce dernier est le coeur du HBP, lauréat début 2013 du concours Flagship pour les technologies futures et émergentes et qui doit bénéficier de 1,2 milliard d'euros sur dix ans.

Le HBP a fâché du fait que la mise en place des instruments informatiques est classée dans le Core Project avec 50 millions d'euros par an venant des fonds communautaires.

En revanche, les Partnering Projects, où il est prévu de déplacer 18 projets touchant notamment les sciences cognitives, doivent encore recevoir le même montant des Etats membres, ce qui n'est pas gagné d'avance.