Modifié le 28 juin 2010 à 14:01

Plus de poisson dans les océans d'ici 2048?

Entre 1950 et 2003, les prises de poissons ont chuté massivement
Entre 1950 et 2003, les prises de poissons ont chuté massivement [DR]
Si rien n'est fait, la pollution et la surpêche pourraient faire disparaître la quasi-totalité des espèces de poissons et crustacés des océans d'ici 2048, selon une étude publiée dans la revue américaine Science.

"Que l'on regarde les résultats d'expériences en laboratoires ou
les études sur l'ensemble des océans, nous faisons le même constat.
En perdant des espèces, nous perdons la productivité et la
stabilité de tout l'écosystème" marin, explique Boris Worm,
principal auteur de l'étude réalisée par des biologistes et
économistes américains et canadiens.

Au-delà de l'imagination

Le scientifique, de l'Université d'Halifax au Canada, s'est dit
"choqué" par la généralisation de ce phénomène, "au-delà de ce que
nous imaginions". Pour réaliser cette étude, les chercheurs ont
fait la synthèse de données couvrant 1000 ans d'histoire marine, 32
expériences scientifiques, des études effectuées dans 48 domaines
marins protégés et des statistiques des Nations unies sur la pêche
de 1950 à 2003.





"A ce stade, 29% des espèces de poissons et crustacés se sont
effondrées, c'est-à-dire que les prises de pêche les concernant ont
diminué de 90%. C'est une tendance très claire et elle s'accélère",
poursuit Boris Worm, dont les conclusions sont sans appel: "Si la
tendance se poursuit à long terme, toutes les espèces de poissons
et crustacés, selon les projections, auront disparu d'ici
2048".

Mesures à prendre rapidement

"Mais il n'est pas trop tard" pour inverser la tendance,
souligne-t-il. "C'est possible, mais cela doit être fait
rapidement. Il nous faut passer d'une gestion individuelle des
espèces à une gestion de l'écosystème. Il faut juste pour cela une
forte volonté politique". Les auteurs de l'étude préconisent la
création de nouvelles réserves marines, une meilleure gestion des
pêches pour éviter d'épuiser les océans et des contrôles accrus en
matière de pollution.





Dans les 48 domaines marins protégés étudiés, notent-ils, la
diversité, la productivité et la stabilité des espèces se sont
accrus remarquablement. Les chercheurs ont concentré leurs travaux
sur les océans, mais des associations écologistes ont également
exprimé leurs inquiétudes pour la situation des lacs, rivières et
cours d'eau douce.





L'Institut national des pêches, organisme professionnel du
secteur, a déclaré ne pas partager les craintes des auteurs de
l'étude. "Les réserves de pêches fluctuent naturellement. En
mettant au point de nouvelles technologies pour capturer plus
efficacement des espèces déterminées, avec moins d'impact sur les
autres espèces dans leur environnement, nous contribuons à ce que
notre industrie n'affecte pas les écosystèmes ou nuise aux
espèces", assure l'Institut dans un communiqué.

Revenus de 80 milliards de dollars

Joshua Reicher, directeur du Pew Charitable Trusts, un fonds
privé pour l'environnement, souligne que la pêche génère à
l'échelon mondial des revenus de l'ordre de 80 milliards de dollars
(63 milliards d'euros), et que 200 millions de personnes en vivent.
Le poisson, ajoute-t-il, est la principale source de protéines pour
plus d'un milliard d'habitants de la planète, en majorité
pauvres.





agences/tac

Publié le 03 novembre 2006 à 20:33 - Modifié le 28 juin 2010 à 14:01

Doutes et critiques

La FAO (Organisation mondiale pour l'Alimentation et l'Agriculture) a estimé le scénario catastrophe de Science improbable. "Cette étude demande encore à être examinée et validée par les scientifiques", a-t-elle déclaré.

L'organisation écologiste Greenpeace, convaincue de la réalité de la menace, a immédiatement réagi en demandant que 40% des mers soient déclarées sanctuaires marins.

La Corée du Sud a estimé que la menace d'une disparition totale des poissons d'ici 2050 semblait "un peu trop radicale" et qu'il faudrait attendre "d'avoir plus de données scientifiques" avant de prendre des mesures.

En Europe, la Grande-Bretagne a indiqué qu'il n'était pas question d'un moratoire total sur le cabillaud. Celui-ci signifierait "la fin de toute pêche au Royaume-Uni", les pêcheurs britanniques pêchant quasi systématiquement du cabillaud, y compris involontairement en allant à la pêche d'autres espèces.

La Commission européenne a indiqué que "des mesures sont déjà en place" pour lutter contre la surpêche, mais que "la coopération internationale doit être renforcée pour mettre fin aux pêches illégales, un fléau international".

Les pêcheurs professionnels des pays nordiques ont minimisé l'impact de leur activité sur le niveau des populations de poissons, désignant au contraire la pollution, les changements climatiques et les prédateurs naturels comme les principales menaces.