Modifié le 05 février 2019 à 22:34

La Suisse manque de cadre légal pour réglementer les faux "followers"

Les faux followers ou faux commentaires sur les réseaux sociaux commencent à attirer l'attention de la justice notamment aux USA
Les faux followers ou faux commentaires sur les réseaux sociaux commencent à attirer l'attention de la justice notamment aux USA 19h30 / 2 min. / le 05 février 2019
La justice américaine s'est attaquée la semaine dernière à la vente de faux abonnés sur les réseaux sociaux. Ce marché noir, qui existe aussi en Suisse, manque de cadre légal pour être réglementé.

Pour la première fois, la justice américaine a décrété jeudi dernier l'illégalité de la vente de faux abonnés aux utilisateurs des réseaux sociaux. Quatre entreprises américaines, qui vendaient des faux "likes", ont signé un accord à l'amiable avec la procureure de New York, vu comme un premier pas vers la réglementation de ce marché douteux.

"Avec cet accord, nous envoyons le signal clair que tous ceux qui profitent de cette tromperie et usurpent des identités violent la loi et doivent rendre des comptes", a affirmé la procureure sur Twitter.

45% de faux commentaires

La fréquentation des réseaux sociaux a en effet développé un véritable commerce du clic. Aujourd'hui, on peut acheter des abonnés pour gonfler son compte, des vues sur les vidéos Youtube, des "likes", des fans ou encore des commentaires bienveillants. Une simple recherche sur Google permet d'acheter des faux "followers" en deux clics.

Gonfler le nombre de ses abonnés permet de se construire une popularité qui peut rapporter gros. Un utilisateur de Twitter suivi par un million d'abonnés peut gagner 20'000 francs ou plus en faisant de la publicité pour une marque.

Ce commerce électronique est alimenté par des entreprises qui utilisent parfois elles-même des faux profils ou des robots. Aujourd'hui, on estime que 45% des commentaires en ligne seraient faux en Europe. Mais il est difficile d'identifier les vrais des faux abonnés, selon Nicolas Capt, avocat spécialiste du droit des technologies. En Suisse, aucune plainte ni enquête n'ont été enregistrées à ce jour. "Il s'agit de phénomènes nouveaux, c'est la raison pour laquelle le droit ne les envisage pas encore", explique l'avocat.

15 millions de chiffre d'affaires en 2 ans

Un autre obstacle réside dans le fait que, "bien souvent, ces entreprises se trouvent dans des pays en voie de développement", explique Renée Bäni, codirectrice de la formation médias sociaux au Sawi.

En Asie, les "fermes à clics" sont régulièrement fermées par la police. On y trouve des enfilades d'ordinateurs, de téléphones et d'employés qui doivent cliquer ou commenter toute la journée pour des clients à partir de faux profils. On estime à plus de 100 millions le nombre de "cliqueurs" dans le monde.

Aux Etats-Unis, le texte de l'accord à l'amiable passé entre les quatre sociétés et le bureau du procureur ne mentionne aucune sanction. Mais il donne de multiples détails sur le fonctionnement de ses sociétés, qui auraient vendu pour quelque 15 millions de dollars de comptes et d'engagement sur les réseaux sociaux entre 2015 et 2017.

4000 dollars pour 500'000 "followers"

Ces sociétés vendaient par exemple, pour 3997 dollars, "des paquets d'abonnés", dont le nombre pouvait atteindre 500'000, sur Twitter. Un paquet de 100 abonnés sur YouTube se vendait, lui, 29 dollars.

Des paquets de vues sur YouTube, très prisées par les artistes et les "influenceurs", étaient également commercialisés.

L'annonce de cet accord à l'amiable avec les sociétés de German Calas, qui ont toutes fermé courant 2018 après que l'enquête se soit ébruitée, intervient un an après la publication d'une enquête du New York Times sur l'une de ces sociétés, Devumi. Interrogé par le journal, son propriétaire avait alors rejeté toute accusation de vente de faux comptes.

Estelle Braconnier et Feriel Mestiri

Publié le 05 février 2019 à 21:16 - Modifié le 05 février 2019 à 22:34