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La condamnation pénale d'une élue Verte à Yverdon fait débat

Des élues de gauche jugées pour des actes de désobéissance civile. Un manquement à l'exemplarité? [RTS]
Des élues de gauche jugées pour des actes de désobéissance civile. Un manquement à l'exemplarité? / 19h30 / 2 min. / le 18 août 2021
Une jeune élue du Conseil communal d'Yverdon-les-Bains a été condamnée mercredi par la justice pour un tag féministe sur une façade. La sanction met en lumière les différences de sensibilité des partis sur l'exemplarité des élus et la désobéissance civile.

Une quarantaine de personnes ont accueilli avec des applaudissements deux jeunes femmes à la sortie du tribunal. La conseillère communale Verte Ella-Mona Chevalley et sa comparse ont chacune écopé de cinq jours-amende avec sursis, d’une amende de 100 francs et des frais de justice pour des tags féministes réalisés à Yverdon une nuit de mars 2020.

La peine a été largement revue à la baisse par rapport aux deux ordonnances pénales rendues précédemment. Plusieurs plaintes avaient été retirées, d’autres ont été jugées non recevables. Le juge a retenu une culpabilité "relativement légère" pour un seul tag, tout en rappelant que d’autres moyens d’action auraient été possibles pour faire entendre les arguments féministes.

Reste qu’une condamnation pénale n’est pas anodine pour une élue. Ella-Mona Chevalley l’assure : elle se sent toujours légitime au Parlement de la ville du Nord vaudois. "Pour moi ce n'est pas dérangeant, parce que c'est complètement cohérent avec mon action politique. Ce n'est pas non plus dérangeant envers la population, parce que je n'ai jamais menti sur le fait que j'étais militante", assure-t-elle dans le 19h30.

"Je suis militante écologiste et féministe avant tout. Je suis au Conseil communal maintenant, à nouveau pour servir la collectivité, parce que ces thèmes sont bien trop importants pour faire la fine bouche sur les méthodes d'action", poursuit Ella-Mona Chevalley.

Condamnation problématique selon la droite

Pour la droite, toutefois, cette condamnation est problématique car tous les élus promettent de respecter la loi et la Constitution.

"Ces actes ont été faits avant l'assermentation, mais depuis elle a parlé en leur faveur. Cela va à l'encontre du serment qu'elle a posé. Elle devra donc elle-même décider et faire une analyse de conscience pour savoir si elle est encore capable de tenir son serment ou pas", estime Laurent Roquier, président du PLR à Yverdon.

L’extrême-gauche assume plus facilement que les Verts

Signe d'un certain embarras, le parti des Verts n'a pas voulu prendre position auprès de la RTS. Pour un parti ambitieux qui veut jouer le jeu des institutions, une condamnation pénale, même légère, fait tache. Les Verts vaudois sont une fois de plus coincés entre leur aile centriste et leur aile plus jeune et militante.

Les actions de désobéissance civile semblent plus facilement assumées tout à gauche de l’échiquier politique. Franziska Meinherz, élue de Solidarités à Lausanne, va être jugée pour plusieurs actions coup-de-poing illégales. Ces deux dernières années, elle a participé à une manifestation dans une succursale d’UBS, à un blocage d’une route par Extinction Rébellion et à une manifestation non autorisée sur un giratoire lausannois lors de la Grève des femmes, le 14 juin 2020.

La militante ne siégeait pas encore. Elle a fait opposition aux ordonnances pénales du Ministère public, qui la condamnent au total à quatre mois de jours-amende. Elle espère encore être acquittée, car elle estime juste avoir fait usage de ses droits politiques. Pour cette chercheuse en sociologie, il n’y a pas non plus de contradiction entre un mandat politique donné par les électeurs et une potentielle condamnation pénale.

"J'ai été élue à cause de cet engagement, parce que je suis fortement impliquée dans ces luttes. Si je les abandonnais juste parce que j'entrais au Conseil communal, en quelque sorte ce serait les trahir", explique-t-elle.

Patrick Le Fort

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