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Claude Nicati: "Un jugement est une tache dans la carrière d’un politicien"

Claude Nicati, avocat et ancen conseiller d'État PLR, réagit à la condamnation de Pierre Maudet (vidéo) [RTS]
Claude Nicati, avocat et ancen conseiller d'État PLR, réagit à la condamnation de Pierre Maudet (vidéo) / L'invité-e d'actualité / 5 min. / mardi à 07:17
Invité mardi dans La Matinale, l'ancien conseiller d’Etat neuchâtelois et avocat Claude Nicati juge la peine infligée à Pierre Maudet "relativement sévère". S’il précise que rien, juridiquement, n’empêche le Genevois de se porter candidat à sa propre succession, ce jugement est "une tache dans la carrière d’un politicien".

Pierre Maudet a été condamné lundi à une peine pécuniaire de 300 jours-amende avec sursis. Le Tribunal de police de Genève l'a reconnu coupable d'acceptation d'un avantage pour son voyage en famille à Abu Dhabi.

Le conseiller d'Etat en fonction et en campagne pour sa réélection a été jugé coupable d'avoir accepté un avantage indu, hors de toute proportion, de la part de deux acteurs privés de l'immobilier. La présidente du Tribunal a retenu que Pierre Maudet était conscient du risque de se voir influencer dans l'exercice de ses fonctions officielles et qu'il s'est accommodé de cette relation "toxique".

La faute est importante, relève la juge, car elle met en cause son intégrité et celle de l'Etat, sans parler de sa mauvaise collaboration, de ses mensonges et de l'absence de prise de conscience de sa part. Ce verdict est tout simplement inédit dans l'histoire politique contemporaine helvétique.

>> Ecouter l'analyse dans La Matinale:

Pierre Maudet arrive au Palais de Justice. [Martial Trezzini - Keystone]Martial Trezzini - Keystone
Pierre Maudet reconnu coupable d'acceptation d'un avantage: analyse de Raphaël Leroy / La Matinale / 3 min. / mardi à 06:00

"Jugement pondéré"

Ce verdict est toutefois nuancé. La décision n'est pas noire, elle n'est pas blanche. La vérité judiciaire est grise. Interrogé mardi dans La Matinale, Claude Nicati estime qu'il s'agit d'un "jugement pondéré". "Le Ministère public n'a pas pu faire la démonstration de l'autre chef d'inculpation (pour avoir fait financer un sondage pré-électoral, n.d.l.r.). "In dubio pro liberta", la justice doit toujours profiter à l'accusé."

>> Lire: Pierre Maudet reconnu coupable d'acceptation d'un avantage pour son voyage à Abu Dhabi

L'ancien conseiller d'Etat neuchâtelois juge que la peine est "relativement sévère": "Même s'il y a un sursis, c'est assez lourd." Une analyse qui contraste avec celle de Pierre Maudet, vingt minutes après le verdict: "Le verdict est lumineux sur un certain nombre de points, il apporte des nuances et m'acquitte sur deux points essentiels. Il maintient un reproche."

Car pour Claude Nicati, on ne sort jamais gagnant d'un procès dans lequel on a été condamné: "Pierre Maudet aurait été complètement gagnant si la justice l’avait acquitté de tous les chefs d’inculpation, peu importe si cela avait été au bénéfice du doute."

Des recours possibles

Celui qui est également avocat rappelle que le jugement n'est pas encore définitif: "Le Ministère public ne s’est pas encore exprimé. Il a aussi la possibilité de recourir contre l’acquittement du second chef d’inculpation." Si Pierre Maudet est le seul à recourir, "il n'y a pas de possibilité d'aggravation de peine".

Sur le volet politique de l'affaire, Claude Nicati estime qu'"il n'y a rien qui empêche une personne condamnée, mais dont le jugement n’est pas encore définitif et exécutoire de se porter candidat".

Mais d'ajouter: "Il est plus difficile de faire passer le message aux électrices et électeurs: "j’ai été condamné, votez pour moi, car maintenant j’ai compris et je ne le ferai plus". Je ne doute pas un seul instant que Pierre Maudet ne sera plus jamais condamné, mais il n’en reste pas moins que ce jugement est une tache dans la carrière d’un politicien et cela ne devrait pas l’être."

Propos recueillis par Benjamin Luis / Sujet radio: Raphaël Leroy

Adaptation web: Valentin Jordil

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Le Conseil d'Etat réagit

Interpellé par la RTS, le Conseil d'Etat genevois a réagi à ce verdict mardi matin. Et ses mots sont extrêmement durs envers leur collègue condamné. L'exécutif prend acte de la décision du Tribunal de police. Mais au-delà de cela, il rappelle tout un tas d'éléments.

"Pierre Maudet a donné des informations erronées au Conseil d'Etat, à plusieurs reprises, sous la précédente législature ainsi que l'actuelle", rappelle-t-il. Le Conseil d'Etat relève que cette affaire n'est pas uniquement judiciaire, "elle soulève aussi la question de la confiance au sein du collège gouvernemental, dans lequel elle a instauré un climat négatif".

Avant de poursuivre: "Pierre Maudet s'est à ce titre placé lui-même en rupture de confiance, notamment en s'opposant systématiquement aux budgets défendus par ses collègues du Conseil d'Etat. Par ailleurs, il nuit à l'image de Genève. C'est cette lecture d'ensemble qui s'impose à nous aujourd'hui."