Modifié le 29 octobre 2019 à 21:38

Le militant antispéciste bientôt jugé a déjà été condamné cinq fois

Un militant antispéciste sera jugé le 6 novembre à Genève. Notre enquête révèle qu'il a déjà été condamné à cinq reprises.
Un militant antispéciste sera jugé le 6 novembre à Genève. Notre enquête révèle qu'il a déjà été condamné à cinq reprises. 19h30 / 2 min. / le 29 octobre 2019
Le militant antispéciste qui comparaîtra le 6 novembre devant le Tribunal de police de Genève a déjà été condamné cinq fois, a appris RTSinfo. Ce Suisse de 28 ans, qui risque la prison ferme, est notamment soupçonné d'avoir caillassé à huit reprises des boucheries genevoises.

L'acte d'accusation du procureur Adrian Holloway, que RTSinfo s'est procuré, donne le tournis. Il liste tous les actes reprochés au prévenu. Le jeune homme, Suisse, célibataire, sans profession, est soupçonné d'avoir sévi entre janvier et novembre 2018.

Selon le Ministère public, au cours de cette période, Matthias (prénom d'emprunt), accompagné d'autres antispécistes, aurait brisé les vitres de dix établissements – huit boucheries genevoises, un McDonald's ainsi que le Service de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires de l'Université de Fribourg – tagué plusieurs établissements et panneaux publicitaires, mis à sac l'abattoir de Perly (GE) et bloqué les abattoirs Bell à Oensingen (SO).

Préjudice important

RTSinfo a calculé le montant du présumé préjudice: 310'709,80 francs. La note la plus élevée a été présentée par l'abattoir de Perly, avec un dommage estimé de près de 78'000 francs. L'acte d'accusation relève que Matthias aurait mis "hors d'usage des convoyeurs de volaille, une porte sectionnelle, l'entraînement du convoyeur des caisses de volailles vives, les commandes des portes sectionnelles, les machines à laver les caisses, les sept tonnes de volailles fraîches, les ordinateurs, les groupes de pesage, les groupes d'étiquetage, les balances, la porte sectionnelle du quai d'expédition, le téléphone mural et des étagères".

Matthias a été arrêté provisoirement dès le 29 novembre 2018. Après avoir perquisitionné son domicile, les enquêteurs ont entre autres séquestré des bonbonnes de peintures, une scie à bois, des pieds de biches et une chaîne métallique.

Onze mois de détention provisoire

Le prévenu – et c'est une particularité de cette affaire – a effectué onze mois de détention provisoire. Il a recouvré la liberté après avoir saisi le Tribunal fédéral, qui lui a donné raison dans un arrêt du 16 octobre. La lecture de cet arrêt, ainsi que celui de la Chambre pénale de recours de la Cour de justice du 29 août, permettent de mieux cerner le profil du prévenu, mais aussi les raisons qui ont conduit les tribunaux à prolonger la détention avant jugement.

La Cour de justice genevoise relève que Matthias a déjà été condamné à cinq reprises: une fois en 2010, trois fois en 2011 et une fois en 2018. Toutes les condamnations, qui ont valu au prévenu des jours-amendes et de la prison ferme, portent sur des vols, des dommages à la propriété et des violations de domicile.

Le Tribunal fédéral constate que la dernière condamnation de Matthias, datée du 21 mars 2018, est en lien avec des tags de vitrines perpétrés dans la nuit du 23 au 24 février 2018, mais surtout que ces faits ont été revendiqués par les antispécistes. Le Tribunal fédéral estime ainsi que les cinq condamnations de Matthias ne semblent pas l'avoir dissuadé "de commettre de nouvelles infractions".

Risque de récidive élevé

Le TF évoque un risque de récidive "élevé" et met l'accent sur "l'aggravation des actes reprochés au cours de la période litigieuse". Il y aurait d'abord eu des tags, puis des caillassages, la mise à sac d'un abattoir et enfin l'occupation des locaux de l'entreprise Bell "avec opposition aux forces de l'ordre", en novembre 2018. La Cour de justice, pour sa part, fait état d'une "absence de prise de conscience et de regrets" de Matthias.

Contacté par le 19h30, Me Olivier Peter, l'avocat de Matthias, n'a pas souhaité s'exprimer face caméra avant le procès. Au téléphone, il indique que "la procédure n'a pas été équitable", que "l'enquête de police est illégale sur plusieurs points", mais aussi que "plusieurs acquittements seront plaidés".

Quant à Matthias, qui n'a fait aucune déclaration lors de la procédure, il a écrit à quelques reprises à ses "camarades antispécistes", pour reprendre les termes figurant sur une page Facebook qui le soutient depuis le premier jour de sa détention. Le 27 juin 2019, Matthias écrit ainsi à ses camarades: "Grâce à vous, chaque jour passé dans cette cellule n'est qu'un jour de plus qui me rapproche d'une sortie assurée et surtout c'est grâce à vous que la lutte continue".

>> Sujet traité dans le 19h30

Fabiano Citroni/sjaq

Publié le 29 octobre 2019 à 19:29 - Modifié le 29 octobre 2019 à 21:38

Une jeune femme sera aussi jugée

Le nom d'une deuxième personne figure dans l'acte d'accusation du procureur Holloway. Cette prévenue est une jeune femme âgée 22 ans.

Selon le Ministère public, elle a procédé à des tags et à de nombreux caillassages de vitrines "conjointement" avec Matthias. Célibataire, étudiante, elle a été arrêtée provisoirement dès le 10 décembre 2018 et mise en liberté par le Ministère public le 7 janvier 2019.

Trois jours après avoir été libérée, elle écrivait sur son profil Facebook: "L'Etat peut bien enfermer une poignée d'activistes, ça n'arrêtera jamais le mouvement antispéciste."