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Le Nigeria lutte aussi contre Boko Haram sur le terrain idéologique

Au Nigéria, on envisage d'utiliser des narratifs alternatifs pour "vacciner" la population contre l’extrémisme violent. [RTS - Anouk Henry]
Le Nigéria veut lutter contre Boko Haram avec des "narratifs alternatifs" / Tout un monde / 7 min. / le 26 février 2018
Dans le nord du Nigeria, la lutte militaire contre le groupe terroriste Boko Haram s'enlise et est même contre-productive. La lutte se déplace sur le terrain idéologique et des "narratifs alternatifs" voient le jour.

Afin de développer une sorte de "vaccin" contre l'endoctrinement idéologique, des discours alternatifs voient le jour. Des arguments religieux sont mis à disposition des imams pour contrer les arguments des djihadistes et les répandre dans la population.

"Notre objectif est de saper les capacités de recrutement de gens intelligents. Car lorsqu'un mouvement n'a plus de leaders intelligents et charismatiques, alors il meurt de mort naturelle", explique Nurudeen Lemu, un membre de la direction de l'Islamic Education Trust. Sa cible: les étudiants en théologie, les imams, les gens éduqués, soit les 10% de membres de Boko Haram qui s'enrôlent pour des raisons idéologiques.

L'armée pointée du doigt

Sur la base de centaines d'interviews, il a décortiqué plus de 200 arguments dans l'idéologie de Boko Haram. Et il les démonte un à un en se basant sur les textes sacrés.

Beaucoup pointent du doigt l'armée comme responsable des ralliements au groupe terroriste. Et selon Nurudeen Lemu, c'est aussi le cas lorsque les combattants ont été recrutés de force. "Des innocents ont été tués par les forces de sécurité et maintenant les gens ont peur d'elles. Les membres de Boko Haram vont raconter comment leurs collègues ont été torturés, affamés et tués en prison… des traitements vraiment inhumains", explique-t-il.

Un nouveau mouvement émerge

Avec ses attentats indiscriminés, Boko Haram a progressivement perdu le soutien de la population. En été 2016, le leader d'alors, Abubakar Shekau, est destitué par l'Etat islamique à cause de sa cruauté. Shekau fait sécession et poursuit ses attaques sanglantes contre les civils. C'est un djihadiste tchadien, Maman Nur, qui a repris la tête de l'organisation.

Pour Nurudeen Lemu, c'est à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle. "L'influence du groupe de Maman Nur ne cesse de grandir car ils n'acceptent pas que l'on tue des pauvres et des innocents de manière indiscriminée. Ils font des attaques chirurgicales contre les forces militaires et de police."

Cette situation amène certes à une diminution des attentats sur les places publiques, "mais il est devenu plus facile à Maman Nur de recruter des gens et son narratif est devenu plus attractif" à cause de ces attaques ciblées.

Maman Nur et ses hommes combattent désormais sous la bannière de l'ISWAP, l'Etat islamique en Afrique de l'Ouest. Il tend à présent à s'étendre aux pays voisins, notamment au Niger et au Tchad. Son discours plus "modéré" est plus difficile à contrer; il faut des narratifs alternatifs performants, autrement dit un vaccin très puissant, pour empêcher les gens de rallier ce nouveau Boko Haram au visage moins inhumain.

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Les femmes, premières victimes de Boko Haram au Nigéria / La Matinale / 3 min. / le 26 février 2018

Anouk Henry/ebz

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