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"Il faut tout faire pour détruire le trafic de migrants en Méditerranée"

L'invité de la rédaction - Vincent Cochetel [RTS]
L'invité de la rédaction - Vincent Cochetel / Le Journal du matin / 21 min. / le 22 juin 2017
Les Etats européens doivent s'attaquer "beaucoup plus sérieusement" aux "criminels" à l'origine du trafic de migrants, a plaidé jeudi à la RTS Vincent Cochetel, directeur Europe du Haut Commissariat pour les réfugiés (HCR).

"Les Etats européens feraient bien de s'attaquer un peu plus aux problèmes du trafic et d'en parler un peu moins", a estimé dans le Journal du matin le patron de l'agence de l'ONU pour les réfugiés en Europe.

Les filières du trafic de migrants en Méditerranée sont bien connues, explique le Français. Les bateaux pneumatiques utilisés pour la traversée sont fabriqués en Chine et transitent par Malte, comme l'a révélé un document de Wikileaks en 2016, avant d'arriver en Libye.

Les gens impliqués dans le trafic de migrants sont des criminels et ils doivent être traités comme tels

Vincent Cochetel, directeur Europe du HCR

Le directeur du HCR pour l'Europe ajoute qu'un certain nombre de pays européens "achètent du pétrole illégalement en Libye" aux communautés qui soutiennent les trafiquants. "Donc la main gauche ne sait pas ce que la main droite fait", déplore le responsable.

Des trafiquants connus

"Un certain nombre de trafiquants ont pignon sur rue" et font la publicité de leurs services sur leur page Facebook, ajoute Vincent Cochetel. "Ils ont aussi des propriétés en Europe et ailleurs. Or il n'y a pas véritablement de coopération internationale pour arrêter ces gens." Mais "ces gens sont des criminels et ils doivent être traités comme tels", plaide le Français.

"Il faut suivre l'argent comme si c'était de la drogue, comme si c'était des armes. C'est aussi dangereux. Il y a des gens qui meurent tous les jours", argumente Vincent Cochetel.

Rendre ce trafic le plus difficile possible

Si la Libye n'a pas les moyens d'arrêter ces passeurs "protégés par des milices puissantes qui contrôlent une partie du territoire" , Interpol pourrait émettre des mandats d'arrêt, indique le directeur du HCR. La Cour pénale internationale pourrait aussi s'intéresser à ces trafiquants, car ils sont impliqués dans des violations des droits humains, estime le Français, rappelant que "beaucoup de gens meurent dans le désert et dans les geôles libyennes contrôlées par ces milices".

"Il faut tout faire pour détruire une partie de ce commerce. On ne l'arrêtera jamais totalement, mais il faut rendre ce trafic le plus difficile possible", résume Vincent Cochetel.

>> Lire aussi: A bord d'un navire de sauvetage qui secourt les migrants en Méditerranée

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"Il n'y a pas de réfugié économique"

Le directeur du HCR pour l'Europe, Vincent Cochetel, a rappelé sur les ondes de la RTS jeudi que seuls 30% des personnes arrivées en Italie cette années sont des réfugiés et que 70% n'ont donc pas vocation à rester en Europe. Il plaide pour des programmes de retour efficaces pour éviter que des migrants se retrouvent bloqués dans des camps.

Des mesures qui permettraient d'apaiser le débat sur les réfugiés, selon lui.

Vincent Cochetel précise aussi qu'au regard du droit, "il n'y pas de réfugié économique". "Il ne faut pas tout mélanger. Les migrants ont des droits, comme tout être humain, mais les réfugiés ont des droits spécifiques, qui viennent du fait qu'ils ont perdu la protection nationale de leur Etat", explique-t-il.

Plus de 82'000 arrivées par la mer en 2017

Selon les dernières statistiques du Haut Commissariat pour les réfugiés (HCR), plus de 82'000 personnes ont traversé la Méditerranée entre janvier et juin 2017 (362'753 arrivées en 2016).

L'agence de l'ONU estime que 1990 personnes ont perdu la vie cette année, contre environ 5000 sur tout 2016 et 3700 en 2015.

L'immense majorité des migrants qui ont traversé la Méditerranée sont allés en Italie (71'000).

Les navires des ONG réalisent une minorité des sauvetages. En 2016, les organisations non gouvernementales ont recueilli plus de 46'000 personnes en Méditerranée, soit 26% du total. Depuis le début de 2017, cette part a atteint 33%, selon le Haut commissariat des nations unies pour les réfugiés (HCR).