Modifié le 14 octobre 2016

"Brutes en blanc", ces médecins arrogants qui maltraitent les malades

Martin Winckler, médecin et essayiste français.
Martin Winckler dénonce la maltraitance médicale en France dans son dernier livre Le Journal du matin / 8 min. / le 14 octobre 2016
Le médecin et écrivain Martin Winckler vient de publier un livre intitulé "Les brutes en blanc" dans lequel il dénonce la maltraitance médicale. Il a détaillé le phénomène vendredi dans le Journal du matin de la RTS.

Paternalisme, insensibilité à la souffrance, refus d'administrer certains soins: "être une brute en blanc, c'est être un médecin qui regarde les patients de haut, qui les traite avec mépris et ne les écoute pas réellement. Mais ce n'est pas forcément quelqu'un qui les brutalise délibérément, c'est plutôt une attitude, répandue, qui est incompatible avec le soin", précise Martin Winckler, médecin français vivant et enseignant actuellement au Canada, sur les ondes de la RTS.

On ne peut pas se penser supérieur aux gens qu'on soigne.

Martin Winckler, médecin et écrivain

Cette attitude se retrouve surtout dans la profession en France, note le médecin, expliquant que cela provient de la formation mais aussi de la société française elle-même, très hiérarchisée et fondée sur l'élitisme.

Dicter une conduite

"Certains médecins sont bien sûr dévoués et courtois, mais bon nombre d'entre eux estiment qu'ils peuvent porter des jugements sur leurs patients et leur dicter une conduite de vie", décrypte Martin Winckler.

Il précise qu'une réflexion sur la bioéthique, le respect et l'autonomie du patient ne s'est pas faite en France alors que les pays anglo-saxons et scandinaves ne se permettent plus depuis longtemps de "soigner les malades comme si c'était des cobayes".

Le savoir médical n'appartient pas qu'au médecin.

Martin Winckler

Même si un des rôles du médecin reste de dire des vérités à ses patients qui ne leur font pas plaisir, il ne doit pas être là pour imposer.

"Le savoir médical n'appartient pas qu'au médecin mais à tout le monde. Les gens peuvent prendre des décisions seuls. Les professionnels de la santé doivent accompagner et pointer les diverses conséquences d'une décision mais ils ne doivent pas devenir des directeurs de conscience".

Le livre de Martin Winckler, accueilli plutôt froidement par une partie de la profession en France, permet aussi le soulagement de certains médecins ou patients s'étant retrouvés dans de tels situations. "Le fait d'en discuter, de le dire, c'est un premier pas vers le changement", conclut-il.

sbad

Publié le 14 octobre 2016 - Modifié le 14 octobre 2016

Canada à la pointe

Au Canada, la réflexion sur l'autonomie du patient et la décision partagée se fait depuis plusieurs années. Les patients sont même déjà intégrés à la formation des futurs médecins. Certains deviennent des mentors pour les étudiants.

La discussion ouverte avec le patient est au coeur du dispositif médical. Il n'est jamais question d'interdire ou de le forcer à faire quelque chose.