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"Les Iraniens opteront en faveur d'une entreprise suisse s'ils ont le choix"

Ardavan Amir-Aslani. [http://amir-aslani.com]
Ardavan Amir-Aslani, spécialiste du moyen Orient / L'invité de la rédaction / 23 min. / le 25 février 2016
La Suisse aura sa place en Iran, a indiqué jeudi à la RTS l'expert Ardavan Amir-Aslani, alors que le président de la Confédération s'envole vendredi à Téhéran, le jour même des élections législatives.

Accompagné d'une importante délégation économique et scientifique, le président de la Confédération Johann Schneider-Amman doit rencontrer le président iranien, ainsi que de nombreux ministres. Sa visite durera trois jours.

Selon Ardavan Amir-Aslani, "les Suisses ont une excellente réputation en Iran". D'une part parce qu'un certain nombre de ses secteurs, tels que la pharmaceutique et l'alimentaire, sont à l'avant-garde. D'autre part en raison de sa neutralité. "Dès lors qu'ils auraient le choix, les Iraniens opteront en faveur d'une entreprise helvétique".

La Suisse peut aussi profiter de la politique des bons offices qu'elle a menée entre les Etats-Unis et l'Iran, et désormais entre l'Iran et l'Arabie saoudite.

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Le président de la Confédération Johann Schneider-Ammann. [key - Peter Klaunzer]key - Peter Klaunzer
38 patrons accompagneront Johann Schneider-Ammann en Iran / Le Journal du matin / 2 min. / le 25 février 2016

"Il y aura de la place pour tout le monde"

Nombre de délégations économiques sont dépêchées sur place depuis que l'accord historique sur le nucléaire iranien, conclu en juillet dernier, a permis la levée, en janvier, de la plupart des sanctions occidentales. L'Allemagne, la France, l'Italie et le Royaume-Uni devraient être les grands gagnants de cette réouverture.

Reste que, après 37 ans de sanctions américaines, "l'Iran a tellement de retard dans son développement économique qu'il y aura de la place pour tout le monde", a assuré Ardavan Amir-Aslani. L'expert a indiqué par exemple qu'il faudrait 400 à 500 hôtels 4-5 étoiles pour remettre à niveau l'industrie touristique et 400 à 500 moyen-courriers.

Principale réserve gazière au monde et troisième réserve pétrolière: l'Iran figure "dans les dix premiers pays du monde en terme de projet d'investissements", a-t-il souligné, en parlant "du dernier pays émergent non encore émergé".

L'épée de Damoclès américaine

Pour l'heure, "aucune banque occidentale n'est encore disposée à transférer de l'argent vers l'Iran ou à financer quoique ce soit", a néanmoins tempéré ce conseiller pour entreprises.

Les Etats-Unis sont ceux qui ont fourni le plus d'efforts pour parvenir à l'accord sur le nucléaire et ils ne souhaitent pas que ce soit les Européens qui en perçoivent les dividendes. "Ils maintiennent donc une certaine ambiguïté sur la levée des sanctions", a-t-il expliqué. Et de préciser: "les chefs d'entreprise suisses qui se rendent à Téhéran vendredi devront désormais demander un visa pour rejoindre les Etats-Unis".

Le Parlement doit être renouvelé

Par ailleurs, "les conservateurs essaient de tout faire pour faire dérailler le processus de normalisation des relations iraniennes avec le reste du monde", a précisé le spécialiste. Actuellement, ce sont eux qui dominent le Parlement. Les Iraniens doivent élire vendredi les 290 membres de ce Parlement, ainsi que les 88 membres de l'Assemblée des experts, des religieux qui pourraient nommer un nouveau guide suprême, l'actuel - l'ayatollah Ali Khamenei - étant âgé de 76 ans.

Le président Hassan Rohani, modéré, entend profiter de son accord obtenu avec les grandes puissances pour renforcer la présence des modérés et des réformateurs au Parlement. Grâce aux investissements étrangers attendus, il pourrait mettre en place ses réformes sociales promises.

Les principales figures des réformateurs n'ont pas obtenu le droit de se porter candidat et les leaders Mir Hossein Moussavi et Mehdi Karoubi sont toujours en résidence surveillée. Toutefois, Ardavan Amir-Aslani assure que de nombreux Iraniens souhaitent tendre la main à l'Occident. La jeunesse, qui représente à elle seule 70% de la population, "est éduquée et laïque, et elle veut vivre".

>> Ecouter "Perspectives en demi-teinte pour l'opposition" :

Affiches électorales dans une rue de Téhéran, 26.02.2016. [AP/Keystone - Ebrahim Noroozi]AP/Keystone - Ebrahim Noroozi
Législatives iraniennes: perspectives en demi-teinte pour l'opposition / Le Journal du matin / 2 min. / le 25 février 2016

bri

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