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Merkel et Sarkozy mettent en garde Papandreou

Lors de cette conférence de presse mercredi jeudi soir, Engela Merkel et Nicolas Sarkozy se sont montrés très fermes face au référendum grec. [KEYSTONE - Guillaume Horcajuelo]
Lors de cette conférence de presse mercredi soir, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy se sont montrés très fermes face au référendum grec. - [KEYSTONE - Guillaume Horcajuelo]
Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont lancé mercredi soir un ultimatum à la Grèce, menaçant de lui couper les vivres si elle ne met pas en oeuvre le plan européen de sauvetage. Sous pression, Georges Papandreou a accepté d'avancer son référendum au 4 décembre.

Au terme d'un mini-sommet de crise à Cannes, le président français et la chancelière allemande ont averti la Grèce qu'une sixième tranche d'aide européenne qui devait être versée à la mi-décembre ne le serait qu'après qu'Athènes aura adopté l'ensemble du "paquet du 27 octobre" et que toute incertitude sur l'issue du référendum sera levée - autrement dit s'il se traduit par un vote positif.

La menace financière a également été agitée par la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Christine Lagarde. Elle ne recommandera à son institution le déblocage de l'argent promis à Athènes que lorsque "le référendum sera achevé, et toutes les incertitudes levées".

Les Grecs veulent-ils encore l'euro?

Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont insisté pour que le référendum ait lieu d'ici début décembre, pour ne pas laisser la zone euro et les marchés financiers dans une incertitude prolongée. Ils ont estimé que la seule question qui devait être posée était de savoir si les Grecs voulaient ou non rester dans la zone euro. "C'est au peuple grec de répondre à cette question et c'est sur cette question qu'il devrait se prononcer si un référendum devait être organisé", a ajouté le chef de l'Etat français.

C'est la première fois qu'une sortie d'un Etat de l'Union monétaire assortie de sa banqueroute, solution jusqu'ici totalement taboue, est aussi explicitement envisagée. "Si le peuple grec dit qu'il ne souhaite pas" que son pays reste dans la zone euro, "nous le respecterons mais nous n'abandonnerons pas l'euro", a assuré la chancelière allemande Angela Merkel, lors de cette conférence de presse commune avec le président français.

Georges Papandreou a confirmé que "l'enjeu" était "clairement" l'appartenance de son pays à la zone euro. Il n'a toutefois pas précisé l'intitulé de la question qui serait posée aux Grecs lors du référendum.

Promesse d'un référendum le 4 décembre

George Papandreou a promis d'organiser cette consultation le 4 décembre, avant l'échéance de mi-décembre, et non au début de l'année prochaine comme annoncé initialement. Le Premier ministre grec a dit vouloir consulter les dirigeants de tous les partis de son pays dès son retour à Athènes et s'est dit confiant dans l'issue du référendum.

Le ministre des Finances grec Evangélos Vénizélos et le ministre grec du Développement Michalis Chryssohoïdis se sont déclarés jeudi opposé à un référendum sur l'euro en Grèce et demandent une ratification rapide du plan de sauvetage financier par le parlement.

"La place du peuple grec dans l'euro est une conquête historique du peuple grec qui ne peut pas être mise en question. Ceci ne peut pas dépendre d'un référendum" a déclaré M. Vénizélos dans un communiqué diffusé jeudi matin après la rencontre du Premier ministre grec Georges Papandréou à Cannes avec les leaders européens et du FMI réunis pour le G20.

Les Européens doivent se retrouver à nouveau jeudi matin, avec les dirigeants italien et espagnol, pour coordonner leur position avant le sommet des vingt principaux pays riches et émergents de la planète. La décision grecque a bouleversé toute la stratégie du G20. L'ambition initiale de ce sommet de Cannes était d'éviter au monde de replonger dans le marasme économique.

agences/pbug/olhor


PAPANDRÉOU AVAIT INFORMÉ SES PARTENAIRES

Le premier ministre grec, Georges Papandreou, avait "informé ses partenaires de ses intentions" de soumettre à référendum l'accord européen de sauvetage du pays, a affirmé mercredi le porte-parole officiel grec, Ilias Mossialos.

"Il les avait informés de ses intentions", a insisté Ilias Mossialos interrogé sur la radio Vima, tout en reconnaissant qu'il n'avait pas précisé "la date, confidentielle, de l'annonce" de ce recours.

Plusieurs dirigeants européens ont reproché à Georges Papandreou, qui a fait part lundi soir sa décision de recourir au référendum, de ne pas les avoir tenus au courant.

Ilias Mossialos a défendu le droit du Premier ministre grec de garder l'initiative au nom de la "souveraineté nationale".

Il n'a par ailleurs pas exclu que le référendum puisse se tenir plus tôt que le début 2012, date évoquée jusque là par Athènes, une option envisagée au sein de la zone euro pour s'assurer du respect par la Grèce de ses engagements.


MESURES ADOPTÉES EN ITALIE

Le gouvernement italien a adopté mercredi soir de nouvelles mesures anti-crise lors d'un conseil des ministres extraordinaire, a annoncé une source gouvernementale. Lors de ce conseil, le cabinet a "approuvé un amendement qui reprend les mesures que le Président du Conseil Silvio Berlusconi avait indiquées dans sa lettre à l'Union européenne" la semaine dernière, a indiqué cette source, sans donner plus de précisions sur les mesures.

Plusieurs types de mesures avaient été évoquées dans la presse: libéralisation des professions réglementées, relance des infrastructures, simplification des procédures administratives. L'Italie s'était retrouvée mardi en première ligne des attaques des marchés après la décision de la Grèce de soumettre le plan de sauvetage européen à un référendum.

Silvio Berlusconi aurait assuré à ses ministres mercredi soir que la loi de finances entrera en vigueur d'ici quinze jours: "demain j'expliquerai (à Cannes) que les délais seront respectés et que, d'ici quinze jours, nous approuverons la loi de stabilité (financière) qui contient le maxi-amendement approuvé par le gouvernement".

Le Cavaliere voulait absolument arriver jeudi au G20 de Cannes avec un premier train de mesures destinées à relancer la croissance et à réduire la dette colossale de 1900 milliards d'euros de l'Italie (environ 120% du PIB), afin de tenter de mettre le pays à l'abri d'une contagion de la crise de la dette.


100 MILLIARDS DE DOLLARS DE LA CHINE?

Le soutien chinois à la zone euro frappée par la crise pourrait atteindre 100 milliards de dollars, mais est soumis à deux conditions, a déclaré au quotidien "Le Figaro" de jeudi Li Daokui, membre du Comité de politique monétaire de la Banque centrale chinoise. Si ces conditions sont remplies, "on peut penser qu'un montant autour de 100 milliards de dollars n'est pas inconcevable", a déclaré le responsable.

"La Chine est prête à aider l'Europe, à l'évidence, mais il y a au moins deux conditions préalables", a-t-il prévenu. "La première c'est être sûr que le Fonds européen de stabilité financière (FESF) sera efficace, utile pour aider à stabiliser la situation européenne. Pékin veut donc s'assurer de la validité des mécanismes", a-t-il détaillé, ajoutant que "rien ne serait pire pour la Chine que de contribuer à quelque chose qui irait à l'échec".

La deuxième "touche aux garanties offertes (...) car on ne peut pas exclure que l'affaire ne fonctionne pas. Est-ce que ces garanties seront offertes par des dettes sélectionnées, comme la française, et surtout l'allemande", s'interroge le responsable.

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Les scénarios envisagés pour la Grèce

- DÉFAUT DE PAIEMENT ET ABANDON DE L'EURO

Longtemps tabou, ce scénario n'est plus exclu alors que les Grecs doivent se prononcer sur le sauvetage du pays et implicitement sur leur maintien au sein de la zone euro.

Las des cures d'austérité, ils pourraient dire "non" et leur pays se retrouver en cessation de paiement. Une faillite sans négociation préalable avec les banques créancières (dite "faillite désordonnée") - comme ce fut le cas pour l'Argentine qui a imposé une réduction de 75% de sa dette - serait lourde de conséquences pour la Grèce et pour la zone euro, avec un risque de contagion à d'autres économies jugées fragiles et un net affaiblissement de la monnaie commune par rapport au dollar.

Dans pareil cas, la Grèce quitterait très probablement l'Union monétaire, même si cette disposition n'est pas prévue dans les traités.

Pour la zone euro, cela pourrait être le début du démantèlement si d'autres pays choisissaient de suivre l'exemple de la Grèce.

- DÉFAUT DE PAIEMENT SANS SORTIE DE L'EUR
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Les Grecs pourraient tenter de renégocier un plan d'aide qui lui soit moins défavorable, même si cette option est totalement écartée au sein de la zone euro.

La restructuration de la dette grecque pourrait être moins violente pour le secteur bancaire grec, qui détient massivement des titres de dette du pays.

Or, le plan de sauvetage remanié la semaine passée par les dirigeants de l'Union monétaire prévoit que toutes les banques créancières du pays, grecques comme étrangères, subissent 50% de pertes sur la dette hellène qu'elles possèdent.

Dans pareil cas, "les Européens mutualiseraient le reste de l'effacement de la dette", suggère Christian Parisot, économiste chez Aurel.

Cette solution pourrait éviter à la Grèce de sortir de la zone euro ou, sur le modèle du Kosovo, lui permettre de garder l'euro tout en ne faisant plus partie des 17.

- EXÉCUTION DES PLANS DE SAUVETAG
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C'est le scénario qui perd le plus en crédibilité avec les incertitudes liées au référendum: les différents plans de sauvetage et d'austérité seraient mis en oeuvre comme prévu, le gouvernement grec serait sensé réussir à stabiliser l'économie au fil des années.

Plusieurs députés grecs réclament la formation d'un gouvernement d'unité nationale afin de garantir l'exécution du plan de sauvetage qui a été remanié lors du sommet de la zone euro du 26 octobre.

Ils restent cependant de nombreuses incertitudes politiques. Il faut au préalable obtenir le feu vert de l'opposition qui ambitionne de renégocier les termes des plans d'aide, si elle arrivait au pouvoir.