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La capitale de la région rebelle du Tigré bombardée par l'Ethiopie

Une frappe aérienne de l'armée éthiopienne a touché Mekele, la capitale du Tigré. [Reuters - Tigrai TV]
L'aviation éthiopienne a bombardé vendredi Mekele, la capitale du Tigré rebelle / Le Journal horaire / 20 sec. / le 26 août 2022
L'aviation éthiopienne a bombardé vendredi Mekele, la capitale de la région rebelle du Tigré. Cette attaque marque une escalade brutale dans les combats qui ont repris mercredi dans le nord du pays après cinq mois de trêve.

Le gouvernement fédéral du Premier ministre Abiy Ahmed n'a pas immédiatement confirmé cette frappe, mais il a annoncé dans le même temps, dans un communiqué, son intention de mener des "actions" au Tigré, appelant la population à se tenir éloignée des cibles militaires.

En début d'après-midi, un porte-parole des autorités rebelles a annoncé que l'aviation éthiopienne avait "largué des bombes sur une zone résidentielle et un jardin d'enfants à Mekele", tuant et blessant des civils. Un responsable de l'hôpital Ayder, le principal de la ville, a lui affirmé que son établissement avait reçu quatre morts, dont deux enfants, et neuf blessés.

De son côté, l'Ethiopie a catégoriquement démenti les accusations des rebelles selon lesquelles l'armée fédérale avait tué des civils. "L'aviation militaire éthiopienne répond clairement à l'attaque lancée contre l'Ethiopie en ne visant que des sites militaires", a répondu le service de communication du gouvernement. Il a accusé les rebelles tigréens de "déposer des faux sacs mortuaires dans des zones civiles pour affirmer que l'aviation a attaqué des civils".

Près de deux ans de guerre

Gouvernement et rebelles du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) se rejettent la responsabilité de la reprise des combats à la frontière sud-est de la région, qui ont mis fin mercredi à cinq mois de trêve.

>> Lire à ce sujet : Les combats ont repris entre l'armée et les rebelles du Tigré en Ethiopie

Depuis qu'elle a éclaté en novembre 2020, la guerre dans le nord de l'Ethiopie a fait plusieurs milliers de morts, déplacé plus de deux millions de personnes et plongé des centaines de milliers d'Ethiopiens dans des conditions proches de la famine, selon les Nations unies.

"Peu d'informations claires" circulent

Avant le bombardement de Mekele, les combats étaient localisés dans deux zones des régions de l'Amhara et de l'Afar entourant la pointe sud-est du Tigré, et ne semblaient pas s'être étendus. Vendredi, les combats se poursuivaient pour la troisième journée consécutive, selon des habitants. Les journalistes n'ayant pas accès au nord de l'Ethiopie, les vérifications indépendantes sont impossibles. Le réseau mobile dans ces zones est également aléatoire.

"J'entends le son des armes lourdes, mais pas de coups de feu", a déclaré vendredi à la mi-journée, sous couvert d'anonymat, un fonctionnaire de la localité amhara de Kobo, à environ 500 kilomètres au nord d'Addis Abeba et à une dizaine de kilomètres au sud de la frontière avec le Tigré. "Peu d'informations claires" circulent, ce qui crée de "la confusion, de la peur et de l'incertitude" au sein de la population, a-t-il ajouté, précisant que des "femmes et des enfants tentent de quitter la ville", où certains services publics et commerces ont cessé leur activité.

ats/vic

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La communauté internationale inquiète

L'escalade en cours entre l'Ethiopie et les rebelles du Tigré semble confirmer les inquiétudes de la communauté internationale, qui redoute une reprise du conflit à grande échelle et craint de voir annihilés les maigres espoirs de négociations de paix entrevus depuis juin, mais jamais concrétisés.

Dès mercredi, de nombreux pays et organisations internationales, ONU, Etats-Unis et Union européenne en tête, ont appelé à une cessation des hostilités et à une résolution pacifique du conflit qui dure depuis 21 mois.

Les deux camps s'accusent mutuellement

"Alors que la communauté internationale appelle les deux parties belligérantes à la désescalade, Abiy Ahmed a choisi d'envoyer son aviation attaquer les civils à Mekele", s'est insurgé un porte-parole des rebelles sur Twitter. Il a appelé la communauté internationale à "arrêter de choyer Abiy" et à faire "pression sur le régime pour le pousser à des négociations de bonne foi".

Vendredi, les autorités éthiopiennes en ont elles aussi appelé à la communauté internationale, lui demandant de "condamner" les "provocations permanentes" des rebelles tigréens et à les pousser "vers l'option de la paix proposée par le gouvernement".