Publié

L'Espagne s'inquiète de la hausse des violences machistes chez les mineurs

Diana Diaz, responsable de la ligne d’assistance téléphonique à Anar, la Fondation espagnole d’aide aux enfants et adolescents. [RTS - Valéri Demon]
Espagne: forte augmentation des violences machistes chez les moins de 18 ans / Tout un monde / 6 min. / le 31 mai 2022
Alors que l'Espagne fait figure de pionnière de la lutte contre la violence machiste, le pays s'inquiète de la hausse de ces actes chez les mineurs. Le phénomène préoccupe associations et pouvoirs publics.

Interdiction prochaine des publicités genrées pour les jouets, lutte de longue date contre les féminicides, renforcement de la lutte contre le viol, gouvernement à majorité féminine: l'Espagne semble être l'un des Etats les plus féministes d'Europe.

>> Lire également : L'Espagne approuve une loi visant à renforcer la lutte contre le viol

Cette vision est toutefois incomplète. En réalité, l'Espagne s'inquiète de la violence de genres chez les mineurs. Selon les dernières statistiques officielles, les violences qui augmentent le plus sont celles qui touchent les filles de moins de 18 ans. Dans le même temps, les dénonciations qui augmentent le plus concernent les jeunes hommes.

"Contrôle vorace"

Dans une fondation d’aide aux enfants et adolescents, des dizaines de psychologues répondent par téléphone et sur un chat aux angoisses et problèmes des jeunes.

Depuis 2009, cette fondation détecte des appels liés à la violence machiste. La réalité fait froid dans le dos: les jeunes filles appellent dès qu’elles ont 12 ans, raconte Diana Diaz, responsable de cette ligne d’assistance téléphonique, mardi dans Tout un monde.

Nous ne parlons pas seulement de violence psychologique. La moitié des appels concernent aussi des coups, des cheveux tirés. Nous parlons de cas graves

Diana Diaz, psychologue

"Leurs petits amis exercent un contrôle excessif, un contrôle vorace. Ils isolent les adolescentes, leur demandent de couper les relations avec leur famille, leurs amis, de leur envoyer une photo à chaque fois qu’elles sortent pour savoir où elles sont et avec qui. Nous ne parlons pas seulement de violence psychologique. La moitié des appels concernent aussi des coups, des cheveux tirés. Nous parlons de cas graves", assure la psychologue.

Relations asymétriques

La perception de la violence machiste par les jeunes reste tout aussi difficile. Cira Garcia Dominguez, juge au tribunal spécial des violences machistes à Albacete, s’alarme de voir des victimes toujours plus jeunes.

"Ces jeunes filles normalisent des comportements délictueux, elles ne sont pas conscientes du délit. Ce qu’elles considèrent comme de l’amour n’est pas de l’amour. On les appelle parfois des relations toxiques, mais elles ne sont pas toxiques: elles sont asymétriques avec une subordination de la femme envers l’homme", explique la spécialiste.

"L'impression de perdre des privilèges"

L’existence même de la violence des genres est remise en question par un jeune homme sur cinq, selon le dernier baromètre du centre Reina Sofia. Un chiffre en hausse depuis 2017 et qui a surpris le chercheur Stribor Kuric.

"D’un côté, le consensus social et public qu’il y avait en Espagne contre la violence des genres s’est rompu. Notamment avec la montée de partis d’extrême droite comme Vox et la normalisation de ce type de discours sur certains médias, selon lesquels la violence des genres n’existe pas. Ensuite, avec l'avancée des mouvements féministes, certains hommes ont l’impression de perdre des privilèges. Il y a parfois des réponses misogynes ou anti-féministes", relève le chercheur.

Valérie Demon/gma

Publié