Modifié le 06 janvier 2020 à 21:13

Le procès d'Harvey Weinstein, arrivé avec un déambulateur, a débuté

Heure de vérité pour Harvey Weinstein, symbole de la prédation sexuelle. Il comparaît devant un tribunal de New York.
Heure de vérité pour Harvey Weinstein, symbole de la prédation sexuelle. Il comparaît devant un tribunal de New York. 19h30 / 2 min. / le 06 janvier 2020
Le procès très attendu pour agression sexuelle d'Harvey Weinstein s'est ouvert lundi devant un tribunal de New York. L'ancien producteur américain est arrivé à l'audience aidé d'un déambulateur.

Le procès du sexagénaire doit durer environ six semaines dans ce tribunal d'Etat de Manhattan. Ce rendez-vous est crucial pour le mouvement #MeToo qui espère des sanctions pénales après avoir fait chuter de nombreux hommes de pouvoir.

Une quinzaine de femmes s'étaient rassemblées devant le bâtiment, parmi lesquelles l'actrice américaine Rosanna Arquette, qui affirme avoir été agressée sexuellement par Harvey Weinstein. Certaines tenaient des pancartes, avec des slogans tels que "Justice pour les survivantes".

Depuis les premières révélations du New York Times début octobre 2017, plus de 80 femmes, dont des célébrités comme Gwyneth Paltrow, Angelina Jolie ou Léa Seydoux, ont accusé l'ex-magnat hollywoodien, un faiseur d'Oscars longtemps vénéré, de les avoir harcelées ou agressées sexuellement.

Mais le procès ne concerne directement que deux d'entre elles, ce qui montre la difficulté de construire un dossier pénal sans preuve matérielle et sans témoin, autour de faits remontant souvent à plusieurs années.

"Prédateur"

L'ancienne assistante de production Mimi Haleyi affirme qu'Harvey Weinstein l'a agressée sexuellement dans son appartement new-yorkais en juillet 2006.

La seconde victime présumée, demeurée anonyme, l'accuse d'un viol en mars 2013 dans une chambre d'hôtel new-yorkaise.

L'acte d'accusation, modifié en août, inclut une troisième femme, l'actrice Annabella Sciorra, qui affirme avoir été sexuellement agressée par Harvey Weinstein en 1993.

Les faits la concernant sont prescrits, mais doivent permettre à l'accusation d'étayer le chef d'inculpation de comportement sexuel "prédateur", qui fait risquer la perpétuité au producteur de 67 ans.

>> Les précisions dans le 19h30:

Raphaël Grand : "Dans ce procès il y a toute la symbolique du mouvement "#metoo" et le système des prédateurs sexuels."
19h30 - Publié le 06 janvier 2020

Procès de six semaines

Une condamnation de l'ex-patron du studio Miramax serait une victoire majeure pour le mouvement #MeToo et l'organisation Time's Up née dans son sillage, qui combat harcèlement sexuel et discrimination à Hollywood et au-delà.

"Ce procès est crucial pour montrer que partout, les prédateurs doivent rendre des comptes, et que briser le silence peut apporter de vrais changements", ont déclaré 25 des accusatrices du producteur dans un communiqué vendredi. Sept d'entre elles doivent tenir un point presse lundi matin.

Ce procès, prévu pour durer six semaines, s'annonce comme l'un des plus suivis de l'année: quelque 150 journalistes, sans compter ceux qui suivent régulièrement les tribunaux new-yorkais, ont demandé un accès à la salle d'audience qui ne compte qu'une centaine de places.

Militantes en renfort

Des accusatrices du producteur et des militantes pourraient également se presser sur les bancs du public, pour soutenir les victimes présumées du producteur face aux contre-interrogatoires de la défense qui s'annoncent sans pitié.

Si Harvey Weinstein est devenu un paria pour l'opinion, l'accusation est loin d'être assurée d'obtenir la condamnation du producteur, qui a toujours assuré que ses relations sexuelles étaient consenties.

Bien avant le procès, les avocats de Harvey Weinstein, deux fois marié et père de cinq enfants, ont tenté de saper les témoignages des deux victimes présumées. Ils ont produit courriers électroniques et textos montrant qu'elles étaient chacune restées en contact avec lui, plusieurs mois après les faits supposés.

Sélection des jurés

Leur première bataille sera celle de la sélection des jurés, pour tâcher d'écarter les sympathisants du mouvement #MeToo. Elle doit commencer mardi et pourrait prendre deux semaines.

Dans une interview par mail avec CNN publiée samedi, Harvey Weinstein, qui ne devrait pas témoigner au procès, a indiqué qu'il entendait "prouver (son) innocence et laver (son) nom".

En cas d'acquittement, "je me concentrerai sur mes enfants, ma santé", a indiqué le sexagénaire, qui suit une thérapie depuis octobre 2017. Et s'il retourne un jour au cinéma, ce sera pour "construire des endroits qui aident à guérir et soulager les autres".

afp/kkub

Publié le 06 janvier 2020 à 15:50 - Modifié le 06 janvier 2020 à 21:13

"Les femmes dans le cinéma d'Hollywood, comme les Indiens dans les westerns"

"Il est important que les gens continuent de prendre la parole, que le mouvement #MeToo ne s'endorme pas", estime Thierry Jobin, directeur artistique du Festival international de films de Fribourg (FIFF), invité de La Matinale de la RTS lundi.

Les violences sexuelles dans le monde du cinéma, loin d'être isolées, participent au contraire d'un "système établi depuis fort longtemps", affirme-t-il. "Les affaires étouffées de viols et de meurtres de femmes étaient nombreuses depuis le tout début d'Hollywood."

Sur le grand écran, une idéalisation de la femme entretient les stéréotypes: "Les femmes dans le cinéma hollywoodien, c'est comme les Indiens dans les westerns", illustre Thierry Jobin. En coulisse également, Hollywood s'est toujours montré complaisant avec les relations de pouvoir - par exemple celles d'un réalisateur comme Alfred Hitchcock sur ses actrices - lors des tournages. "Beaucoup de choses étaient sues, les cinéphiles ont fait avec, avec parfois la culpabilité de s'être tus", souligne le directeur du FIFF.

"Quand ce système aura changé, la profession pourra elle aussi s'ouvrir aux femmes", affirme encore Thierry Jobin.

>> Son interview complète dans La Matinale:

Des mesures en France et bientôt en Suisse

Ce procès a déjà permis au milieu du cinéma incriminé de prendre certaines mesures. Stéphane Mitchell, co-présidente de Swan, le "Swiss Women Audiovisual Network" qui lutte pour l'égalité dans l'industrie du cinéma, donne cet exemple: "il existe désormais sur les plateaux des consultants en intimité qui, comme les cascadeurs ou les chorégraphes, fixent les limites et les codes de bonnes pratiques entre les acteurs.

En France, la présence d’un médiateur responsable de ce sujet est désormais obligatoire. Une formation va d'ailleurs voir le jour prochainement en Suisse."