Modifié le 01 septembre 2019 à 10:15

Comment l'AfD a fait campagne sur les désillusions des Allemands de l'Est

Veille d’élection dans l'Est de l’Allemagne avec les scrutins régionaux prévus en Saxe et dans le Brandebourg. L'AFD pourrait réaliser un bon score.
Veille d’élection dans l'Est de l’Allemagne avec les scrutins régionaux prévus en Saxe et dans le Brandebourg. L'AFD pourrait réaliser un bon score. 19h30 / 2 min. / le 31 août 2019
L'Alternative pour l'Allemagne (AfD) pourrait décrocher dimanche ses meilleurs scores à des élections régionales dans la Saxe et le Brandebourg. Le parti nationaliste et eurosceptique vise les déçus de la Réunification.

Sur ses affiches, l'AfD promet de mener à bien la Réunification, avec le slogan "révolution 2.0". Dans la Saxe et le Brandebourg, deux anciennes régions de RDA, le slogan fait mouche, et le parti né en 2013 est crédité de 25%, respectivement 20%, des intentions de vote dans les sondages. Plus encore que le signe d'une xénophobie croissante, ce vote révèle un sentiment profond d'abandon.

Au-delà de l'argumentaire xénophobe de l'AfD, l'Est souffre encore d'inégalités réelles. Le revenu moyen y reste 533 euros inférieur à celui de de l'Ouest. Les petites villes sont frappées par l'exode des jeunes et des diplômés. Elles manquent aussi d'infrastructures telles que réseaux téléphoniques, pistes cyclables, transports publics ou encore médecins.

Le règne de l'insatisfaction

"Personnellement, je ne suis pas insatisfait de ma vie, mais quand je vois des gens âgés qui ont travaillé toute leur vie et sont obligés de ramasser des bouteilles dans la rue pour récupérer les consignes, dans un pays riche comme l'Allemagne, ce n'est pas normal", expliquent Daniel, 27 ans, et Katrin, 46 ans, tous deux rencontrés lors d'un meeting de l'AfD à Oranienburg, dans le Brandebourg, au nord de Berlin.

Les candidats de l'AfD ne peuvent pas être traités de vieux nazis, beaucoup d'entre eux représentent les Allemands moyens et incarnent leur insatisfaction

Hans Vorländer, politologue

Désillusionnés par les sociaux-démocrates (SPD) comme par la droite conservatrice (CDU), le parti d'Angela Merkel, les déçus de la chute du Mur de Berlin placent leurs derniers espoirs sur ces candidats qui promettent de s'occuper d'eux.

Un vide dans l'espace public

"Il y a des régions où les partis établis ne sont absolument plus présents dans l'espace public. Cela se voit rien qu'en regardant les affiches électorales dans ces régions. Ils sont abandonnés, et cela ne date pas d'hier", indique à la RTS Hans Vorländer, qui est politologue à Dresde, la capitale de la Saxe.

A l'Est, les gens n'ont jamais oublié comment ceux de l'Ouest ont débarqué avec leurs grosses voitures et fermé toutes les entreprises

Andreas Kalbitz, tête de liste de l'AfD dans le Brandebourg

Les militants de l'AfD ont dès lors eu beau jeu de s'installer dans les écoles et dans les clubs de jeunes. "Ils ont construit leur réseau par le bas et cela, c'est un échec patent des partis démocratiques qui étaient trop sûrs de leur victoire aux élections", observe le professeur.

Le choc de la Réunification

L'AfD a très bien compris que la Réunification a été un processus violent pour les Allemands de l'Est. Ils ont vu leur pays s'effondrer et ne se sont pas sentis pris au sérieux par le nouveau système.

"On parle par exemple beaucoup en Allemagne du système de garde des enfants en bas âge. Mais il y a trente ans, cela existait sous la RDA, bien sûr avec de l'idéologie, mais après la chute du Mur, on a préféré rayer tout ça, alors qu'on aurait pu reprendre cette expérience faite à l'Est, sans l'idéologie", explique Ingo Senftleben, candidat CDU dans le Brandebourg. "La Réunification aurait mieux fonctionné ainsi sur une base d'égal à égal entre les deux pays", estime-t-il.

Coalitions complexes

Surfant sur ce ressentiment, l'AfD devrait avoir du succès dans les urnes dimanche, ce qui aura pour principale conséquence d'entraîner des coalitions extrêmement compliquées dans les pouvoirs régionaux. "L'AfD ne sera associée au pouvoir nulle part", rappelle le spécialiste de politique allemande, Patrick Moreau, interrogé par Tout Un Monde. Tous les partis ont jusqu'ici refusé de s'associer avec l'AfD.

"Avec l'apparition de l'AfD, il y aura une association de différents acteurs, certains nouveaux, comme les Verts, qui sont en train de se développer sur le plan politique. Il y aura des constellations à trois, quatre, peut-être cinq composantes, ce qui rend le système politique dans certaines régions, comme le Brandebourg, relativement instable", explique-t-il.

Mais ce scrutin, très suivi, pourrait aussi avoir un impact au niveau national si le déclin du Parti social-démocrate, le SPD, se confirme. "La crise interne du SPD risque de se renforcer et la grande coalition pourrait éclater rapidement, au mois de novembre ou au mois de décembre", analyse Patrick Moreau. Des élections anticipées devraient alors être organisées.

>> Le sujet de Tout Un Monde à réécouter en entier ici:

Les sondages prévoient un nouveau succès électoral pour le parti anti-migrants "Alternative pour l'Allemagne" aux scrutins du 1er septembre, en Saxe et dans le Brandebourg voisin.
Matthias Rietschel - REUTERS
Tout un monde - Publié le 28 août 2019

Article web: Juliette Galeazzi

Reportages: Blandine Milcent et Anne Mailliet

Publié le 30 août 2019 à 21:35 - Modifié le 01 septembre 2019 à 10:15