Modifié le 15 janvier 2019 à 21:08

Le casse-tête du financement des nouveaux médias en ligne

Paysage médiatique: de nouvelles initiatives naissent sur le web.
Paysage médiatique: de nouvelles initiatives naissent sur le web. 19h30 / 2 min. / le 15 janvier 2019
Bon pour la tête, Republik et bientôt Heidi.news: plusieurs médias en ligne et sans publicité tentent de se faire une place dans le paysage médiatique suisse. Tous souhaitent convaincre par leur contenu tout en ayant les yeux rivés sur les chiffres.

C'est grâce à une opération de financement participatif que le magazine indépendant Republik, un média en ligne lancé par des journalistes alémaniques chevronnés, voyait le jour le 14 janvier 2018. La formule: du contenu qui se veut de qualité, réservé aux abonnés et sans publicité. Quelques mois plus tôt, en Suisse romande, c'est Bon pour la tête qui publiait ses premiers articles, sur le même modèle.

Republik, le danger d'un succès fulgurant

Un an après son lancement, Republik compte 22'000 abonnés, alors qu'il en faut 27'000 pour couvrir le budget de 6,5 millions de francs. Et le magazine doit maintenant batailler pour que les 16'000 personnes qui avaient soutenu le titre avant même ses débuts, notamment lors du crowdfunding, renouvellent leur abonnement. Mardi après-midi, ils étaient un peu plus de 9600 à avoir prolongé leur engagement.

Chaque abonné en plus nous rend la vie plus facile et chaque abonné que nous perdons est une mauvaise nouvelle pour nous.

Daniel Binswanger, journaliste chez Republik

Face à cette menace financière, Republik s'est fixé quatre objectifs: séduire 675 nouveaux abonnés en moyenne chaque mois, augmenter le taux de renouvellement des abonnements (entre 50% et 65%), réduire les coûts de fonctionnement de 10% et trouver d'ici l'été de nouveaux investisseurs prêts à engager un million de francs.

"La course continue. Nous verrons d'ici quatre ou cinq ans si ce projet est économiquement viable. D'ici là, c'est simple, chaque abonné en plus nous rend la vie plus facile et chaque abonné que nous perdons est une mauvaise nouvelle pour nous", résume Daniel Binswanger, journaliste chez Republik.

Articles trop longs, trop conformistes ou manque d'investigation: sur le plan éditorial, la rédaction affirme par ailleurs être à l'écoute des critiques. Elle avoue être encore à la recherche du bon équilibre entre publications quotidiennes et format magazine. Car pour ce média sans publicité, répondre aux attentes des lecteurs est absolument essentiel.

Heidi.news, la stratégie de la prudence

C'est justement sur la qualité des articles que Heidi.news entend se reposer. La stratégie est toutefois plus prudente que celle adoptée par Republik, suivi par des milliers de personnes dès son lancement. "Nous voulons un média solide, qui commence modestement et qui sera là pour les décennies à venir", affirme le rédacteur en chef Serge Michel, ancien de L'Hebdo et du quotidien français Le Monde.

Nous misons sur le long terme. Nous avons des plans sur trois ou quatre ans pour établir la rentabilité de Heidi.news.

Serge Michel, rédacteur en chef de Heidi.news

Ce projet, mené par une équipe de journalistes et d'entrepreneurs basée à Genève, verra le jour dans quelques mois. Il a déjà levé un million de francs auprès d'investisseurs privés, auxquels doivent s'ajouter 320'000 francs issus des 2000 abonnements espérés d'ici le mois de mars. Pour l'heure, Heidi.news compte 750 pré-abonnés.

"Ce sont des gens qui nous font confiance avant même d'avoir lu quelque chose. Dès le printemps, nous aurons des contenus et nous allons convaincre beaucoup d'autres gens de nous rejoindre", estime Serge Michel. "Nous misons sur le long terme. Nous avons des plans sur trois ou quatre ans pour établir la rentabilité de Heidi.news", précise-t-il.

Les thématiques traitées se cantonneront dans un premier temps aux domaines de la science et la santé. "Ce sont de grandes communautés en Suisse romande avec à peu près 100'000 personnes chacune", relève Serge Michel. L'objectif est ensuite de se diversifier dans d'autres domaines comme "la culture, le droit, la finance, l'architecture, la mobilité, l'éducation", poursuit le rédacteur en chef.

>> Lire: Heidi.news, un nouveau média suisse romand, verra le jour en 2019

Bon pour la tête, tout pour l'éditorial

Mêmes préoccupations pour Bon pour la tête, né sur les cendres de L'Hebdo. Malgré un budget serré de 200'000 francs par an et une part de bénévolat, la vingtaine de contributeurs continue sa mission avec enthousiasme. "Au début, nous avions loué des locaux, mais nous avons décidé de concentrer nos moyens sur l'éditorial, pour payer nos reportages et l'édition du site internet", indique Chantal Tauxe, membre du comité du magazine.

Economiquement fragiles, ces nouvelles initiatives en ligne en appellent à un soutien du monde politique pour qu'il passe des promesses aux actes via une aide à la presse.

Sujet TV: Noémie Guignard

Adaptation web: Didier Kottelat

Publié le 15 janvier 2019 à 21:08 - Modifié le 15 janvier 2019 à 21:08