Modifié le 16 avril 2018

"L'initiative Monnaie pleine manque sa cible", estime Jean-Pierre Danthine

Jean-Pierre Danthine.
L'invité de Romain Clivaz (vidéo) - Jean-Pierre Danthine, ancien vice-président de la BNS La Matinale / 9 min. / le 16 avril 2018
Pour l'ancien vice-président de la Banque nationale suisse (BNS) Jean-Pierre Danthine, l'initiative Monnaie pleine, qui veut réserver la création de monnaie à la BNS, "manque sa cible" et "se trompe d'époque".

L'initiative populaire Monnaie pleine veut que la Banque nationale suisse (BNS) soit le seul institut à produire de la monnaie. Le texte veut retirer le droit aux banques commerciales de produire de la monnaie scripturale, sur des comptes, sans qu'elle ne soit disponible en espèces. Il s'agit de prévenir les bulles financières en limitant la création de monnaie.

Dans La Matinale,  Jean-Pierre Danthine, ancien vice-président de la BNS, rappelle que la Suisse ne fait pour l'instant pas figure d'exception . "Dans le monde entier, le système fonctionne grâce à la création de valeurs par les banques commerciales. Il fonctionne comme cela parce qu'on rentabilise collectivement les dépôts de la clientèle."

L'initiative Monnaie pleine "manque totalement sa cible", insiste Jean-Pierre Danthine, son "principe de base a une bonne justification", mais "on a déjà pris une autre voie depuis les années 1930".

Une initiative qui "se trompe d'époque"

Jean-Pierre Danthine explique que l'initiative Monnaie pleine "se trompe d'époque", puisqu'elle reprend une discussion qui a déjà été menée dans les années 1930. "On a regardé deux systèmes possibles pour rendre plus sûres les banques: l'un, c'est la monnaie pleine qui a été discuté à l'époque (...), tous les pays développés ont choisi une autre solution, l'assurance des dépôts." Ce principe protège les dépôts bancaires en cas de faillite d'un établissement financier et permet aux clients de récupérer une partie de leur argent.

Pour l'ancien vice-président de la BNS, "l'initiative Monnaie pleine ne répond pas à la fragilité du système commercial actuel qui tient beaucoup plus à la problématique de l'emprunt des banques entre elles que l'emprunt des banques auprès du public". Il pointe aussi le "shadow banking", les non-banques, ces institutions financières qui ne sont pas vraiment des banques et ne sont donc pas soumises aux mêmes réglementations que les banques commerciales.

>> Les explications du "shadow banking" de Jérôme Schupp, responsable actions chez Prime Partners, dans le 12h30:

Jean-Pierre Danthine, ancien vice-président de la BNS.
Pablo Gianinazzi - Keystone/Ti-Press
Le 12h30 - Publié le 16 avril 2018

Propos recueillis par Romain Clivaz

Adaptation web: Eric Butticaz

Publié le 16 avril 2018 - Modifié le 16 avril 2018