Modifié le 18 octobre 2018 à 15:45

Soutenir ou non les vaches à cornes, les Suisses doivent trancher

Des vaches sans cornes sur un alpage grison.
Des vaches sans cornes sur un alpage grison. [Arno Balzarini - Keystone]
Faut-il soutenir financièrement les détenteurs de vaches, taureaux reproducteurs, chèvres et boucs reproducteurs portant des cornes via un ancrage dans la Constitution? Les Suisses sont appelés à se prononcer sur cette question le 25 novembre.

L'initiative populaire "pour la dignité des animaux de rente agricoles", dite initiative pour les vaches à cornes, vise à promouvoir une forme d’exploitation respectueuse des animaux à cornes. Pour les initiants, il ne s'agit pas d'interdire l'écornage, mais d'éviter une disparition des bêtes à cornes.

Aujourd'hui, près de 90% des vaches et 30% des chèvres n'ont pas de cornes en Suisse, en partie pour une question de sélection des espèces. Et les agriculteurs préfèrent souvent des vaches sans cornes pour éviter qu'elles ne se blessent mutuellement ou qu'elles encornent une personne. Et parce que les animaux sans cornes occupent moins d'espace dans les étables.

Une opération douloureuse

Les initiants avancent le fait qu'enlever les cornes des vaches laitières est une opération douloureuse, car les veaux et les cabris sont écornés à l'âge de deux semaines par cautérisation du bourgeon de corne avec un fer chauffé à 700 degrés. De plus, à leurs yeux, cet organe est utile aux animaux pour communiquer, réguler leur température et effectuer leurs soins corporels.

Il s'agit aussi d'une question de dignité de l'animal, ajoutent les initiants. Et si l'on est obligé de passer par une votation sur une modification de la Constitution sur cette question, c'est que les démarches auprès des autorités fédérales sont restées vaines jusqu'ici, a souligné le paysan Armin Capaul, figure de proue du combat, en présentant les arguments du comité d'initiative début octobre.

Aider financièrement les paysans qui possèdent des animaux à cornes permettrait d'éviter qu'on coupe cet organe, argumentent encore les "pro-cornes". La subvention serait liée au programme de sorties en plein air: seuls les paysans qui laissent sortir les animaux au pâturage pendant au moins 26 jours par mois en été et les laissent se promener en plein air au moins 13 jours par mois en hiver y auraient droit. La contribution annuelle serait d'au moins 190 francs par vache et 38 francs par chèvres, ce qui coûterait 15 millions par an à la Confédération.

Texte rejeté sans contre-projet sous la Coupole

Tant le Conseil fédéral que le Parlement n'ont pas soutenu l'initiative vaches à cornes et n'ont pas voulu lui opposer un contre-projet. Selon eux, la législation en vigueur prévoit déjà des incitations financières et permet de protéger les animaux. En outre, l'obligation d'accorder un soutien financier pour les vaches à cornes réduirait la marge de manoeuvre pour une promotion équilibrée de tous les aspects du bien-être animal.

De plus, selon le Conseil fédéral, il n'existe aucune étude qui affirme que le bien-être des vaches ou des chèvres sans cornes est entravé démesurément. Enfin, le gouvernement estime que la décision d'écorner ou non les animaux est une décision entrepreneuriale, du ressort de l'agriculteur.

Le Parti socialiste a lui apporté son soutien à ce texte, alors que l'Union suisse des paysans et la Chambre suisse d’agriculture ont décidé de laisser la liberté de vote. Certains opposants jugent aussi qu'inscrire la question des cornes dans la Constitution va dans une mauvaise direction et que celle-ci va finir par devenir un fourre-tout.

>> Le débat d'Infrarouge:

Spécial votation - La vache est-elle un homme comme les autres?
Infrarouge - Publié le 17 octobre 2018

Frédéric Boillat avec ats

Publié le 18 octobre 2018 à 12:54 - Modifié le 18 octobre 2018 à 15:45