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Punitions collectives et brimades dénoncées dans un centre fédéral d'asile

Un dortoir du centre pour requérants d'asile du Coteau-Fleuri à Lausanne. [Laurent Gilliéron - Keystone]
Un dortoir du centre pour requérants d'asile du Coteau-Fleuri à Lausanne. [Laurent Gilliéron - Keystone]
Punitions collectives, chicaneries réglementaires, nourriture insuffisante: la Basler Zeitung révèle mercredi les méthodes controversées mises en place dans un centre fédéral pour demandeurs d'asile à Aesch (BL).

Le centre d'Aesch a hébergé entre novembre 2015 et fin décembre 2016 entre 70 et 100 demandeurs d'asile pour des périodes allant d'une à trois semaines. La société ORS Service AG, qui s'occupait des lieux, est accusée par la Basler Zeitung d'avoir instauré un régime de brimades dans l'abri PC.

Le quotidien bâlois se base sur des protocoles internes, confirmés par plusieurs sources anonymes proches d'ORS. Cette entreprise privée s'occupe de 35 centres dans toute la Suisse, notamment les centres fédéraux de Genève-Aéroport, de Neuchâtel, de Vallorbe (VD) et des Rochats (VD), ainsi que d'une dizaine de centres cantonaux dans le canton de Fribourg.

Enfants en bas âge aussi concernés

La Basler Zeitung fait notamment état de punitions collectives dans le centre d'Aesch. Chaque matin, un contrôle des chambres était effectué. Si un seul requérant n'avait pas fait son lit, tous les occupants de la chambre - une quinzaine en moyenne - étaient interdits de sortie toute la journée, décrit le journal.

Par ailleurs, il suffisait d'un retard de plus de cinq minutes lors de la corvée de nettoyage pour qu'un demandeur d'asile soit lui aussi privé de sortie pour l'ensemble de la journée, ajoute la Basler Zeitung. Parfois, cette sanction était appliquée de manière très stricte, au point que le requérant n'avait pas le droit de sortir pour fumer.

Enfin, des manquements en terme d'accès à la nourriture étaient constatés dans le centre, selon le quotidien. L'article affirme par exemple que les parents devaient acheter les aliments pour enfants en bas âge avec leur argent de poche, soit trois francs par jour. De plus, le lait pour bébé était lui aussi fortement rationné.

La Confédération nie les accusations

Quand des employés critiquaient ces règles, ORS les aurait menacés de licenciement, précise la Basler Zeitung. La société aurait également souligné aux plaignants la clause de confidentialité contractuelle s'appliquant aux méthodes de travail de l'employeur.

Interrogée sur ces informations, ORS - mandatée par le Secrétariat d'Etat aux migrations (SEM) - s'est contentée de renvoyer la balle aux autorités fédérales. Ces dernières ont d'abord laissé les questions sans réponse, avant de finalement dénier toutes les allégations spécifiques.

Le SEM indique n'avoir reçu qu'une seule plainte et avoir cherché le dialogue avec ORS. "Les critiques ont été prises en compte et des améliorations ont été faites où cela était nécessaire", écrit le porte-parole Martin Reichlin dans sa réponse, sans donner davantage de détails sur les critiques formulées ni sur ce qui a été amélioré.

Faits similaires par le passé

Reste que, rappelle la Basler Zeitung, des allégations similaires à l'encontre d'ORS Service AG avaient été soulevées il y a cinq ans dans un centre pour demandeurs d'asile lucernois.

La Confédération, sous la pression d'une interpellation au Conseil national, avait demandé à un organe externe d'éclaircir la situation. Le rapport final avait critiqué ORS pour, entre autres, application oppressive des règles de maison, sanctions arbitraires et nourriture insuffisante.

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- Centre fédéral pour demandeurs d'asile de Aesch (BL), situé dans un abri PC, fermé à la fin 2016
- 70-100 demandeurs d'asile placés une à plusieurs semaines depuis novembre 2015 ; 12 tuteurs
- Les demandeurs d'asile étaient encadrés par ORS Service AG, qui s'occupe aussi des centres de Bâle, Allschwil et Muttenz dans la région bâloise
- Des punitions collectives dans les protocoles internes de ORS, a appris BaZ ; confirmés par des sources proches de ORS, anonymes car obligées à garder le silence même après la fin du contrat
- Règles claires = situation habituelle pour éviter les conflits dans des lieux étroits ; mais des accusations dépassent ce type de règles, certaines n'étant pas prouvées, d'autres sont contenues dans les protocoles
- 1) Nettoyage: Les retardataires au service de nettoyage - même pour 5 minutes - doivent non seulement rempiler le lendemain, mais sont bloqués dans l'abri PC toute la journée ("Si le demandeur d'asile est en retard de plus de 5 minutes, il est à nouveau placé sur la liste de nettoyage le lendemain et est bloqué."
- 2) Punitions collectives : Contrôle des chambres tous les matins, conduits par les superviseurs flanqué d'un Securitas, car les chambres doivent être gardées propres et bien rangées ; si une seule personne n'a pas fait son lit, les 15 personnes de la chambre sont punies et sont "enfermées pour la journée entière".
- 3) Nourriture: pain rationné à une tranche par repas, sauf pour le déjeuner (2) ; presque pas de fruits ou de légumes ; un fruit tous les trois jours parfois ; les parents devaient acheter les aliments pour enfants en bas âge, comme la bouillie pour bébé ; argent de poche de 3 francs par jour ; lait pour bébé aussi rationné ; du lait dans une bouteille après le déjeuner ; refus de lait dans la nuit
- Quand les employés ont critiqué les règles, ORS les a menacés de licenciement et souligné la clause de confidentialité contractuelle en ce qui concerne les méthodes de travail de l'employeur
- Des allégations similaires à l'encontre de ORS pour leurs méthodes ont été soulevées il y a cinq ans dans un centre pour demandeurs d'asile lucernois. La Confédération, sous la pression d'une interpellation au Conseil national, avait demandé à un organe externe d'éclaircir la situation. Le rapport final avait critiqué ORS pour, entre autres, application oppressive des règles de maison, sanctions arbitraires et nourriture insuffisante.