Modifié le 16 février 2017 à 08:22

Punitions collectives et brimades dénoncées dans un centre fédéral d'asile

Ces nouveaux centres spécifiques pourront accueillir jusqu'à 60 requérants d'asile (image d'illustration).
Des demandeurs d'asile dans un abri PC de la région lausannoise en 2011 (image prétexte). [Laurent Gilliéron - Keystone]
Punitions collectives, chicaneries réglementaires, nourriture insuffisante: la Basler Zeitung révèle mercredi les méthodes controversées mises en place dans un centre fédéral pour demandeurs d'asile à Aesch (BL).

Le centre d'Aesch a hébergé entre novembre 2015 et fin décembre 2016 entre 70 et 100 demandeurs d'asile pour des périodes allant d'une à trois semaines. La société ORS Service AG, qui s'occupait des lieux, est accusée par la Basler Zeitung d'avoir instauré un régime de brimades dans l'abri PC.

Le quotidien bâlois se base sur des protocoles internes, confirmés par plusieurs sources anonymes proches d'ORS. Cette entreprise privée s'occupe de 35 centres dans toute la Suisse, notamment les centres fédéraux de Genève-Aéroport, de Neuchâtel, de Vallorbe (VD) et des Rochats (VD), ainsi que d'une dizaine de centres cantonaux dans le canton de Fribourg.

Enfants en bas âge aussi concernés

La Basler Zeitung fait notamment état de punitions collectives dans le centre d'Aesch. Chaque matin, un contrôle des chambres était effectué. Si un seul requérant n'avait pas fait son lit, tous les occupants de la chambre - une quinzaine en moyenne - étaient interdits de sortie toute la journée, décrit le journal.

Par ailleurs, il suffisait d'un retard de plus de cinq minutes lors de la corvée de nettoyage pour qu'un demandeur d'asile soit lui aussi privé de sortie pour l'ensemble de la journée, ajoute la Basler Zeitung. Parfois, cette sanction était appliquée de manière très stricte, au point que le requérant n'avait pas le droit de sortir pour fumer.

Enfin, des manquements en terme d'accès à la nourriture étaient constatés dans le centre, selon le quotidien. L'article affirme par exemple que les parents devaient acheter les aliments pour enfants en bas âge avec leur argent de poche, soit trois francs par jour. De plus, le lait pour bébé était lui aussi fortement rationné.

La Confédération nie les accusations

Quand des employés critiquaient ces règles, ORS les aurait menacés de licenciement, précise la Basler Zeitung. La société aurait également souligné aux plaignants la clause de confidentialité contractuelle s'appliquant aux méthodes de travail de l'employeur.

Interrogée sur ces informations, ORS - mandatée par le Secrétariat d'Etat aux migrations (SEM) - s'est contentée de renvoyer la balle aux autorités fédérales. Ces dernières ont d'abord laissé les questions sans réponse, avant de finalement dénier toutes les allégations spécifiques.

Le SEM indique n'avoir reçu qu'une seule plainte et avoir cherché le dialogue avec ORS. "Les critiques ont été prises en compte et des améliorations ont été faites où cela était nécessaire", écrit le porte-parole Martin Reichlin dans sa réponse, sans donner davantage de détails sur les critiques formulées ni sur ce qui a été amélioré.

Faits similaires par le passé

Reste que, rappelle la Basler Zeitung, des allégations similaires à l'encontre d'ORS Service AG avaient été soulevées il y a cinq ans dans un centre pour demandeurs d'asile lucernois.

La Confédération, sous la pression d'une interpellation au Conseil national, avait demandé à un organe externe d'éclaircir la situation. Le rapport final avait critiqué ORS pour, entre autres, application oppressive des règles de maison, sanctions arbitraires et nourriture insuffisante.

dk

Publié le 15 février 2017 à 11:38 - Modifié le 16 février 2017 à 08:22