Modifié le 15 juin 2012 à 20:32

Aung San Suu Kyi: "Je préfère la réconciliation au châtiment"

Capture d’écran 2012 06 15 à 11.38.16
Aung Saan Suu Kyi s'entretient avec Darius Rochebin ce vendredi 15 juin à Berne. [ - ]
Bien remise de son malaise, Aung San Suu Kyi, cheffe de l'opposition birmane, s'est félicitée vendredi des récentes avancées démocratiques de la Birmanie, lors d'un entretien exclusif accordé à RTSinfo à Berne. Mais le chemin à parcourir pour la Birmanie est encore long, selon elle.

Très souriante, et visiblement bien remise de son malaise de la veille dû à la fatigue, la "Lady de Rangoun", Aung San Suu Kyi s'est longuement exprimée devant les caméras de la RTS, vendredi matin au Palais fédéral. Elle avait été auparavant ovationnée par le Parlement.


Long chemin vers la démocratie

L'opposante birmane s'est notamment exprimée sur la situation politique dans son pays qui, selon elle, a encore beaucoup de progrès à faire en matière de démocratie. Sur une "échelle de la démocratie" graduée de 1 à 10, Aung San Suu Kyi donne presque un 2 à la Birmanie.


Le mot "démocratisation" est prononcé à plusieurs reprises par Aung San Suu Kyi, qui se félicite de l'aide que des pays étrangers apportent au processus. Elle apprécie beaucoup, par exemple, le fait que la Suisse veuille ouvrir une ambassade à Rangoun ou que la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton soit venue la voir en Birmanie, gestes qui contribuent à sortir le pays d'un isolement qu'elle désapprouve.


La comparaison avec Mandela

Difficile d'échapper à la comparaison avec Nelson Mandela, prisonnier politique pendant 27 ans, icône mondiale de la lutte non-violente et prix Nobel de la paix. Mais difficile aussi pour Aung San Suu Kyi de se comparer à Mandela: d'abord "parce qu'elle n'est pas un homme", ensuite parce que leurs pays ont des histoires très différentes. Elle reconnaît néanmoins avoir été inspirée par la lutte contre l'apartheid. Et puis elle ne souhaite pas que l'on juge les dirigeants de la junte car elle préfère la réconciliation au châtiment. 


De ses nombreuses années en résidence surveillée, Aung San Suu Kyi garde un sentiment d'irréalité plus que de difficulté. Un temps d'isolement qu'elle aura mis à profit pour énormément réfléchir, évidemment, et aussi pour apprendre le français, qu'elle maîtrise plutôt bien comme elle le prouve à la fin de l'entretien.


Pierre-Yves Maspoli


Publié le 15 juin 2012 à 14:42 - Modifié le 15 juin 2012 à 20:32