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Les nanoplastiques s'accumulent jusque dans le feuillage des arbres, révèle une étude

Arbre vu d'en bas (illustration). [jaapbleijenberg - Depositphotos]
Les nanoplastiques se multiplient dans l'environnement / La Matinale / 1 min. / le 26 avril 2022
Les nanoplastiques durables ne s'accumulent pas seulement dans les mers, les glaciers et les sols, mais contaminent également les écosystèmes forestiers. C'est ce que montre une étude suisse publiée dans la revue spécialisée "iForest".

L'étude de laboratoire menée par des chercheurs de l'Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage (WSL) montre que les arbres forestiers accumulent des particules de nanoplastiques dans leurs racines et les transportent jusqu'aux parties supérieures des plantes.

Les quantités absorbées sont certes très faibles, a déclaré le responsable de l'étude Arthur Gessler, cité dans un communiqué du WSL publié lundi. "Mais si les arbres sont exposés à ces concentrations pendant des années, il faut s'attendre dans tous les cas à un transport significatif vers les feuilles, le tronc et les branches et par conséquent à une accumulation".

Des tonnes de plastique dans les sols et les eaux

Selon une estimation de l'Office fédéral de l'environnement (OFEV), environ 14'000 tonnes de plastique parviennent chaque année dans les sols et les eaux suisses. L'abrasion des pneus et les déchets en sont les principaux responsables. Dans l'environnement, le plastique se décompose en morceaux de plus en plus petits, en microplastiques (moins de 5mm) et nanoplastiques (moins de 1000 nanomètres).

>> A voir, l'enquête de "A bon entendeur" sur les microplastiques en Suisse:

Des microplastiques dans l’air et dans l’eau. [RTS]
Des microplastiques dans l’air et dans l’eau / A bon entendeur / 44 min. / le 22 mars 2022

Pour la première fois, l'équipe du WSL a étudié la manière dont les arbres forestiers gèrent les plus petites particules de plastique. Pour ce faire, ils ont marqué les particules avec un isotope lourd du carbone afin de suivre le parcours de la solution aqueuse de nanoplastique dans des semis de bouleaux, d'épicéas et de chênes sessiles.

Des racines jusqu'aux feuilles

Après un à quatre jours, ils ont pu détecter l'isotope de carbone dans les tissus végétaux. De petites quantités de nanoplastique se sont accumulées non seulement dans les racines les plus basses, qui étaient directement en contact avec la solution aqueuse, mais aussi dans les racines et les feuilles situées plus haut. Dans le cas du bouleau, particulièrement assoiffé, des quantités significatives de nanoplastique se sont en outre déposées dans le tronc, selon les chercheurs.

Un résultat qui ne surprend pas Florian Breider, directeur du laboratoire central environnemental à l’EPFL. Interrogé mardi dans La Matinale, il rappelle que les études se sont multipliées récemment sur le sujet, alertant sur la présence de plastiques un peu partout, jusqu'au fond de la fosse des Mariannes. "Mais on connaît très peu la problématique des nanoplastiques. Et ce que montre principalement cette étude, c'est qu'ils sont capables de s'accumuler dans un arbre. Et ça, on ne le savait pas encore!"

Les plantes constituant la base de la chaîne alimentaire, c’est donc par leur intermédiaire que le plastique pourrait se diffuser dans les écosystèmes forestiers. Les chercheurs du WSL souhaitent maintenant mener d'autres expériences pour déterminer si le nanoplastique perturbe la photosynthèse et affecte ainsi l'approvisionnement en énergie et en sucre des plantes.

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Problèmes pour la santé humaine?

Par ailleurs, on pourrait potentiellement retrouver ces particules dans certains fruits, légumes ou graines, explique Florian Breider. Mais l'étude du WSL a été menée en laboratoire sur des pousses de jeunes arbres, souligne-t-il. "On ne sait pas si les particules se comporteraient et s'accumuleraient de la même manière dans un sol réel. C'est pour ça qu'il y a un besoin de mener de nouvelles recherches sur cette thématiques."

Car ces nanoparticules qui mesurent quelques milliardièmes de mètres sont, à cette taille, capables de traverser la paroi intestinale, par exemple. "Et ils peuvent transporter et potentiellement relâcher d'autres substances, comme des perturbateurs endocriniens", précise le chercheur. Il y a donc une possible toxicité chimique, à laquelle s'ajoutent les problèmes que peut poser la simple présence physique des particules, en termes d'inflammation par exemple.

"Il y a peu d'études sur leur impact sur la santé humaine. Mais dans les études sur les animaux, on voit clairement des effets."

ats/mh

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