Modifié le 18 septembre 2018

Des pesticides fabriqués par Syngenta empoisonnent des agriculteurs indiens

Dans l'Etat du Maharashtra, les bidons de pesticides usagés sont réutilisés pour transporter de l’eau potable, explique Public Eye.
Des pesticides fabriqués par Syngenta à Monthey empoisonnent des agriculteurs indiens La Matinale / 1 min. / le 18 septembre 2018
Des centaines de paysans indiens ont été intoxiqués l'an dernier en épandant des pesticides fabriqués par Syngenta à Monthey, affirme mardi une enquête de Public Eye. Plus de vingt personnes en seraient décédées, selon l'ONG.

Il s’appelle Polo, sa substance active est le diafenthiuron, il est classé toxique en cas d’inhalation, est interdit en Suisse et dans l’Union européenne. Syngenta le fabrique pourtant à Monthey et l’exporte vers les pays du Sud.

Pas moins de 75 tonnes de ce produit ont été vendues en Inde l'an dernier, selon l'organisation non gouvernementale Public Eye, qui a mené l'enquête dans l'Etat du Maharashtra, une région très pauvre située dans le centre du pays.

Appel pour une interdiction des exportations de Polo

Pour faire face à la férocité des ravageurs, les cultivateurs de coton pulvérisent des pesticides, notamment le Polo de Syngenta, souvent sans aucune protection. Les mises en garde des fabricants sont rédigées dans des langues que les paysans ne maîtrisent pas, note l'ONG.

En octobre 2017, à la suite d'une vague inhabituelle d’intoxications qui a touché des centaines de personnes et auraient conduit à la mort de plus de 20 d'entre elles, le ministère de l’Agriculture du Maharashtra a ouvert une enquête pour homicide volontaire contre Syngenta.

Pourtant, le gouvernement indien a publié cet été une liste des pesticides à proscrire, et le Polo n’y figure pas. C'est pourquoi Public Eye publie un appel pour que la Suisse interdise les exportations de ce produit.

Il faudrait être cohérents et ne pas envoyer nos saletés dans les pays en développement.

Lisa Mazzone (Verts/GE)

Pour l'écologiste genevoise Lisa Mazzone, il en va de la responsabilité de la Suisse d'interdire l'exportation de Polo, alors que ce produit n'est pas autorisé en Suisse car il est jugé toxique et dangereux. Selon elle, la responsabilité est d'autant plus grande que Syngenta a son siège à Bâle.

La conseillère nationale est d'ailleurs intervenue au Parlement pour que les pesticides interdits mais encore produits en Suisse ne puissent plus être exportés. "Il faudrait être cohérents et ne pas envoyer nos saletés dans les pays en développement", affirme-t-elle dans La Matinale.

De son côté, Syngenta n’a pas donné suite aux questions que la RTS lui a adressées lundi.

>> L'interview de Lisa Mazzone (Verts/GE) dans La Matinale:

Lisa Mazzone, conseillère nationale Les Verts GE, coprésidente de l’initiative Pour plus de transparence dans le financement de la vie politique (initiative sur la transparence).
Anthony Anex - Keystone
La Matinale - Publié le 18 septembre 2018

Alain Arnaud

Publié le 18 septembre 2018 - Modifié le 18 septembre 2018