Modifié le 15 août 2013 à 18:11

Le CIO interdit aux athlètes de militer pour la cause gay à Sotchi

Le président du CIO, le Belge Jacques Rogge.
L'attitude du CIO et de Jacques Rogge face à Moscou provoque des remous. [Laurent Gilliéron - ]
Le Comité international olympique n'acceptera "aucun geste proactif" des athlètes en faveur de la cause homosexuelle durant les Jeux de Sotchi. Selon le site Gay Star News, le CIO pourrait même punir ceux qui désobéiront. Interrogé, le Comité indique que ses propos ont été sortis de leur contexte.

La polémique sur la loi "anti-propagande homosexuelle" promulguée en Russie rebondit autour du Comité international olympique.

D'après cette loi, un athlète qui afficherait visiblement son soutien à la cause homosexuelle durant les Jeux olympiques d'hiver 2014 de Sotchi pourrait craindre des poursuites de la justice russe. Mais selon un article publié sur le site Gay Star News, il pourrait également encourir une sanction de la part du CIO lui-même.

"Aucun geste proactif ne sera accepté"

Interrogé par RTSinfo, le CIO souligne que ses propos ont été "sortis de leur contexte". Le Comité dispose depuis des années d'une règle "très claire qui stipule que les sites des Jeux olympiques ne sont pas des lieux pour des protestations proactives. De par leur nature, les Jeux olympiques ne sauraient servir de plate-forme pour quelque manifestation que ce soit", précise l'attachée de presse Sophie Brinca.

Mais les instances olympiques indiquent aussi qu'elles n'accepteront "aucun geste proactif qui pourrait porter atteinte à l’esprit des Jeux et compromettre leur avenir", sans donner davantage de précision quant à la nature de leur réaction. "Cela étant dit, le CIO traitera toujours chaque cas individuellement et réagira de manière réfléchie et raisonnée en fonction de ce qui a été dit ou fait".

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Assurances de Moscou

Le CIO a depuis toujours banni les démonstrations politiques durant les manifestations olympiques. L'article 50 de sa charte l'évoque: "Aucune sorte de démonstration ou de propagande politique, religieuse ou raciale n'est autorisée dans un lieu, site ou autre emplacement olympique" (voir photo ci-contre).

Concernant la loi promulguée par Moscou, le CIO affirme avoir reçu "l'assurance du plus haut échelon du gouvernement russe que la loi n'affecterait pas ceux qui assisteront ou participeront aux Jeux".

Appel au boycott des Jeux

En juin dernier, la Russie a promulgué une loi qui punit tout acte de "propagande" homosexuelle devant les mineurs d'une peine d'amende et de détention allant jusqu'à 15 jours.

Par la suite, les défenseurs des droits LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres) avaient appelé les athlètes à porter un badge aux couleurs de l'arc-en-ciel durant les cérémonies d'ouverture et de clôture de Sotchi. D'autres voix se sont élevées, notamment de la part d'athlètes (lire encadré ci-contre), pour demander un boycott des Jeux.

Cécile Rais

Publié le 15 août 2013 à 17:03 - Modifié le 15 août 2013 à 18:11

Les réactions de quelques sportifs

Médaillé d’argent aux récents Championnats du monde d'athlétisme organisés à Moscou, le coureur américain Nick Symmonds s’est exprimé contre la loi homophobe russe.

"Pour autant que j’ai le droit d’en parler, je pense que tous les êtres humains méritent l’égalité, quelle que soit la façon dont Dieu les a créés. Que l’on soit homo, hétéro, noir, blanc, nous méritons tous les mêmes droits. Si je peux faire quoi que ce soit pour faire avancer cette cause, je le ferai, sauf à me faire arrêter".

Lors des épreuves de saut en hauteur, la Suédoise Emma Green-Tregaro a été vue avec des ongles aux couleurs de l'arc-en-ciel, en soutien aux LGBT russes, selon le site Yagg.com.

La cycliste allemande Judith Arndt, quadruple championne du monde et médaillée olympique, a quant à elle lancé un appel au boycott des Jeux.

"On devrait boycotter Sotchi", a dit la sportive qui a déclaré son homosexualité l'an dernier. Mais elle a ajouté qu'elle ne croyait toutefois pas trop à la mise à l'index de l'événement, car "les Jeux olympiques sont ce qu'il y a de plus grand pour les athlètes".

Le champion olympique de patinage américain Johnny Weir n'a pas appelé au boycott. L'athlète, qui est marié avec un homme né en Russie, ne compte pas faire campagne pour les droits des LGBT à Moscou, mais se dit préparé à être arrêté par les autorités russes "juste parce que j'ai l'air trop gay".

Selon le site newsring.fr, Blake Skjellerup, patineur de vitesse néo-zélandais, a affirmé: "Je suis contre le boycott car il n’y a aucune raison que je change, que je ne sois pas moi-même ou que je retourne dans le placard à cause de ma sexualité". Il compte porter un badge arc-en-ciel lors des compétitions, malgré le risque de poursuites judiciaires.

Par ailleurs, le site "Boycott Sochi 2014" créé sur Facebook par la communauté homosexuelle a recueilli des milliers de signatures.

La FIFA réagit aussi

La FIFA, qui organisera en 2018 la Coupe du monde en Russie, a demandé des "clarifications» aux autorités russes à propos de la loi interdisant la propagande de l'homosexualité.

La Fédération rappelle que ses statuts ainsi que son code de conduite "prévoient une tolérance zéro contre la discrimination fondée, entre autres, sur l'orientation sexuelle".