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Qui sont les talibans, qui ont repris le pouvoir en Afghanistan?

Des combattants talibans brandissent le drapeau du mouvement après la prise de Jalalabad le 15 août 2001. [EPA/Stringer - Keystone]
Des combattants talibans brandissent le drapeau du mouvement après la prise de Jalalabad le 15 août 2001. [EPA/Stringer - Keystone]
De retour au pouvoir en Afghanistan, les talibans ont gouverné le pays de 1996 à 2001, imposant une interprétation radicale de la charia. Ce mouvement, qui n'a vu le jour qu'au milieu des années 90, a connu une ascension fulgurante.

1994-1996 – L'ascension fulgurante et la prise de Kaboul

C'est en 1994 que le mouvement des talibans ("étudiants en religion") apparaît en Afghanistan, dans un pays dévasté par la guerre contre les Soviétiques (1979-1989) et confronté à une lutte fratricide entre moudjahidines (combattants pour la foi) depuis la chute en 1992 du régime communiste à Kaboul.

Formés dans des madrassas (écoles coraniques) au Pakistan voisin, où ces islamistes sunnites ont trouvé refuge durant le conflit avec les Soviétiques, les talibans sont essentiellement des Pachtounes, l'ethnie qui a dominé le pays quasi-continuellement depuis deux siècles et qui compose la majorité de la population afghane.

Promettant de rétablir l'ordre et la justice, les talibans connaissent une ascension fulgurante, avec le soutien du Pakistan et l'approbation tacite des Etats-Unis. Ils gagnent rapidement du terrain dans le pays, appuyés par une partie de la population, qui voit en eux une alternative à la guerre civile.

En octobre 1994, ils prennent presque sans combat Kandahar, l'ancienne capitale royale dans le sud du pays, et poursuivent leur conquête en direction de la capitale Kaboul.

Les talibans en route vers Kaboul, en 1994. [Saeed Khan - afp]Les talibans en route vers Kaboul, en 1994. [Saeed Khan - afp]

1996 – Le mollah Omar prend le pouvoir et le commandant Massoud est tué

Les insurgés ont alors à leur tête le mystérieux mollah Mohammad Omar, un ancien résistant antisoviétique qui a ensuite fondé une école coranique. Elu "Commandeur des croyants de l'Émirat islamique d'Afghanistan" en avril 1996, le mollah est toutefois resté un homme discret, préférant sa villa de Kandahar aux apparitions médiatiques.

Dotés d'un arsenal militaire et d'un important trésor de guerre qui leur permet d'acheter les commandants locaux, les talibans enchaînent les conquêtes territoriales jusqu'à Kaboul dont ils s'emparent le 27 septembre 1996. Ils chassent le président Burhanuddin Rabbani et exécutent en public l'ex-président communiste Najibullah, jusque-là réfugié dans un bâtiment de l'ONU.

Héros de la résistance antisoviétique, le commandant Ahmed Shah Massoud doit aussi fuir et il se réfugie dans la vallée du Panchir, au nord de Kaboul, où il organise l'opposition armée. Il est assassiné par le réseau islamiste Al-Qaïda le 9 septembre 2001.

>> Le portrait du Mollah Omar dans le 19h30 du 22 septembre 2001:

Portrait du mollah Omar, chef des Talibans
Portrait du mollah Omar, chef des Talibans / 19h30 / 1 min. / le 22 septembre 2001

1996-2001 – La loi islamique et le dynamitage des bouddhas de Bamiyan

Au pouvoir, les talibans imposent la loi islamique la plus stricte, interdisant jeux, photographies, ordinateurs ou télévision. Les instruments de musique et les cassettes sont détruits, alors que les musiciens sont emprisonnés. La danse et beaucoup de sports sont proscrits.

Entièrement couvertes par un vêtement traditionnel, les femmes n'ont plus le droit de travailler ou de se déplacer seules dans les rues sans être accompagnées par un homme. Les écoles pour filles sont fermées.

Mains des voleurs coupées, meurtriers exécutés en public, homosexuels écrasés sous un mur de briques, femmes adultères lapidées à mort: les châtiments sont des plus sévères et dénoncés dans le monde entier. Le dynamitage en mars 2001 des bouddhas géants de Bamiyan, dans le centre du pays, provoque un tollé international.

Le siège du pouvoir se déplace à Kandahar où le mollah Omar vit dans une maison construite par le chef d'Al-Qaïda Oussama Ben Laden, devenu l'un de ses proches.

Le territoire des talibans (qui ont contrôlé jusqu'à 90% de l'Afghanistan) devient un sanctuaire pour les djihadistes du monde entier qui s'y entraînent, notamment Al-Qaïda.

Le plus grand des bouddhas de Bamiyan, avant (1963) et après sa destruction. [UNESCO/A Lezine - CC BY-SA 3.0]Le plus grand des bouddhas de Bamiyan, avant (1963) et après sa destruction. [UNESCO/A Lezine - CC BY-SA 3.0]

2001-2021 – Le 11-Septembre, la chute et la guérilla

Après les attentats du 11-Septembre aux Etats-Unis, perpétrés par Al-Qaïda, Washington et ses alliés de l'OTAN lancent le 7 octobre 2001 une vaste opération militaire suite au refus du régime taliban de livrer Oussama Ben Laden, le cerveau des attaques.

Frappés par des raids aériens intensifs, les talibans perdent rapidement le contrôle du pays et le régime capitule le 6 décembre. Ses chefs s'enfuient avec ceux d'Al-Qaïda dans le sud et l'est du pays, mais aussi au Pakistan. Le mollah Omar et Oussama Ben Laden sont les personnes les plus recherchées au monde. Le premier réussit à s'enfuir au Pakistan et est mort en 2013 dans des circonstances peu claires. Le second est abattu par un commando américain en 2011.

Fin 2001, Hamid Karzai est porté à la présidence de l'Afghanistan. Réfugiés loin de la capitale, les talibans ne lâchent pas les armes et organisent une guérilla contre le nouveau pouvoir en place: attentats et embuscades se multiplient durant de longues années contre les forces armées afghanes et occidentales.

Depuis vingt ans, ce conflit a tué des dizaines de milliers de personnes et en a déplacé des millions d'autres.

>> Le sujet du 19h30 sur la chute des talibans le 7 décembre 2001:

Les Talibans sont tombés, mais le Mollah Omar reste introuvable
Les Talibans sont tombés, mais le Mollah Omar reste introuvable / 19h30 / 1 min. / le 7 décembre 2001

2021 – Le retrait des Américains et le retour en force

Fin 2014, la Mission de combat de la Force internationale d'assistance à la sécurité de l'OTAN est remplacée par celle de formation, conseil et assistance, baptisée Resolute Support. Les forces de sécurité afghanes combattent seules contre les talibans et autres groupes insurgés, soutenues par l'aviation américaine. Mais cette décision a aussi donné aux talibans un nouvel élan, qui ont saisi davantage de territoires et ont souhaité devenir des interlocuteurs de premier plan.

En juillet 2015, le Pakistan accueille les premiers pourparlers directs, soutenus par Washington et Pékin, entre le pouvoir afghan et les talibans. Mais le dialogue tourne court.

Mi-2018, Américains et talibans entament de discrètes négociations à Doha, plusieurs fois interrompues après des attaques contre des troupes américaines. Le 29 février 2020, Washington signe un accord historique avec les talibans, prévoyant le retrait des soldats étrangers en échange de garanties sécuritaires et de l'ouverture de négociations entre les insurgés et Kaboul. Mais cet accord n'a pas mis un terme aux attaques des talibans, en premier lieu contre les forces militaires afghanes.

Le 8 juillet 2021, le président américain Joe Biden déclare que le retrait de ses forces, entamé en mai, sera "achevé le 31 août".

Depuis le printemps 2021, les talibans ont étendu peu à peu leur zone sous contrôle puis, en quelques mois, ont pris le contrôle du pays sans rencontrer de grande résistance.

>> L'interview dans Forum de Michael Barry, professeur à l'Université de Kaboul et spécialiste de l’Afghanistan, sur les objectifs des talibans:

Qui sont les talibans et quels sont leurs objectifs? (vidéo) [RTS]
Qui sont les talibans et quels sont leurs objectifs? (vidéo) / Forum / 5 min. / le 13 août 2021

Frédéric Boillat avec afp

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Qui dirige le mouvement?

Le mollah Haibatullah Akhundzada a été nommé à la tête des talibans en mai 2016 lors d'une rapide transition du pouvoir, quelques jours après la mort de son prédécesseur, Mansour, tué par une frappe d'un drone américain au Pakistan.

Le mollah Haibatullah Akhundzada est l'actuel chef des talibans. [Afghan taliban - afp]Le mollah Haibatullah Akhundzada est l'actuel chef des talibans. [Afghan taliban - afp]Si cet érudit jouissait d'une grande influence au sein de l'insurrection, dont il dirigeait le système judiciaire, certains analystes estimaient que son rôle à la tête du mouvement serait davantage symbolique qu'opérationnel. Mais il a gagné en influence en obtenant une promesse de loyauté de la part d'Ayman al-Zawahiri, le chef d'Al-Qaïda.

Akhundzada a eu la délicate mission d'unifier les talibans, fracturés par une violente lutte pour le pouvoir après la mort de Mansour. Il a réussi à maintenir la cohésion du groupe et a continué à rester plutôt discret, se limitant à diffuser de rares messages annuels lors des fêtes islamiques.

Abdul Ghani Baradar est le co-fondateur des talibans avec le mollah Omar. En 2001, après l'intervention américaine et la chute du régime taliban, il aurait fait partie d'un petit groupe d'insurgés prêts à un accord dans lequel ils reconnaissaient l'administration de Kaboul. Mais cette initiative s'est révélée infructueuse.

Il était le chef militaire des talibans quand il a été arrêté en 2010 à Karachi, au Pakistan. Il a été libéré en 2018, sous la pression en particulier de Washington, et il a conduit les négociations avec les Américains menant au retrait des forces étrangères.

Fils d'un célèbre commandant du djihad anti-soviétique, Jalaluddin Haqqani, Sirajuddin est à la fois le numéro deux des talibans et le chef du puissant réseau portant son nom de famille.

Le réseau Haqqani, fondé par son père, est qualifié de terroriste par Washington, qui l'a toujours considéré comme l'une des plus dangereuses factions combattant les troupes occidentales. Le réseau est connu pour son recours à des kamikazes et on lui a attribué certaines des attaques les plus violentes perpétrées en Afghanistan.

Fils du mollah Omar, Yaqoub est le chef de la puissante commission militaire des talibans, qui décide des orientations stratégiques dans la guerre contre le gouvernement afghan. Son ascendance en fait une figure unificatrice, mais les spéculations sur son rôle exact dans le mouvement sont toutefois persistantes. Certains estiment que son rôle est purement symbolique.