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Le curcuma, le produit miracle aux nombreuses vertus non prouvées

Le curcuma: épice de jouvence ou poudre aux yeux? [RTS / Java Films]
Le film "Curcuma, la poudre aux yeux ? " est à voir ci-dessus jusqu'au 17 août 2020. / Divertissement\Achats / 51 min. / le 18 juillet 2020
En moins de 4 ans, le curcuma s'est fait sa place sur les étals suisses parmi les jus, les thés et les compléments alimentaires. Pourtant, ses vertus n'ont pas encore été prouvées scientifiquement, comme le rappelle le film "Curcuma, la poudre aux yeux ?", à voir ici même.

Après la canneberge et la baie de Goji, le curcuma est le nouveau "produit miracle". Anti-inflammatoire, antioxydant, anti-sceptique, antidiabétique, anti-alzheimer, anti-cancer, anti-Covid : n'en jetez plus, le curcuma et sa substance active la curcumine ont tout pour plaire. Du moins sur le papier.

Car comme le démontre le documentaire "Le curcuma, la poudre aux yeux ?", à voir ci-dessus, les vertus de l'épice n'ont pas encore pu être prouvées scientifiquement. Pas moins de 15'000 articles scientifiques ont été publiés sur le sujet en 10 ans. Nombre d'entre eux confirment le potentiel thérapeutique du curcuma. Mais il manque encore des preuves aux yeux des empiriques.

Pas de preuves suffisantes

"Ce sont de grands espoirs qui reposent sur un certain nombre de bases expérimentales mais qui ne sont pas encore validés par des preuves convaincantes chez l'homme", résume le Docteur Gilles Bommelaer. Cité par le documentaire, ce gastroentérologue sait de quoi il parle: il dirige les premiers essais cliniques menés en France sur le curcuma.

Les industries pharmaceutiques ne se pressent pas au portillon pour tester le curcuma sur des humains: ce type d'essai est coûteux et le rhizome est un produit naturel qui ne peut être breveté et qui est donc peu intéressant financièrement. Gilles Bommelaer a pu mener sa recherche grâce au Ministère français de la santé. Et elle n'a pas porté ses fruits: son étude, qui se concentre sur la maladie de Crohn, n'a pas pu confirmer que la curcumine était plus efficace qu'un placebo pour prévenir la récurrence de l'inflammation du tube digestif.Le curcuma, la poudre aux yeux? [RTS]Le curcuma, la poudre aux yeux? [RTS]

Et même si son étude avait prouvé le contraire, d'autres essais auraient été nécessaires pour que les effets positifs de la molécule soient officiellement reconnus. En Suisse, aucun essai clinique sur le curcuma n'est en cours, selon le portail de l'Organe de coordination de la recherche sur l'être humain. Globalement, la molécule semble trop instable pour être aussi prometteuse qu'espéré.

Véritable explosion en Occident

L'absence de confirmation scientifique ne semble toutefois pas freiner l'engouement pour le curcuma comme remède naturel. Frais, en poudre ou en gélule, la demande mondiale ne cesse d'augmenter depuis 2011. En Inde, premier producteur mondial de curcuma, la production annuelle a dépassé celle du gingembre sur l'année 2017/18, pour atteindre 1'077'000 tonnes, selon le Ministère indien de l'agriculture. Et les perspectives de croissance seraient prometteuses.

En Suisse, "aucune allégation de santé n'est autorisée pour le curcuma", prévient Eva van Beek, porte-parole à l'Office fédéral de la sécurité alimentaire. Néanmoins, le safran des Indes est parvenu à prendre ses quartiers dans les grandes surfaces et en pharmacie. Trois médicaments contenant le rhizome sont permis à la vente par Swissmedic. Mais c'est sous la forme du complément alimentaire que la racine orange a connu un véritable boum.

Il y a 3 ans, le curcuma a ainsi rejoint l'assortiment d'Amavita, plus grand réseau suisse de pharmacies. Les filiales proposent désormais une dizaine de compléments alimentaires "en raison de la demande croissante des clients", précise Patrick Fehlmann, spécialiste en communication chez Galenica.

En France, des dizaines de marques proposent des compléments alimentaires avec la poudre orange. Ici, un produit contre les règles douloureuses, là contre les maux de tête ou de dents, plus loin contre les douleurs musculaires et articulaires... Les promesses sont diverses.

La curcumine ou diféruloyl-méthane n'a pas encore réussi à faire ses preuves au niveau clinique. [Babel Press]La curcumine ou diféruloyl-méthane n'a pas encore réussi à faire ses preuves au niveau clinique. [Babel Press]Toutefois, les compléments alimentaires ne présentent pas tous le même potentiel, certains contenant simplement du curcuma, d'autres explicitement de la curcumine, principe actif qui ne constitue que 3 à 5% du rhizome.

Le curcuma peut aussi être consommé frais comme du gingembre, dans des mets salés ou sucrés. Mais pour bénéficier de ses potentielles propriétés thérapeutiques, du poivre et un corps gras doivent l'accompagner car il est très difficile à assimiler par l'organisme. En Suisse, le rhizome frais est en vente à la Migros depuis 2009 déjà. Mais les produits contenant du curcuma, principalement les tisanes et les jus, ne sont apparus qu'il y a 3-4 ans. Du côté de chez Coop, le curcuma frais et les préparations sont en vente depuis 2018 seulement.

Les Indiens restent les plus grands consommateurs

Malgré la popularité qu'il est parvenu à obtenir en Europe, le rhizome orangé est importé principalement aux Etats-Unis et il est consommé prioritairement en Inde. Là-bas, chaque habitant en mange l'équivalent d'une cuillère à soupe par jour, en moyenne. Presque à tous les repas. Depuis près de 4000 ans.

C'est que les vertus du curcuma sont reconnues par la médecine ayurvédique. En plus d'éliminer les toxines, l'épice est réputée pour tuer les microbes. Face à la pandémie de Covid-19, le Ministère du gouvernement indien a par ailleurs invité sa population à renforcer son immunité via certaines concoctions ayurvédiques, dont le Haldi doodh (lait doré), élaboré à base de curcuma.Un marché dédié au curcuma en Inde. [Babel Presse]Un marché dédié au curcuma en Inde. [Babel Presse]

Toujours plus de terres agricoles dédiées au curcuma

Face à cette demande mondiale en hausse, les producteurs indiens se frottent les mains et les cultures du rhizome gagnent du terrain. Le curcuma, qui est désormais la 3e épice la plus cultivée en Inde, va-t-il détrôner l'ail, voire le piment (respectivement 1'720'000 t et 2'300'000 t par an) ? Mais ce développement fait aussi grincer des dents les spécialistes, qui craignent une perte de qualité et un recours excessif aux engrais et aux insecticides. Une dizaine de laboratoires contrôlent le curcuma avant export, tempère toutefois le documentaire.

Le curcuma bio se développe tout naturellement en parallèle. Il se vend un peu plus cher, à 2000 euros la tonne, contre 1400 à 1700 euros la tonne pour le curcuma classique, avant exportation.

Le curcuma est planté en juin. La racine-mère reste 8 mois en terre avant la récolte, qui a lieu après l'hiver, quand les feuilles sont sèches. Le rhizome qui n'est pas vendu frais va être cuit et recuit pour être vendu en poudre. Il se gardera plus longtemps, mais aura ainsi perdu de ses propriétés. Pour réduire le problème, des usines se chargent d'extraire la curcumine. Le produit est alors vendu vingt fois plus cher... Le marché du curcuma est déjà bien huilé pour se renforcer. Reste à savoir si son usage va perdurer en Occident.

Les Documentaires de la RTS - Caroline Briner

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Une centaine de variétés pour divers usages

Le curcuma se décline en une centaine de variétés. La plus utilisée dans un but thérapeuthique est le longa (orange).

Le curcuma est aussi employé comme sublimateur de goût et comme colorant alimentaire, vestimentaire et corporel.

Contre-indications

A noter que le curcuma serait aussi assorti de contre-indications (femmes enceintes, hémophilie, troubles hépato-billaires, etc).