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Bill Gates, donateur généreux et parfois dérangeant

Bill Gates, en visite à Genève pour l'Assemblée mondiale de la santé [Philippe Christin]
Bill Gates, en visite à Genève pour l'Assemblée mondiale de la santé [Philippe Christin]
Le fondateur de Microsoft et milliardaire américain Bill Gates est un donateur conséquent de l'OMS. Ses moyens lui donnent un pouvoir qui dérange parfois, par exemple quand il apparaît comme un allié de l'industrie pharmaceutique.

Bill Gates est l’un des invités vedette de la 64e Assemblée mondiale de la Santé qui se tient à Genève du 16 au 24 mai sous l’égide de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Avec sa puissante fondation – la Bill&Melinda Gates Foundation créée en 2000 et dotée de 37 milliards de dollars – le fondateur de Microsoft, dont la fortune personnelle est évaluée à 57 milliards de dollars s’est imposé comme l’un des plus puissants acteurs en matière de santé publique mondiale. Ce qui n’est pas sans provoquer interrogations et critiques parmi certaines ONG.


Une hégémonie qui inquiète

L’action de Bill Gates, qui a quitté la direction de Microsoft en 2008 pour se consacrer à sa fondation, est diversement appréciée. Marie-Paule Kieny, sous-directrice à l'OMS, y voit "un apport primordial à la santé mondiale ces dernières années". "Jamais il n'y a eu autant de financements consacrés au développement de nouveaux vaccins et de nouveaux médicaments pour les pays pauvres", ajoute-t-elle.


D’autres s’inquiètent de l’hégémonie de la fondation Bill&Melinda Gates et des conséquences pour l’indépendance de l’OMS. "En matière de santé publique, il n’y a pas un donateur plus influent, à part le gouvernement américain", remarque James Love, le directeur de l’ONG américaine Knowledge Ecology International (KEI). "Toute personne qui veut faire carrière dans ce secteur doit avoir de bonnes relations avec la fondation Gates, ou du moins adopter un profil bas", dit-il.


"Bill Gates est un homme très généreux mais le problème, c’est l’allocation de fonds privés à l'OMS qui viennent avec des conditions ou qui sélectionnent les programmes techniques et sont donc en train de fixer les priorités de l'agence", regrette German Velasquez, ancien haut fonctionnaire de l’OMS.


Un allié de l'industrie pharmaceutique

La fondation Bill&Melinda Gates apparaît ainsi comme l’un des plus solides alliés de l’industrie pharmaceutique. Alors qu’à l’OMS, le débat fait rage pour réformer le système de financement de la recherche sur les maladies négligées (ces pathologies comme la maladie du sommeil ou la leishmaniose dont les grands laboratoires se désintéressent faute de débouchés commerciaux), l'ancien patron de Microsoft pèse de tout son poids pour que le système actuel de brevet sur les médicaments, qui pénalise les pays les plus pauvres, ne soit pas remis en cause.


"Lorsqu'il travaillait à Microsoft, Bill Gates favorisait déjà une forme de monopole sur ses softwares. De même, sa fondation favorise le développement de médicaments et de vaccins brevetés, plutôt que de produits génériques" explique l’ONG KEI.


Agathe Duparc et Marc Allgöwer




La fondation Gates: des projets, des moyens

En 2010, la fondation philanthropique américaine Bill&Melinda Gates a contribué à hauteur de 220 millions de dollars au budget 2010-2011 de l'OMS qui s’élève 4,5 milliards de dollars, ce qui en fait le deuxième donateur volontaire (dons affectés à des programmes précis) après les Etats-Unis et leur agence de développement USAID qui ont alloué 280 millions. L’ensemble des «contributions volontaires» représentent aujourd’hui 80% du budget total de l’agence de santé onusienne, alors que les «contributions fixes» des 193 Etats-membres de l’OMS amènent le reste.


Depuis 2000, la fondation Bill&Melinda Gates, qui compte 927 employés, a dépensé 24,81 milliards de dollars pour de nombreux programmes de santé dans les pays en voie de développement.


Elle agit principalement dans le domaine de maladies que l’on peut prévenir par la vaccination comme la pneumonie et la polio. Environ 1,3 milliards de dollars ont été alloués à cette pathologie, avec comme objectif  de l’éradiquer de la surface de la terre. Parmi les priorités figurent également la lutte contre la tuberculose, le Sida et le paludisme. Plus de 55 millions d’enfants ont pu être vacciné.


10 milliards pour dix ans

Mardi 17 mai, s’adressant à la tribune l’Assemblée mondiale de la Santé, Bill Gates lancera un appel aux ministres de la santé des Etats-membres de l’OMS pour faire de la vaccination l’une des priorités absolues pour sauver des millions de vie.


En janvier 2010, accompagné de son épouse Mélinda, il avait annoncé au World Economic Forum (WEF) de Davos un don de 10 milliards de dollars sur les dix prochaines années pour développer de nouveaux vaccins destinés aux pays les plus pauvres.


Outre ses dons à l’OMS, la fondation verse chaque année 100 millions au Fonds mondial contre le sida, le paludisme et la tuberculose. Elle a offert 750 millions de dollars à la GAVI alliance, un partenariat public-privé créé en 2000 réunissant les principaux acteurs de la vaccination et du soutien aux systèmes de santé et agissant dans 72 pays en développement. Elle contribue au budget d’Onusida. De nombreux soutiens à des programmes de recherche (grant), mais également des aides à des laboratoires pharmaceutiques, des ONG et aux médias sont distribués. La Gates subventionne ainsi le blog du Guardian sur les questions de développement, et les programmes santé de la télévision américaine ABC news.


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