La montée des marches le 24 mai 2023, lors de la 76e édition du Festival de Cannes. [Hans Lucas via AFP - FREDERIC PASQUINI]
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En lice pour la Palme d'or, le cinéaste Mohammad Rasoulof raconte sa fuite d'Iran

>> Des vétérans comme Richard Gere ou Francis Ford Coppola aux étoiles montantes Barry Keoghan et Anya Taylor-Joy: toutes les générations de stars ont rendez-vous au 77e Festival de Cannes, qui se tient du 14 au 25 mai 2024. La quinzaine a débuté par la remise d'une Palme d'honneur à Meryl Streep.

>> Dans les coulisses, l'ambiance est pesante avec des accusations en lien avec #MeToo. Elles pourraient perturber la 77e édition du Festival, sept ans après l'affaire Weinstein qui a lancé le mouvement de libération de la parole.

>> En compétition figurent des habitués comme Jacques Audiard, avec une inattendue comédie musicale en espagnol dans l'univers des narcotrafiquants, ou David Cronenberg. Emma Stone renoue avec son réalisateur fétiche Yorgos Lanthimos après sa récompense aux Oscars pour "Pauvres créatures".

>> Quatre films suisses ont été retenus dans la sélection officielle du Festival: "Sauvages" de Claude Barras, "Le procès du chien" de Laetitia Dosch, "The Shameless" de Konstantin Bojanov et "Las Novias del Sur" d'Elena Lopez Riera. Par ailleurs, la Suisse est l'invitée d'honneur du Marché du film, qui se tient du 14 au 22 mai.

Un suivi assuré par RTS Culture avec RTS Info et agences

Le réalisateur Mohammad Rasoulof espère pouvoir venir à Cannes

Il raconte sa fuite épuisante d'Iran, où il a été condamné à la prison

Le cinéaste iranien Mohammad Rasoulof, en lice pour la Palme d'or à Cannes, a dû traverser les montagnes à pied pour fuir son pays, un voyage "épuisant et extrêmement dangereux" qui lui a permis de trouver refuge en Allemagne, a-t-il raconté au Guardian.

Grande voix du cinéma iranien, dans le viseur du régime des mollahs depuis des années, le réalisateur de 51 ans a été récemment condamné en appel à huit ans de prison dont cinq applicables. Dénonçant une peine "injuste", il est parvenu à quitter clandestinement l'Iran et à se réfugier en Allemagne en mai.

Traverser les montagnes

Il l'a fait au prix d'un voyage "de plusieurs heures, épuisant et extrêmement dangereux, accompagné d'un guide", qui lui a permis de traverser les montagnes et passer discrètement la frontière à pied, a-t-il raconté vendredi au journal britannique.

Il n'a eu au départ que quelques heures pour décider s'il restait en Iran ou prenait la fuite. Mais le réalisateur voulait pouvoir "transmettre les récits de ce qu'il se passe en Iran", et "c'est quelque chose que je ne peux pas faire en prison", a-t-il résumé. Après avoir désactivé tous ses appareils électroniques, Mohammad Rasoulof s'est caché dans différents lieux gardés secrets avant de recevoir des papiers de la part des autorités allemandes.

Espoir de pouvoir venir sur la Croisette

Le cinéaste, en lice pour la Palme d'or qui sera remise le 25 mai au Festival de Cannes, espère pouvoir être autorisé à aller en France pour être présent sur la Croisette.

Son film "Les graines du figuier sauvage", qui lui a valu cette lourde condamnation, raconte l'histoire d'un juge d'instruction sombrant peu à peu dans la paranoïa, au moment où d'immenses manifestations éclatent dans la capitale Téhéran.

Une image du film "Les graines du figuier sauvage" du réalisateur iranien Mohammad Rasoulof, en compétition au Festival de Cannes 2024. [Pyramide Films]
Une image du film "Les graines du figuier sauvage" du réalisateur iranien Mohammad Rasoulof, en compétition au Festival de Cannes 2024. [Pyramide Films]

Le réalisateur a été déjà été condamné et emprisonné deux fois en Iran, où la répression ne cesse de s'amplifier depuis le mouvement de contestation qui a secoué le pays en 2022 après la mort de Mahsa Amini.

Malgré cette menace d'incarcération, Mohammad Rasoulof, qui a reçu de nombreux prix internationaux dont l'Ours d'or à Berlin en 2020, n'écarte pas la possibilité de retourner dans son pays "assez vite".

"Kinds of Kindness" de Yorgos Lanthimos - Compétition

La critique de Rafael Wolf

Un banal employé remet tous ses choix de vie entre les mains de son patron. Ce-dernier, véritable démiurge dictant l’alimentation, les heures de lever et de coucher, les fréquences des ébats sexuels de son subalterne, lui demande un jour de percuter une voiture sans autre raison que de prouver sa dévotion.

L’employé refuse et met ainsi en péril les fondations de son existence. Un policier dont la femme a disparu en mer voit sa dulcinée revenir, mais le comportement inhabituel de celle-ci l’amène à penser qu’il s’agit d’une autre. Enfin, une femme, vivant au sein d’une communauté dont les membres se réservent sexuellement pour leurs gourous, tente de trouver une personne dotée d’un pouvoir surnaturel et destinée à devenir le chef spirituel du groupe.

A travers ces trois histoires distinctes, l’auteur de "Lobster" et du récent "Pauvres créatures" signe une comédie aussi noire que cynique en forme de variations autour d’un même thème: jusqu’où est-on prêt à aller par amour et par dévotion?

Si le premier segment s’avère de loin le plus intéressant, et que l’on assiste avec une certaine jubilation aux changements de rôles des mêmes interprètes, incarnant chacun et chacune trois personnages différents, on retombe rapidement dans les travers du cinéma de Lanthimos qui appuie le moindre de ses effets faussement provocateurs et souligne son surréalisme de surface avec une pesanteur assommante.

Les amateurs de "Pauvres créatures" aimeront. Les autres attendront la fin du film comme une libération bien méritée.

Note: 2/5

Balayeur du Festival de Cannes, il devient réalisateur sélectionné

Le fabuleux destin de David Hertzog Dessites

Comme une belle histoire de cinéma: balayeur à 20 ans des marches du Festival de Cannes, David Hertzog Dessites les montera samedi, à 51 ans, pour y présenter un documentaire qu'il a réalisé.

"L'adulte que je suis a pris l'enfant qu'il était par la main pour réaliser son rêve", glisse à l'AFP ce Cannois d'origine, qui signe "Il était une fois Michel Legrand", documentaire sur le célèbre musicien. Quand il a appris qu'il était sélectionné dans la section Cannes Classics, axée autour de copies restaurées et de documentaires, ce barbu athlétique a eu du mal à réaliser. Et une scène forte lui est revenue en tête.

"Un matin vers 4h00, dans ma tenue de balayeur, il n'y avait pas de gardien à l'époque sur les marches, je me suis allongé sur le tapis rouge en me disant 'je reviendrai ici avec mon film'".

Réalisateur autodidacte

Gamin, sa mère l'accompagnait aux abords du Palais des Festivals voir sur le tapis rouge les stars d'Hollywood, comme Kirk Douglas ou Robert Mitchum. Sa vie bascule quand, à 20 ans, sa mère, employée municipale, décède à 48 ans. La ville de Cannes propose alors au jeune homme, se retrouvant seul, un emploi de balayeur. Qui fait donc parfois la tranche 3-8 h du matin sur le tapis rouge et aux abords.

Des copains travaillant pour le plus grand rendez-vous mondial du 7e art permettent alors à ce fan de ciné de vivre le "festival en clandestin", en entrant en cachette. Un matin, en séance de 11h, il se faufile à la projection de "Pulp fiction" de Quentin Tarantino. "J'ai vu Clint Eastwood (président du jury) se prendre le visage dans les mains tellement il était mort de rire".

La disparition de sa mère est un "véritable booster", David Hertzog Dessites transformant "cette peine en énergie positive". En autodidacte, il achète une première caméra. Un premier tournant arrive en 1999. David Hertzog Dessites part sur ses deniers aux Etats-Unis filmer les inconditionnels de "Star Wars" qui attendent la sortie de l'épisode intitulé "La menace fantôme". Son documentaire attire les regards.

Michel Legrand a bercé sa vie

Michel Legrand, c'est encore une belle histoire. "Sa musique a bercé la grossesse de ma maman, mes parents se sont rencontrés en allant voir 'L'affaire Thomas Crown' et avaient acheté le 45 tours de la musique composée par Michel". Les séries télé qu'il voit enfant, "Il était une fois... la vie", "Oum le dauphin blanc", sont signées du même compositeur. Et la B.O. de "Yentl" avec Barbra Streisand est pour le cinéphile et mélomane "un choc".

David Hertzog Dessites finit par rencontrer ce "génie" en 2017 quand le pianiste donne un concert dans le cadre du Festival de Cannes. Assis au pied du piano pendant le récital, le réalisateur lui adresse la parole à la fin: "Si j'existe, c'est un peu grâce à vous". "C'est formidable cette histoire, j'adore", lui rétorque Michel Legrand.

Il se laisse convaincre pour un documentaire et lui donne carte blanche. "Il était une fois Michel Legrand" couvre les deux dernières années de la vie du musicien et revient sur la carrière du compositeur des "Parapluies de Cherbourg", disparu en 2019 à 86 ans.

"Oh, Canada" de Paul Schrader - Compétition

La critique de Rafael Wolf

Au seuil de la mort, Leonard Fife (Richard Gere), célèbre documentariste canadien, accepte une ultime interview en forme de testament accordée à un ancien étudiant de cinéma. Très vite, la confession à laquelle assiste la dernière épouse de Fife (Uma Thurman) s’embrouille dans les méandres d’un passé aux allures de puzzle incomplet, ou trompeur.

Quarante-quatre ans après "American Gigolo", Richard Gere retrouve le cinéaste Paul Schrader pour cette adaptation d’un roman de Russell Banks, auquel le film est dédié. Excellent, l’acteur incarne avec subtilité et intensité ce personnage qui rappelle à ses souvenirs les multiples femmes ayant traversé son existence par le biais de flashbacks récurrents.

Richard Gere et Uma Thurman dans le film "Oh, Canada". [DR]
Richard Gere et Uma Thurman dans le film "Oh, Canada". [DR]

Un homme qui n’aura fait que fuir ses différentes amantes, fuir sa paternité, fuir son pays pour éviter de partir au Vietnam avant de franchir la frontière entre les Etats-Unis et le Canada comme on passe de la vie à la mort.

Un beau film dont on reste toutefois un peu distant, tant le récit est troué de béances dramaturgiques (on ne nous montrera jamais vraiment comment ce cinéaste est devenu une icône du documentaire engagé) et tant le film oscille sans cesse entre une structure en flashbacks plutôt alambiquée et une forme de simplicité rare qui apportait toute leur force aux précédents et supérieurs longs métrages de Schrader, comme "Master Gardener", "The Card Counter" ou "First Reformed".

Note: 3/5

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Montée des marches du vendredi 17 mai

Elisabeth Baume-Schneider à Cannes

"Nous sommes certes petits, mais cela ne veut pas dire que nous sommes dépourvus de talent"

La conseillère fédérale Elisabeth Baume-Schneider est revenue vendredi soir dans Forum sur sa présence au Festival de Cannes, la Suisse étant l'invitée d'honneur du Marché du Film.

"C'est un petit coup de projecteur, mais surtout une manière de présenter le cinéma suisse, sans forfanterie et avec beaucoup d'énergie et de verve", déclare la ministre de la culture.

C'est également l'occasion de faire état de ce "qu'on sait et souhaite faire avec des partenaires" internationaux.

Avec quatre films dans la sélection du festival, la Suisse peut également montrer sa diversité: "La richesse de nos quatre régions linguistiques est une condamnation heureuse à avoir des collaborations avec nos voisins. (...) Cette effervescence montre que nous n'avons pas usurpé cette place. Nous sommes certes petits, mais cela ne veut pas dire que nous sommes dépourvus de talent. Au contraire!" se réjouit la Jurassienne.

>> L'interview d'Elisabeth Baume-Schneider dans Forum :

La conseillère fédérale Elisabeth Baume-Schneider représente la Suisse au 77e Festival de Cannes (vidéo)
La conseillère fédérale Elisabeth Baume-Schneider représente la Suisse au 77e Festival de Cannes (vidéo) / Forum / 5 min. / hier à 18:00

La culture, parent pauvre du budget de la Confédération?

En Suisse pourtant, les prévisions budgétaires pour la culture ont été revues à la baisse. Ce domaine reste-t-il le parent pauvre des politiques publiques à l'échelon national? Elisabeth Baume-Schneider répond que non: ce budget a été adapté, comme tous les autres, à la situation des finances de la Confédération.

>> Lire sur le sujet : Le Parlement prié de libérer près d'un milliard pour la culture

Elisabeth Baume-Schneider, ici avant la projection du film "The Shameless", vendredi 17 mai, mène la délégation suisse au festival de Cannes. [KEYSTONE - JEAN-CHRISTOPHE BOTT]
Elisabeth Baume-Schneider, ici avant la projection du film "The Shameless", vendredi 17 mai, mène la délégation suisse au festival de Cannes. [KEYSTONE - JEAN-CHRISTOPHE BOTT]

"On aimerait avoir plus, c'est vrai. Mais si le message sur la culture passe tel qu'il a été proposé par le Conseil fédéral, on pourra estimer que c'est un investissement loin d'être moribond et misérabiliste", argumente Elisabeth Baume-Schneider.

"Nous avons une grande tradition de soutien au cinéma. Nous avons la SSR. Nous avons aussi des possibilités avec la nouvelle loi Netflix. Je ne pense donc pas que la culture soit mise à mal par les budgets de la Confédération", soutient-elle également.

>> Voir aussi le sujet du 19h30 :

Elisabeth Baume-Schneider a vécu son premier Festival de Cannes comme ministre de la Culture
Elisabeth Baume-Schneider a vécu son premier Festival de Cannes comme ministre de la Culture / 19h30 / 2 min. / aujourd'hui à 19:30

Le retour du prince charmant d'Hollywood à Cannes

L'acteur américain Richard Gere présente "Oh, Canada" de Paul Schrader

Prince charmant d'Hollywood des années 1980 et 1990 devenu discret au cinéma, Richard Gere fait son retour sur le tapis rouge en présentant ce vendredi à Cannes "Oh, Canada" de Paul Schrader, en lice pour la Palme d'or.

L'acteur qui a toujours gardé une distance avec son métier, privilégiant sa foi bouddhiste et la cause tibétaine, retrouve le réalisateur d'"American Gigolo" (1980), film qui l'a propulsé sex symbol. A 74 ans, il tient le rôle crépusculaire d'un opposant à la guerre du Vietnam qui a fui les Etats-Unis et qui, en fin de vie, se confie à un jeune journaliste.

Richard Gere et Uma Thurman dans le film "Oh, Canada". [DR]
Richard Gere et Uma Thurman dans le film "Oh, Canada". [DR]

Un des plus grands séducteurs du cinéma

Outre Schrader, le comédien, qui a débuté au théâtre, a tourné avec les plus grands cinéastes: Richard Brooks ("A la recherche de M. Goodbar), Terrence Malick ("Les moissons du ciel"), Coppola ("Cotton Club"), Lumet ou Altman.

Après "American Gigolo" et "Officier et Gentleman" (1982), c'est "Pretty Woman" (1990), un film où il s'engage à reculons, qui le range définitivement dans la catégorie des grands séducteurs du cinéma. Il y campe un milliardaire qui s'éprend d'une jeune prostituée (Julia Roberts). Enorme succès au box office pour ce couple de conte de fées.

Pretty Woman: un milliardaire tombe amoureux d'une prostituée sur Hollywood Boulevard. -  Samedi 24 décembre 2005 à 20:55 sur RTS Un. [RTS/E.PP - RTS/E.PP]
Richard Gere et Julia Roberts dans le cultissime "Pretty woman". [RTS/E.PP - RTS/E.PP]

"Je me moque d'être un acteur"

Mais "l'homme le plus sexy du monde", dixit le magazine People en 1999, a connu une carrière à éclipses. Au fil des années, l'acteur, converti au bouddhisme à 25 ans, se passionne plutôt pour la méditation - au moins une heure par jour -, devient un proche du Dalaï-Lama et milite activement pour les droits du Tibet.

Il décroche un Golden Globe pour "Chicago" (2002) mais reste snobé par les Oscars, qui l'excluent même en 1993 pour un discours anti-Chine.

Le Dalaï Lama et l'acteur Richard Gere à Chicago en 1996. [AFP - TIM ZIELENBACH]
Le Dalaï Lama et l'acteur Richard Gere à Chicago en 1996. [AFP - TIM ZIELENBACH]

La cible des paparazzis dans les années 1990

Né le 29 août 1949 à Philadelphie dans une famille méthodiste modeste, Richard Gere a étudié la philosophie avant de bifurquer vers le théâtre. Il joue Danny Zuko dans "Grease" à Londres et à Broadway. Si John Travolta est choisi pour l'adaptation de la comédie musicale, c'est lui qui décroche "American Gigolo", rôle initialement dévolu à... Travolta.

Il est dès lors l'un des acteurs en vue d'Hollywood. Au début des années 1990, son mariage avec la top modèle Cindy Crawford attire paparazzi et rumeurs sur la réalité de leur couple. Ils divorcent en 1994. Richard Gere se remarie avec l'actrice Carey Lowell, bouddhiste comme lui et mère de son premier enfant, Homer. Puis avec l'activiste espagnole Alejandra Silva, de 33 ans sa cadette et mère de ses deux autres fils.

Richard Gere et sa femme Carey Lowell en 2004 à New York. [Getty Images via AFP - EVAN AGOSTINI]
Richard Gere et sa femme Carey Lowell en 2004 à New York. [Getty Images via AFP - EVAN AGOSTINI]

Un homme très engagé

Tenant désormais les tabloïds à distance et vivant en pleine nature, il réserve ses interventions publiques à ses engagements. Très tôt impliqué dans la lutte anti-sida, il cofonde par ailleurs en 1987 la Tibet House à New York puis crée la Gere Foundation, toujours en faveur du Tibet.

Ses charges contre Pékin -il appelle au boycott des JO de 2008- contribuent à l'éloigner d'Hollywood, à l'heure où le marché chinois est devenu un Eldorado pour les studios américains.

Francis Ford Coppola de retour à Cannes avec son testament

"Megalopolis", le film de tous les superlatifs

La montée des marches restera dans l'histoire, le film pas forcément: Cannes a déroulé le tapis rouge jeudi à Francis Ford Coppola, 85 ans, qui dévoilait "Megalopolis", présenté comme son chef-d'oeuvre ultime mais qui risque d'assommer. "Je dédie mon film à l'espoir et aux enfants. Créons un monde pour les enfants", a déclaré le réalisateur, sous les applaudissements à la fin de la projection officielle.

Le réalisateur Francis Ford Coppola et sa petite-fille Romy Croquet sur le tapis rouge du Festival de Cannes le 16 mai 2024 pour la présentation de "Megalopolis". [AFP - Stefanos Kyriazis]
Le réalisateur Francis Ford Coppola et sa petite-fille Romy Croquet sur le tapis rouge du Festival de Cannes le 16 mai 2024 pour la présentation de "Megalopolis". [AFP - Stefanos Kyriazis]

Francis Ford Coppola brigue un troisième trophée avec ce film hors normes au parfum testamentaire dans lequel il a englouti une partie de sa fortune, 45 ans après sa Palme d'or pour "Apocalypse Now",

D'un budget de 120 millions de dollars, ce film sur la destruction d'une ville évoquant New York couve dans son esprit depuis plus de quarante ans. Coppola avait abandonné le projet suite aux attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, avant de le reprendre.

Signe de son potentiel commercial très incertain, "Megalopolis", produit en dehors des circuits des grands studios, n'a pas encore trouvé de distributeur aux Etats-Unis. Comment imaginer le distribuer largement alors qu'en plein milieu des 2h18 du long métrage, un acteur en chair et en os se lève dans la salle de cinéma pour s'adresser en direct à l'écran, pour un dialogue avec Adam Driver?

Casting cinq étoiles

Reste la brochette d'acteurs cinq étoiles, stars des années 1970 comme Jon Voight et proches de Coppola dont sa soeur, Talia Shire, qui joue la mère du personnage d'Adam Driver ou encore Laurence Fishburne, qui jouait adolescent dans "Apocalypse Now".

La chanteuse Grace Vanderwaal, l'actrice Romy Croquet Mars, l'acteur Laurence Fishburne, l'acteur Adam Driver, le réalisateur Francis Ford Coppola et l'acteur Giancarlo Esposito après la projection de "Megalopolis" au 77e Festival de Cannes, le 16 mai 2024. [AFP - Mustafa Yalcin]
La chanteuse Grace Vanderwaal, l'actrice Romy Croquet Mars, l'acteur Laurence Fishburne, l'acteur Adam Driver, le réalisateur Francis Ford Coppola et l'acteur Giancarlo Esposito après la projection de "Megalopolis" au 77e Festival de Cannes, le 16 mai 2024. [AFP - Mustafa Yalcin]

Leur montée des marches le 16 mai, chapeau de paille et canne à la main pour Coppola, sur la musique du "Parrain", restera dans l'histoire du Festival, comme le probable adieu d'une des dernières légendes du Nouvel Hollywood. Et une grande absente pour Coppola, son épouse Eleanor, à qui il a été marié soixante ans, décédée le 12 avril.

"Megalopolis" de Francis Ford Coppola - Compétition

La critique de Rafael Wolf

A 85 ans, le cinéaste doublement palmé pour "Conversation secrète" et "Apocalypse Now" revient en compétition à Cannes. Et c’est peu dire qu’on attendait ce nouveau film, treize ans après "Twixt", son dernier en date, avec un mélange d’excitation et d’appréhension.

Fresque aux ambitions colossales que le cinéaste a rêvée pendant des décennies avant de la produire avec ses propres deniers, "Megalopolis" nous emmène dans une Amérique dystopique et décadente. Cesar Catilina (Adam Driver), un architecte visionnaire, s’oppose à Ciceron (Giancarlo Esposito), le maire conservateur de la ville de New Rome, version futuriste de New York, pour reconstruire la cité sur des bases plus durables.

Parallèlement, le fille du maire, Julia (Nathalie Emmanuel), jet-setteuse en apparence superficielle, tombe amoureuse de Cesar qui la détourne des valeurs rétrogrades de son père.

Si la première demi-heure parvient à séduire, grâce à des séquences d’une outrance assez jubilatoire, puis par quelques fulgurances, notamment quand le personnage joué par Adam Driver arrête littéralement la marche du temps, le film dans son ensemble s’enfonce progressivement dans une allégorie pachydermique des Etats-Unis, imprégnée de références directes à la Rome antique et à Shakespeare. Le tout adoptant un ton si sentencieux et démonstratif qu’on en arrive à regretter déjà que cet hymne maladroit au genre humain et à son avenir puisse devenir le film-testament de Coppola.

Note: 2/5

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Montée des marches du jeudi 16 mai

"Bird" d’Andrea Arnold

La critique de Rafael Wolf

Bailey (Nykiya Adams) a 12 ans et vit avec son demi-frère Hunter (Jason Buda) et son père Bug (Barry Keoghan) dans un squat d’une petite ville anglaise. Quand Bug installe sa nouvelle compagne chez eux, et annonce qu’il se mariera dans quelques jours, Bailey prend très mal cette nouvelle lubie de son paternel, qui espère expulser d’un crapaud volé à des trafiquants de drogue quelques grammes de cocaïnes pour financer ses noces.

Alors qu’elle expérimente ses premières règles, et qu’elle s’ouvre timidement à sa féminité, Bailey croise le chemin d’un mystérieux homme errant, prénommé Bird (Franz Rogowski), à la recherche de ses parents dont il a tout oublié. 

Rythmé par une bande-son composée de musique hip-hop ou de morceaux de Blur ou des Fontaines D.C., "Bird" s’affirme comme un récit initiatique au style ultra-réaliste. Après "Red Road", "Fish Tank" et "American Honey", la cinéaste Andrea Arnold continue à s’attacher à une mise en scène virtuose dominée par une caméra très mobile qui capte l’énergie de ses personnages, sans l’ombre du misérabilisme qui guette souvent un certain cinéma social.

Une image du film "Bird" d’Andrea Arnold. [Cannes 2024]
Une image du film "Bird" d’Andrea Arnold. [Cannes 2024]

Portrait à la fois dur et lumineux de parents

La grande force du film est de ne jamais réduire ses protagonistes à des raccourcis sociologiques et ose par ailleurs l’incursion impromptue de visions mentales ou rêvées de Bailey, jusqu’à un final dont on ne dévoilera rien, sinon qu’il embrasse pleinement le fantastique, flirtant avec "Le règne animal" de Thomas Caillet.

En résulte un portrait à la fois dur et lumineux de parents qui n’ont jamais vraiment quitté le stade de l’adolescence, au mieux démissionnaires, au pire destructeurs, incapables de s’occuper correctement d’enfants et d’ados livrés à eux-mêmes et obligés, comme Bailey, à devenir adulte trop rapidement.

Et si le lien qui unit Bailey à Bird paraît de prime abord un peu trop schématique (la liberté contre l’enfermement), il trouble de manière bien plus surprenante les frontières entre le passé et le présent, entre le monde des hommes et le monde des animaux, accompagnant l’acceptation progressive de la jeune héroïne par elle-même et par ses proches.

Il y a une beauté bouleversante à voir des êtres qui ont passé la majorité du film à se heurter, à se confronter, pouvoir se serrer l’un contre l’autre dans une étreinte qui apparaît comme le geste d’humanité le plus essentiel à "Bird". Geste qu’Andrea Arnold parvient à filmer avec une grâce absolue.

Note: 5/5

Le cinéma suisse à l'honneur

La conseillère fédérale Elisabeth Baume-Schneider a monté les marches

La conseillère fédérale Elisabeth Baume-Schneider, accompagnée d'une délégation suisse, a foulé jeudi soir le tapis rouge du Festival de Cannes. Cet honneur est dû au fait que le Marché du Film, qui se tient en marge de l'événement, est dédié cette année à la Suisse.

Elizabeth Baume-Schneider lors de sa montée des marches à Cannes. [KEYSTONE - SEBASTIEN NOGIER]
Elisabeth Baume-Schneider lors de sa montée des marches à Cannes. [KEYSTONE - SEBASTIEN NOGIER]

Elisabeth Baume-Schneider, portant une longue robe bleue, une tenue élégante, comme l'exige le "dress code" du Festival de Cannes, a monté les marches recouvertes d'un tapis rouge menant au Palais des Festivals peu après 18h00. Elle était accompagnée d'une dizaine de personnes, dont la directrice de l'Office fédéral de la culture (OFC) Carine Bachmann et le directeur général de la SSR Gilles Marchand.

>> >> A voir dans la Matinale, l'interview de Carine Bachmann, directrice de l'Office fédéral de la culture (OFC) :

L'invitée de La Matinale (vidéo) - Carine Bachmann, directrice de l’Office fédéral de la culture
L'invitée de La Matinale (vidéo) - Carine Bachmann, directrice de l’Office fédéral de la culture / L'invité-e de La Matinale (en vidéo) / 13 min. / hier à 07:35

La délégation comprenait aussi la comédienne zurichoise Deleila Piasko, qui joue dans le court-métrage allemand "Immaculata" de Kim Lêa Sakkal, projeté dans le cadre de la Quinzaine des Cinéastes.

La Jurassienne a eu cet honneur le même jour que le réalisateur Francis Ford Coppola, dont le dernier film "Megalopolis" est très attendu sur la Croisette. La délégation suisse le découvrira le soir même, comme les autres chanceux présents sur la Côte d'Azur.

La Suisse est cette année le pays invité d'honneur du Marché du film de Cannes, qui se tient en marge du festival. Une importante délégation de cinéastes, de producteurs, de diffuseurs et de représentants d'institutions suisses a fait le déplacement, soit près de 300 personnes, selon l'agence de promotion Swiss Films.

>> A lire aussi : Le Valaisan Claude Barras va présenter son dernier film "Sauvages" à Cannes

En plus de sa présence marquée au Marché du film, la Suisse compte quatre films suisses retenus dans la sélection officielle du festival. Il s'agit de "Sauvages" de Claude Barras, du "Procès du chien" de Laetitia Dosch, de "The Shameless" de Konstantin Bojanov et de "Las novias del sur" d'Elena Lopez Riera.

La dernière œuvre de Jean-Luc Godard, "Scénarios", qu'il a achevée la veille de sa mort à Rolle (VD), sur le lac Léman, sera également présentée dans le cadre de Cannes Classics. Godard a également décrit son travail sur le projet dans un film de 34 minutes.

"Furiosa: une saga Mad Max" de George Miller - Hors compétition

La critique de Rafael Wolf

Préquelle et spin-off au définitif "Mad Max: Fury Road" sorti en 2015, "Furiosa" se focalise, comme son titre l'indique, sur le personnage autrefois incarné par Charlize Theron. Anya Taylor-Joy hérite du rôle, même si le film passe près d'une heure à explorer la prime jeunesse de son héroïne.

Le récit débute au moment où Furiosa, encore enfant, est enlevée par une horde de motards à la solde du cruel Dementus (Chris Hemsworth). Après avoir tenté de la sauver, sa mère est tuée par le chef de guerre qui élève Furiosa en espérant qu'il lui révèle l'endroit exact de sa terre d'origine, paradis caché au milieu du désert. Plus tard, l'armée de Dementus découvre la Citadelle, dirigée par Immortan Joe et ses "Wars Boys", et les deux tyrans passent un accord pour éviter de s'entretuer.

Guidée par son obsession vengeresse, Furiosa grandit et travaille désormais pour Immortan Joe, conduisant, avec un routier mystérieux du nom de Jack, une citerne pour convoyer les marchandises entre quatre cités qui produisent respectivement l'eau, les vivres, le pétrole et les munitions.

S'achevant au moment précis où démarrait "Fury Road", "Furiosa" nous emporte une nouvelle fois dans le cyclone vertigineux d'un blockbuster d'action d'une générosité et d'une puissance cinématographique de plus en plus rares. Moins trépidant que son prédécesseur, qui se résumait pour ainsi dire à une course-poursuite sidérante de près de deux heures, ce nouveau volet puise sa singularité dans son caractère tentaculaire, déployant au fur et à mesure une mythologie ample et passionnante qui rejoint l'envergure légendaire d'un "Mad Max 2".

Si l'on retrouve la Citadelle et Immortan Joe déjà vus dans "Fury Road", "Furiosa" s'attache à explorer plus en profondeur la zone post-apocalyptique de la Désolation, s'amourache à raison du méchant XXL de son histoire, l'excessif Dementus, sorte de Ben-Hur tyrannique et belliqueux, développe une possible romance entre Furiosa et Jack, cousin éloigné de Max, au cœur d'un film qui pose une humanité invariablement poussée vers la guerre et impose une figure féminine qui trouve dans une vengeance inattendue un retour émouvant à son enfance.

On sort de ce "Furiosa" les rétines et les oreilles essorées, heureux d'avoir été témoin de cette nouvelle leçon de cinéma de George Miller.

Note: 4/5

"La jeune femme à l'aiguille" de Magnus von Horn

La critique de Rafael Wolf

Copenhague, 1918. Jeune ouvrière, Karoline est expulsée de son appartement alors que son mari, parti à la guerre, est supposé mort. Le patron de l'usine qui l'emploie s'amourache d'elle et la met enceinte. Mais après lui avoir promis de l'épouser, son amant la délaisse. Le mari de Karoline réapparaît soudain, gueule cassée de la Grande Guerre, au moment où Karoline accouche d'une fillette qu'elle se résout à abandonner à la directrice d'une agence d'adoption clandestine où elle accepte un rôle de nourrice.

Une image du film "La jeune femme à l'aiguille" de Magnus von Horn, avec Trine Dyrholm. [Festival de Cannes]
Une image du film "La jeune femme à l'aiguille" de Magnus von Horn, avec Trine Dyrholm. [Festival de Cannes]

Inspiré de l'histoire vraie la plus controversée de l'histoire du Danemark, "La jeune femme à l'aiguille" épouse la lutte permanente pour survivre de son héroïne tragique. Dans un noir et blanc ciselé, en format carré, le film bifurque à plusieurs reprises, empruntant des pistes narratives avortées qui ne font que renforcer le sentiment d'impasse qu'éprouve Karoline.

Mais si l'on peut admirer l'élégance de la mise en scène, le ton outrancièrement pesant et l'insistance sur le sordide qui accable l'héroïne nous mettent à distance. Quant à la récurrence du thème de la monstruosité, repris à la fois par le mari au visage déformé de Karoline que par les actes que commettent certaines personnes prisonnières d'une existence misérable, elle ne débouche que sporadiquement sur une vision plus large d'une société qui ne réservait aux femmes qu'un sombre destin.

Note: 2/5

"Diamant brut" d'Agathe Riedinger

La critique de Rafael Wolf

Liane, 19 ans, vit avec sa mère démissionnaire et sa petite sœur à Fréjus. Obsédée par son apparence et par le besoin de devenir célèbre, elle nourrit son compte Instagram de vidéos aguichantes dans l'espoir de devenir une influenceuse admirée. Repérée par une productrice d'une émission de télé-réalité, elle est convoquée à un casting et en sort convaincue d'avoir été choisie. Dès lors, elle se voit déjà promise à un avenir de rêve.

Une image du film "Diamant brut" d'Agathe Riedinger. [Silex Films]
Une image du film "Diamant brut" d'Agathe Riedinger. [Silex Films]

Premier long métrage issu d'un court déjà réalisé par Agathe Riedinger, "Diamant brut" vaut avant tout par la performance très naturelle de sa comédienne débutante Malou Khebizi, une mise en scène organique qui colle à son héroïne sans jamais la surplomber et une esthétique réaliste que des lumières trop blanches rendent légèrement onirique.

Mais si ce récit initiatique d'une cagole ultra-connectée se veut en phase avec son époque, il en oublie de creuser au-delà du superficiel et de la vulgarité pour permettre au public de s'émouvoir d'un personnage pour lequel on ne ressent, en l'état, qu'une relative indifférence, sinon un vrai rejet.

La relation tendue avec cette mère irresponsable, la romance sans avenir avec un jeune cabossé de la vie, la petite sœur qui se comporte déjà comme Liane et le groupe d'amies qui entoure l'héroïne ne parviennent pas à donner de la substance à un film un peu schématique.

Note: 3/5

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Montée des marches du mercredi 15 mai

Briser le silence sur les violences sexuelles

"Moi aussi", le court métrage très attendu de Judith Godrèche

Cinq mois après sa prise de parole marquante, en France, l'actrice-réalisatrice Judith Godrèche, qui a accusé de viols les deux figures du cinéma d'auteur Benoît Jacquot et Jacques Doillon, a présenté sur la Croisette mercredi soir, en ouverture de la section Un certain regard, "Moi aussi". Un court métrage de 17 minutes pour lequel elle a rassemblé à Paris près de 800 personnes, des anonymes toutes concernées par des violences sexistes et sexuelles.

Avant la projection sur la Croisette, l'actrice devenue réalisatrice de 52 ans, et les membres de son équipe, sur les marches, ont croisé leurs mains devant leur bouche, symbole du silence imposé aux victimes de violences sexuelles.

Judith Godrèche, réalisatrice du court métrage "Moi aussi" (au centre) et les membres de son équipe, sur les marches, ont croisé leurs mains devant leur bouche, symbole du silence imposé aux victimes de violences sexuelles. [KEYSTONE - VIANNEY LE CAER]
Judith Godrèche, réalisatrice du court métrage "Moi aussi" (au centre) et les membres de son équipe, sur les marches, ont croisé leurs mains devant leur bouche, symbole du silence imposé aux victimes de violences sexuelles. [KEYSTONE - VIANNEY LE CAER]

La comédienne a tourné ce court-métrage pour "redonner un visage" à un millier de victimes. "C'est un projet qui est assez incroyable", confirme à l'AFP sa fille, l'actrice Tess Barthélémy. "Je suis entourée de 1000 participants et participantes qui ont envoyé des courriels à ma mère, à propos des agressions qu'elle avait vécues, et pas du tout que dans le monde du cinéma".

Lors de cette première projection a laquelle a assisté Anne Fournier, envoyée spéciale pour la RTS, un mot revenait sur toutes les lèvres: "sororité".

>> A écouter, reportage réalisé lors de la projection du court métrage "Moi aussi" de Judith Godrèche :

Projection du film de Judith Godrèche au festival de Cannes. [EPA/Keystone - GUILLAUME HORCAJUELO]EPA/Keystone - GUILLAUME HORCAJUELO
Festival de Cannes: projection du film de Judith Godrèche sur les violences sexistes et sexuelles / Le 12h30 / 2 min. / jeudi à 12:41
L'affiche du court métrage "Moi aussi" de Judith Godrèche. [Maneki Films]
L'affiche du court métrage "Moi aussi" de Judith Godrèche. [Maneki Films]

"Comment transformer la honte ? Pas en fierté, personne n'est fier de s'être fait abuser sexuellement. Mais partager quelque chose dont on pourrait toutes et tous se dire : 'On a fait ça ensemble et on peut en être fier'", analysait récemment Judith Godrèche.

Le mouvement #MeToo alimente les discussions du Festival de Cannes. "Nous continuons à débattre de ces questions ensemble notamment la question ou nous voulons qu'aille le cinéma. Il y a énormément de changements aux Etats-Unis", a commenté devant la presse Greta Gerwig, réalisatrice et présidente du jury.

"La parole a été ouverte il y a quelques années", a dit en conférence de presse l'acteur Omar Sy ("Lupin"), membre du jury, qui se félicite qu'il y ait "de plus en plus de femmes qui ont le courage de dire les choses" dans une "industrie du cinéma très visible".

>> Voir aussi le sujet du 19h30 :

Judith Godrèche présentait hier à Cannes son court-métrage «Moi aussi» qui donne la parole aux victimes de violences sexuelles
Judith Godrèche présentait hier à Cannes son court-métrage «Moi aussi» qui donne la parole aux victimes de violences sexuelles / 19h30 / 2 min. / hier à 19:30

"Le deuxième acte" de Quentin Dupieux

Critique du film d'ouverture (hors compétition)

Moins d’un an après les sorties de "Yannick" et de "Daaaaaali!", le prolifique Quentin Dupieux a présenté mardi son nouveau film en ouverture cannoise. L’histoire relève du pur prétexte. Florence s’apprête à présenter David, l’homme de sa vie, à son père Guillaume. Sauf que David n’a que faire de Florence et invite à la rencontre un ami, Willy, supposé séduire cette dernière. Le quatuor se rejoint autour d’une table dans un restaurant baptisé "Le deuxième acte", avec un figurant-serveur incapable de verser correctement du vin dans leur verre.

Léa Seydoux et Vincent Lindon dans le film "Le deuxième acte" de Quentin Dupieux. [Chi-Fou-Mi Productions - Arte France Cinéma]
Léa Seydoux et Vincent Lindon dans le film "Le deuxième acte" de Quentin Dupieux. [Chi-Fou-Mi Productions - Arte France Cinéma]

Sur la base de ce marivaudage volontairement calamiteux, Dupieux opère une mise en abyme hilarante en filmant ses acteurs et actrices qui, en pleine scène, sortent soudain de leur rôle pour livrer leurs états d’âme. Pestant contre l’inutilité du cinéma face à un monde au bord du gouffre, Vincent Lindon trépigne lorsqu’un appel téléphonique lui annonce qu’il jouera dans le prochain film de Paul Thomas Anderson. Léa Seydoux ne cherche qu’à faire son métier sans se poser trop de questions alors que Louis Garrel ne supporte pas les remarques politiquement incorrectes de Raphaël Quenard.

Conscient d’être exhibé au regard et aux oreilles de nous, spectateurs d’un film écrit et mis en scène par une intelligence artificielle, le quatuor bourré d’autodérision se jette à corps perdu dans une satire sur le métier d’acteur et ses vanités, parsemée de clins d’œil ironiques à l’époque. Derrière l’humour en apparence absurde se profile un portrait plus désenchanté sur le septième art, comme le résume Léa Seydoux: "C’est pour ça que c’est cool, le cinéma: ça ne sert à rien!"

Rafael Wolf

Note: 4/5

Le film est également à voir dès le 15 mai 2024 sur les écrans romands.

>> A voir également, ouverture du Festival de Cannes avec "Le deuxième acte", du réalisateur français Quentin Dupieux :

Ouverture du Festival de Cannes avec "Le Deuxième Acte", du réalisateur français Quentin Dupieux
Ouverture du Festival de Cannes avec "Le Deuxième Acte", du réalisateur français Quentin Dupieux / 19h30 / 2 min. / mardi à 19:30

Cérémonie d'ouverture

Un coup d'envoi au féminin

Le 77e Festival de Cannes s'est ouvert mardi soir lors d'une cérémonie avec la volonté affichée de faire une place au mouvement #MeToo qui n'a pas fini de balayer le monde du cinéma. Camille Cottin aux manettes, Meryl Streep à l'honneur et Juliette Binoche lui remettant une Palme d'or. Le casting de cette cérémonie était très féminin.

L'actrice américaine Meryl Streep (à droite) et l'actrice française Juilette Binoche lors de la cérémonie d'ouverture. [AFP - CHRISTOPHE SIMON]
L'actrice américaine Meryl Streep (à droite) et l'actrice française Juilette Binoche lors de la cérémonie d'ouverture. [AFP - CHRISTOPHE SIMON]

Sur la même Croisette où l'ancien producteur Harvey Weinstein, dont la chute a marqué il y a sept ans le début de #MeToo, est accusé d'avoir commis certaines de ses agressions, Camille Cottin, la maîtresse de cérémonie, a entériné le changement d'époque.

Les rendez-vous professionnels nocturnes dans des chambres d'hôtel des messieurs tout puissants ne font plus partie des us et coutumes du vortex cannois

Camille Cottin, actrice et présentatrice de la cérémonie d'ouverture
Camille Cottin, actrice et présentatrice de la cérémonie d'ouverture [AFP - CHRISTOPHE SIMON]
Camille Cottin, actrice et présentatrice de la cérémonie d'ouverture [AFP - CHRISTOPHE SIMON]

Cette cérémonie a succédé à la traditionnelle montée des marches, gravies, entre autres par les membres du jury dont la présidente Greta Gerwig, Omar Sy, Eva Green et Lily Gladstone, mais aussi la star Jane Fonda, icône de l'Amérique contestataire des années 1970, ou le chien Messi, star de la Palme d'or de l'an dernier, "Anatomie d'une chute".

Sans compter le casting du film d'ouverture, "Le deuxième acte", qui est sorti en même temps en salles: Léa Seydoux, Louis Garrel, Vincent Lindon et Raphäel Quenard. Quentin Dupieux les a réunis pour une comédie sur le cinéma qui appuie là où ça fait mal, du politiquement correct à la menace de l'intelligence artificielle.

Quant à la compétition, elle démarre ce mercredi avec "Diamant Brut", un premier film d'une Française Agathe Riedinger. C'est la première des deux-deux cinéastes, et des seulement quatre réalisatrices, en lice pour succéder à "Anatomie d'une chute" de Justine Triet.

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Montée des marches du mardi 14 mai

Une Palme d'honneur pour Meryl Streep

Une carrière entamée en 1977

La légende d'Hollywood Meryl Streep a reçu lors de la cérémonie d'ouverture une Palme d'or d'honneur qui immortalise sa "place indélébile dans l'histoire du cinéma".

"Tu as changé notre façon de voir les femmes dans le monde du cinéma (...) tu nous as donné une nouvelle image de nous-mêmes", a déclaré sans pouvoir retenir ses larmes l'actrice Juliette Binoche avant de remettre à Meryl Streep la palme honorifique.

>> A voir, l’actrice américaine Meryl Streep a reçu la Palme d'Or d'honneur lors de la soirée d'ouverture du Festival de Cannes :

L’actrice américaine Meryl Streep a reçu la Palme d'Or d'honneur hier lors de la soirée d'ouverture du Festival de Cannes
L’actrice américaine Meryl Streep a reçu la Palme d'Or d'honneur lors de la soirée d'ouverture du Festival de Cannes / 19h30 / 2 min. / mercredi à 19:30

"The Queen Meryl", 74 ans, a déjà récolté presque toutes les distinctions, dont un record de 21 nominations aux Oscars et 3 statuettes dorées, mais n'était pas venue à Cannes depuis 35 ans.

"Je suis juste si heureuse que vous ne vous soyez pas lassés de ma pomme", a lâché l'actrice, émue derrière ses lunettes et habillée d'une robe drapée ivoire.

Cette Palme vient récompenser la carrière entamée en 1977 de l'actrice dans "Julia", suivi de "Kramer contre Kramer" - son premier Oscar (1979). Aussi à l'aise dans le mélo - "La maîtresse du lieutenant français" (1981) - elle est inoubliable en rescapée de la Shoah dans "Le Choix de Sophie" (2e Oscar) et en Karen Blixen dans "Out of Africa" (1985). C'est d'ailleurs sur la musique du film de Sydney Pollack qu'elle a fait son entrée sur scène.

La vague #MeToo dans tous les esprits

Une ouverture dans un contexte délicat

Sept ans après la chute du producteur américain Harvey Weinstein et cinq mois après la prise de parole de Judith Godrèche en France, le sujet des violences sexuelles est présent dans toutes les têtes. La comédienne, qui a accusé les réalisateurs français Benoît Jacquot et Jacques Doillon de viols dans son adolescence, présentera mercredi un court métrage nommé "Moi aussi" et réalisé en hommage aux victimes.

>> A lire aussi : Judith Godrèche présentera un court métrage sur les violences sexuelles à Cannes

Un temps fort, au moment où cent personnalités, dont de nombreuses actrices (Isabelle Adjani, Emmanuelle Béart, Juliette Binoche...) appellent à une loi intégrale contre les violences sexuelles en France.

"Nos prises de parole #Metoo ont révélé une réalité plongée dans le déni: les violences sexistes et sexuelles sont systémiques, pas exceptionnelles. Pour autant (...) qui nous écoute vraiment?", peut-on lire mardi 14 mai dans la tribune publiée sur le site du journal Le Monde.

>> Les explications de Julie Evard dans le 19h30 :

La 77e édition du célèbre Festival de Cannes a débuté aujourd'hui, avec le mouvement #MeToo dans les esprits. Le point sur place avec Julie Evard
La 77e édition du célèbre Festival de Cannes a débuté aujourd'hui, avec le mouvement #MeToo dans les esprits. Le point sur place avec Julie Evard / 19h30 / 1 min. / mardi à 19:30

>> A lire également : Cent personnalités françaises réclament une loi intégrale contre les violences sexuelles

Un producteur français accusé de viol

Si aucune des personnalités invitées n'a fait l'objet de mises en cause publiques, neuf femmes ont accusé, la plupart anonymement, le producteur français Alain Sarde, qui a produit des films de Bertrand Tavernier ou Jean-Luc Godard, de les avoir violées ou agressées sexuellement, révélait le magazine Elle lundi 13 mai.

Le Festival de Cannes tout comme le site d'investigation Mediapart ont en revanche démenti les rumeurs persistantes d'une "liste" de personnalités du cinéma mises en cause pour ce type de faits.

>> A écouter, #MeToo agite la 77e édition du Festival de Cannes :

#MeToo agite la 77ème édition du festival de Cannes
#MeToo agite la 77ème édition du Festival de Cannes / Forum / 2 min. / mardi à 18:00

Une brochette de stars

Sous le signe des parrains d'Hollywood

Toutes les générations du monde du cinéma se retrouvent jusqu'au 25 mai sur la Croisette de Cannes, pour une édition marquée une nouvelle fois par une forte présente de l'industrie hollywoodienne.

L'un des événements les plus attendus est la présentation en compétition de "Megalopolis", de Francis Ford Coppola. Ce long métrage avec Adam Driver, dont une première bande-annonce a été dévoilée samedi, s'annonce comme une oeuvre de science-fiction à l'ambition folle, film testamentaire en gestation depuis quarante ans et qui a englouti une partie de la fortune du parrain du cinéma.

Coppola côtoiera d'autres représentants des plus grandes heures du cinéma américain comme George Lucas, le créateur de "Star Wars", qui recevra une Palme d'or d'honneur le 25 mai.

La relève

La jeune garde d'Hollywood est également attendue: Barry Keoghan et Jacob Elordi, tous deux remarqués dans "Saltburn", chacun dans un film en compétition, ou Margaret Qualley. Côté grand spectacle, George Miller fera rugir hors compétition les moteurs de "Mad Max" avec "Furiosa", préquel de sa série de films post-apocalyptiques.

Fictions et actualité

Comme souvent, la Croisette résonnera avec l'actualité mondiale. Notamment en compétition, une fiction sur le jeune Donald Trump ("The Apprentice") et l'adaptation de "Limonov" de l'écrivain français Emmanuel Carrère, signée du cinéaste russe en exil Kirill Serebrennikov. En passant par la venue de l'Iranien Mohammed Rasoulof, en lice pour la Palme mais régulièrement empêché de voyager par le régime des mollahs.

Le jury 2024

La réalisatrice Greta Gerwig présidente du jury

Quatre hommes et quatre femmes officient cette année sous la présidence de la réalisatrice Greta Gerwig, devenue reine du box-office avec "Barbie" l'an dernier. A 40 ans, elle est la plus jeune présidente depuis Sofia Loren en 1966.

>> Portrait de Greta Gerwing, présidente du jury et réalisatrice de "Barbie" :

Le 77ème Festival de Cannes démarre mardi soir. Portrait de Greta Gerwig, présidente du jury et réalisatrice de «Barbie »
Le 77ème Festival de Cannes démarre mardi soir. Portrait de Greta Gerwig, présidente du jury et réalisatrice de «Barbie » / 12h45 / 2 min. / mardi à 12:45

Dans son jury est présent Omar Sy, 46 ans. L'acteur français franchit une nouvelle marche dans une carrière exceptionnelle depuis ses premiers pas dans l'humour potache ("Omar et Fred") jusqu'à son début de carrière à Hollywood, comme acteur et producteur, en passant par ses succès populaires en France ("Intouchables").

Le jury du 77e Festival de Cannes présidé par Greta Gerwig (au centre). De haut en bas et de gauche à droite: Nadine Labaki, Juan Antonio Bayona, Lily Gladstone, Pierfrancesco Favino, Eva Green, Omar Sy, Ebru Ceylan et Hirokazu Kore-Eda.
Le jury du 77e Festival de Cannes présidé par Greta Gerwig (au centre). De haut en bas et de gauche à droite: Nadine Labaki, Juan Antonio Bayona, Lily Gladstone, Pierfrancesco Favino, Eva Green, Omar Sy, Ebru Ceylan et Hirokazu Kore-Eda.

>> A lire aussi : Omar Sy dans le jury du 77e Festival de Cannes présidé par Greta Gerwig

Un an après avoir foulé le tapis rouge pour "Killers of the Flower Moon" de Martin Scorsese, rôle pour lequel elle a été nommée aux Oscars, l'actrice Lily Gladstone, issue d'un peuple amérindien, a rejoint elle aussi le jury, dont elle est à 37 ans la benjamine.

S'ajoutent à cette liste l'actrice française Eva Green, l'acteur italien Pierfrancesco Favino ("Le traître"), le réalisateur japonais Hirokazu Kore-eda, Palme d'Or en 2018 pour "Une affaire de famille", le cinéaste espagnol Juan Antonio Bayona ("Le cercle des neiges", sorti en France sur Netflix), la réalisatrice libanaise Nadine Labaki et la scénariste et photographe turque Ebru Ceylan.

Quatre films suisses en sélection officielle

Claude Barras et Laetitia Dosch sur la Croisette

Quatre films suisses ont été retenus dans la sélection officielle du Festival de Cannes. Il s'agit de "Sauvages" de Claude Barras, "Le procès du chien" de Laetitia Dosch, "The Shameless" de Konstantin Bojanov et "Las Novias del Sur" d'Elena Lopez Riera.

Comme "Ma vie de courgette" en 2016, le réalisateur valaisan Claude Barras projettera pour la première fois en public son nouveau film au Festival de Cannes. Fable écologique qui se déroule à Bornéo, "Sauvages" sera dévoilé lors d'une séance spéciale jeune public.

>> A lire aussi : Le Valaisan Claude Barras va présenter son dernier film "Sauvages" à Cannes

Dans son premier long métrage "Le procès du chien", l'actrice et réalisatrice franco-suisse Laetitia Dosch incarne l'avocate Avril, qui se retrouve à défendre un chien. Le film, retenu dans la section "Un certain regard", est coproduit entre autres par Lionel Baier (de la société Bande à part Films), la RTS, la SSR et France 2.

Laetitia Dosch dans son film "Le procès du chien". [Bande à Part Films]
Laetitia Dosch dans son film "Le procès du chien". [Bande à Part Films]

Le dernier long métrage du réalisateur bulgare Konstantin Bojanov, "The Shameless", coproduit par la société genevoise Akka Films et la RTS, emmène le spectateur en Inde où il raconte une histoire de prostitution et d'amour interdit. Ce film est lui aussi sélectionné dans la section "Un certain regard".

Enfin, la coproduction hispano-suisse "Las Novias del Sur" ("Les fiancées du sud") a pour sa part été retenu pour la Semaine internationale de la critique. La réalisatrice Elena Lopez Riera, de nationalité suisse et espagnole, fait parler des femmes d'un âge déjà mûr de leur mariage, de leur première fois et de leur rapport à la sexualité. Et s'interroge sur sa propre absence de mariage et d'enfants.

La Suisse, invitée d'honneur du Marché du film

Une vitrine pour la production audiovisuelle helvétique

La Suisse est l'invitée d'honneur du Marché du film du 77e Festival de Cannes, qui se tient du 14 au 22 mai. Une série de conférences est animée par des représentants de l'industrie cinématographique suisse émanant du Festival de Locarno, de la Cinémathèque Suisse ou encore du Festival du film de Zurich. 

>> A écouter, Andreas Bühlmann, responsable chez Swiss Films :

La Suisse, invitée d’honneur au festival de Cannes: interview d’Andreas Bühlmann
La Suisse, invitée d’honneur au festival de Cannes: interview d’Andreas Bühlmann, responsable chez Swiss Films / Forum / 3 min. / mardi à 18:00

>> A écouter, Max Karli, co-président des producteurs et productrices romands et associé chez Rita Production détaille les enjeux autour de l'événement :

Le marché du film, en marge du Festival de Cannes. [Festival de Cannes - Mathilde Gardel]Festival de Cannes - Mathilde Gardel
La Suisse, invitée d'honneur du Marché du film au Festival de Cannes / La Matinale / 1 min. / mardi à 06:33

La conseillère fédérale Elisabeth Baume-Schneider montera les marches mythiques jeudi 16 mai devant un parterre de photographes en smoking.

>> A lire aussi : L'industrie cinématographique suisse sera mise à l'honneur à Cannes en 2024

Les films en compétition

Vingt-deux films sont en lice pour la Palme d'or

"The Apprentice" d'Ali Abbasi:

Après "Border" et "Les nuits de Mashhad", le réalisateur danois d'origine iranienne se penche sur les jeunes années de Donald Trump, bâtissant un empire immobilier dans les années 1970-80.

"Motel Destino" de Karim Aïnouz:

A l'affiche avec "Le jeu de la reine", en compétition l'an dernier à Cannes, le Brésilien est parti dans le Nordeste pour tourner une "comédie sexuelle" centrée sur le désir.

"Bird" d'Andrea Arnold:

Double actualité pour la cinéaste britannique. Réputée pour dynamiter les films sociaux, elle recevra le Carrosse d'or, sacrant chaque année à Cannes un réalisateur/réalisatrice faisant preuve d'audace et d'innovation. Et Andrea Arnold présentera son nouvel opus porté par le duo Barry Keoghan et Franz Rogowski.

"Emilia Perez" de Jacques Audiard:

Palme d'or en 2015, le Français revient avec un film au croisement du polar et de la comédie musicale sur fond de narcotrafic au Mexique, avec un casting cinq étoiles porté par Selena Gomez et Zoe Saldaña.

"Anora" de Sean Baker:

Figure du cinéma indépendant, le réalisateur américain de "The Florida Project" suit le parcours d'une travailleuse du sexe entre New York et Las Vegas.

"Megalopolis" de Francis Ford Coppola:

Les épithètes manquent pour ce film, peut-être le plus attendu de la compétition, au budget de 100 millions de dollars, autour de la destruction et reconstruction d'une mégalopole. Avec Adam Driver.

"Les linceuls" de David Cronenberg:

Le roi du gore viscéral imagine un système permettant aux vivants de se connecter à leurs disparus dans un film sur la perte des êtres chers, avec Vincent Cassel et Diane Kruger.

"The Substance" de Coralie Fargeat:

La Française qui avait réalisé le bien nommé "Revenge" en 2018 orchestre le retour au premier plan de Demi Moore pour un film gore assumé, avec beaucoup de sang sur l'écran, nous promet-on.

"Grand tour" de Miguel Gomes:

Le Portugais, réalisateur de "Tabou" en 2012, imagine un fonctionnaire britannique installé en Birmanie en 1917, délaissant sa fiancée pour partir faire un "grand tour" de l'Asie.

"Marcello Mio" de Christophe Honoré:

Marcello Mastroianni (disparu en 1996, dont on fête le 100e anniversaire de la naissance cette année) évoqué à travers sa fille Chiara, aux côtés de sa mère Catherine Deneuve et de ses proches, Benjamin Biolay et Melvil Poupaud.

"Caught By The Tides" de Jia Zhang-Ke:

Le maître chinois livre une épopée filmique inédite qui traverse tous ses films et vingt-cinq ans d'histoire d'un pays en pleine mutation, avec sa muse et épouse à la ville, Zhao Tao.

"All We Imagine As Light" de Payal Kapadia:

La réalisatrice filme les désirs de deux femmes en Inde, dont une infirmière de Bombay empêtrée dans un mariage arrangé.

"Kind of Kindness" de Yórgos Lanthimos:

Le réalisateur grec retrouve son actrice fétiche Emma Stone, auréolée d'un deuxième Oscar pour "Pauvres créatures". Elle incarne une femme ne revenant pas tout à fait la même d'une disparition en mer.

"L'amour ouf" de Gilles Lellouche:

Après le succès du "Grand bain", présenté hors compétition, l'acteur français conte l'épopée amoureuse d'un couple insubmersible qui se rencontre au lycée, incarné par François Civil et Adèle Exarchopoulos.

"Diamant brut" d'Agathe Riedinger:

Premier film de la Française, sur les rêves et utopies d'une adolescente sous le soleil poussiéreux de Fréjus (sud de la France), perdue dans les méandres des réseaux sociaux.

"Oh Canada" de Paul Schrader:

Uma Thurman et Richard Gere au coeur d'un film adapté d'un livre de Russell Banks. Un célèbre documentariste canadien, condamné par la maladie, accorde une ultime interview à l'un de ses anciens élèves, pour dire enfin toute la vérité sur ce qu'a été sa vie. Une confession filmée sous les yeux de sa dernière épouse.

"Limonov, la ballade d'Eddie" de Kirill Serebrennikov:

Après "La femme de Tchaïkovski", le cinéaste russe en exil s'intéresse à l'écrivain et dissident politique russe Edouard Limonov, incarné par Ben Whishaw dans une adaptation du roman d'Emmanuel Carrère.

"Parthenope" de Paolo Sorrentino:

Le réalisateur de "La Grande Belleza" filme les amours impossibles d'une jeune femme avec, comme décor, Naples, "ville qui ensorcelle, enchante, hurle, rit et peut nous faire mal", selon le synopsis.

"The Girl With The Needle" de Magnus Von Horn:

Un film d'époque sur l'histoire de Dagmar Overbye qui a assassiné des dizaines de nourrissons à Copenhague dans les années 1910 et a été condamnée à la prison à vie. Par le réalisateur suédois de "Sweat" (2020).

"Trois kilomètres jusqu'à la fin du monde" d'Emmanuel Parvu:

Adi, 17 ans, passe l’été dans son village natal niché dans le delta du Danube. Un soir, il est violemment agressé dans la rue. Le lendemain, son monde est entièrement bouleversé. Ses parents ne le regardent plus comme avant et l’apparente quiétude du village commence à se fissurer.

"La plus précieuse des marchandises" de Michel Hazanavicius:

Une première tentative dans le cinéma d'animation pour le réalisateur très éclectique de "The Artist". Adapté d'une pièce de Jean-Claude Grumberg, le film évoque le souvenir de la Shoah et le sort d'un enfant juif qui échappe miraculeusement à la déportation vers le camp d'extermination nazi d'Auschwitz.

"Les graines du figuier sauvage" de Mohammad Rasoulof:

On ne connaît pas exactement l'intrigue de ce film. Réalisé dans le secret et sans autorisation des autorités iraniennes, le film pourrait aborder des thématiques liées à la répression du régime iranien et à la lutte pour la liberté.

Retour sur la précédente édition

"Anatomie d'une chute" de Justine Triet a remporté la Palme d'or 2023

En 2023, c'est la Française Justine Triet qui a remporté la Palme d'or du 76e Festival de Cannes pour "Anatomie d'une chute", devenant la troisième réalisatrice sacrée de l'histoire du Festival. La cinéaste de 44 ans a ainsi succédé à Jane Campion ("La leçon de piano", 1993) et Julia Ducournau ("Titane", 2021), confirmant le lent mouvement vers l'égalité dans une industrie du cinéma historiquement dominée par les hommes.

Justine Triet remporte la Palme d'or du Festival de Cannes pour "Anatomie d'une chute". Elle devient la troisième femme à obtenir cette distinction. [AFP - Christophe Simon]
Justine Triet remporte la Palme d'or du Festival de Cannes pour "Anatomie d'une chute". Elle devient la troisième femme à obtenir cette distinction. [AFP - Christophe Simon]

Le film raconte le procès d'une veuve (Sandra Hüller) accusée aux assises d'avoir tué son mari. L'occasion de disséquer les dynamiques de pouvoir au sein d'un couple d'artistes aisés et d'exposer les préjugés sociaux auxquels se heurtent les femmes indépendantes.

>> A lire, notre dossier RTS Culture consacré au suivi de l'édition 2023 du Festival de Cannes : "Anatomie d'une chute" de Justine Triet décroche la Palme d'or