Modifié le 13 juin 2019 à 14:30

Quand Hitler et Mussolini se donnent rendez-vous sur Twitter

Une image de Benito Mussolini et Adolf Hitler.
Une image de Benito Mussolini et Adolf Hitler. [Ann Ronan - Picture Library / Photo12 / AFP]
Apprendre l'Histoire grâce à Twitter ou Instagram. C'est la motivation d'Alwyn Collinson, qui raconte depuis 2011 la Seconde Guerre mondiale en direct et en continu sur Twitter. Décryptage des forces et faiblesses de ces formats digitaux qui ont le vent en poupe.

Depuis le mois d'août 2011, le jeune historien Alwyn Collinson tweete tous les jours sur la Seconde Guerre mondiale, comme si elle se déroulait actuellement. Pour y parvenir, il suit le déroulement quotidien des événements de l'époque. En ce moment il tweete des informations de l'année 1941.

En français cela donne par exemple, en date du 2 juin: "Hitler et Mussolini se rencontrent au col du Brenner. Les allusions d'Hitler à des projets militaires qu'il aurait pour l'été laissent Mussolini perplexe. Il ne sait rien des plans d'invasion de l'URSS."

Collinson travaille comme Digital Editor pour le Museum of London. Mais c'est sur son temps libre qu'il gère son compte Twitter, Real Time WWII. A ce jour sa page compte plus de 500'000 abonnés et fait parler d'elle dans le monde entier.

De nombreux abonnés commentent ses publication ou viennent y apporter des informations supplémentaires. C'est précisément cela qui fascine Collinson: que les usagers de Twitter ne se contentent pas de lire ses tweets historiques, mais y contribuent. 

Condenser des faits en 280 signes

"Je suis très touché par des gens qui m'écrivent, et dont les parents ou les grands-parents ont vécu la guerre" dit Collinson. "Parfois, ils me racontent des histoires personnelles, ou m'envoient des photos, que je peux ensuite utiliser dans mes tweets. Ce lien personnel est ce qui m'impressionne le plus" ajoute-t-il.

Youtube, Instragram et Twitter hébergent de nombreux projets à visée historique. Leur point commun ? Ils distillent tous l'Histoire petit bout par petit bout.

Ici une photo, là une vidéo, un tweet condense un fait historique en 280 signes. Car on le sait, la durée de l'attention dans le monde digital est réduite. Une nécessité de concision que Collinson considère à la fois comme un avantage, mais aussi comme un gros problème.

>> A écouter, l'émission sur le sujet (en allemand)

 

Risque de banalisation?

"Il existe en effet un risque de donner des explications beaucoup trop simplifiées. Certains mentent et font circuler des informations de propagande ou des récits émotionnels, qui sont inexacts ou sources de malentendus" explique l'historien. "Et sur la toile, ce genre de choses peuvent se propager à une vitesse inouïe. Autrefois les historiens pouvaient mieux maîtriser la nature des informations diffusées".

Faire des raccourcis, sortir les faits de leurs contexte ou les déformer sont les reproches le plus fréquemment adressés à ce genre de projets historiques. Certains sont aussi critiqués pour leur esthétique moderne, qui dédramatiserait trop le tragique des faits historiques.

Une critique à laquelle s'est notamment trouvé confrontée la détentrice du compte Instragram Eva Stories. Le projet se base sur le journal intime de la petite fille juive hongroise Eva Heyman, déportée puis gazée à Auschwitz en 1944. Une jeune actrice y raconte son histoire à la première personne, dans un journal intime-vidéo réalisé avec des moyens conséquents et une mise en scène dramatisée qui évoque certaines productions hollywoodiennes. Selon certains, ce procédé minimiserait la Shoah.

Un reproche de banalisation qu'Alwyn Collinson trouve injustifié. Selon lui, ces projets digitaux permettent de déclencher un intérêt pour l'Histoire, ce qui est déjà un bon début.

>> Lire aussi: Eva.Stories ou comment "storifier" la Shoah sur Instagram

Les historiens ont un devoir de flexibilité

"Ce n'est pas comme si les gens hésitaient entre suivre ces projets ou lire un excellent livre d'Histoire très détaillé. La plupart d'entre eux ne s'y intéresseraient simplement pas" constate l'historien. "Nous devons aller chercher les gens là où ils sont. On ne peut pas faire comme s'ils seraient prêts à étudier l'Histoire même si elle était racontée de façon plus stricte et ennuyeuse."

Alwyn Collinson en a la certitude, les historiens doivent inventer de nouveaux chemins, y compris sur internet, pour rencontrer l'intérêt des gens. Sinon, ils risquent de perdre toute possibilité de transmettre leur savoir historique. 

Katharina Brierly (SRF)/Adaptation web: Manon Pulver

Publié le 13 juin 2019 à 14:23 - Modifié le 13 juin 2019 à 14:30