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"Hanna la Rouge", histoire interactive sur les mouvements sociaux de 1918

Visuel de présentation de l'application "Hanna la Rouge".
Hanna la Rouge Nectar / 27 min. / le 01 novembre 2018
Les documentaristes Anita Hugi et David Dufresne proposent une fiction historique avec "Hanna la Rouge". Une histoire interactive qui immerge les utilisateurs dans les mouvements sociaux de 1918 pour les rendre acteurs, grâce à une application mobile.

"Hanna la Rouge", une application pour téléphone mobile, emploie les codes du récit à choix multiples. Il s'agit d'une fiction à fort contenu documentaire, interactive, qui plonge les utilisateurs, sur téléphone mobile, au cœur des mouvements sociaux. En 1918, en Suisse, en France, en Allemagne ou en Autriche, pays dans lesquels les travailleurs se battent pour la baisse du temps de travail, les assurances sociales et les droits des femmes.

À vous de jouer

"Hanna la Rouge", la fiction interactive d'Anita Hugi et de David Dufresne. "Hanna la Rouge", la fiction interactive d'Anita Hugi et de David Dufresne. [Anja Kofmel] Vous êtes un employé de banque, en 2018, invité à faire du tri dans les archives. Vous y découvrez le journal d’une femme typographe, Hanna, très active en 1918. C’est elle que vous incarnerez lorsque vous plongerez ensuite dans le passé, et déciderez, ou non, de faire changer le cours de l’Histoire. 

Cette fiction historique a été conçue par Anita Hugi, documentariste, et David Dufresne, journaliste et activiste du web, deux passionnés à qui on devait déjà le "Dada Data". Un site web très instructif créé en 2016, en collaboration avec les studios Akufen, pour les 100 ans du mouvement Dada.

Sur les pas de nos acquis sociaux

En 2018, les deux créateurs constatent que les acquis sociaux sont mis à mal. Et que le peuple suisse ignore tout ou presque de son histoire sociale, et en particulier celle de la Grève générale de 1918, durement réprimée par l’armée.

>> A voir la bande annonce de "Hanna la Rouge":

Alors ils se lancent. Deux ans et demi de recherches pour Anita Hugi, et une idée fixe pour David Dufresne: il leur faut une forme actuelle, intime, personnelle. Pour faire vivre de façon très impliquée - aux connectés que nous sommes - les événements qui ont mobilisé les travailleurs du siècle dernier. Cette forme, ce sera l’interactivité, sur téléphone portable. Pour suppléer au manque d’images (il y a bien quelques photos, mais elles ont été prises par l’armée), ils font appel à une dessinatrice et cinéaste d’animation de talent Anja Kofmel. Elle est notamment l'auteure du très remarqué "Chris the Swiss".

"Hanna la Rouge", la fiction interactive d'Anita Hugi et de David Dufresne.
"Hanna la Rouge", la fiction interactive d'Anita Hugi et de David Dufresne. [Anja Kofmel]

>> L'application est disponible sur AppStore et sur GooglePlay.

Entretien avec la dessinatrice Anja Kofmel

Anja Kofmel, connaissiez-vous l’histoire des mouvements sociaux de 1918 ? Est-ce qu’ils signifient quelque chose de particulier pour vous?

En fait, avant de prendre connaissance du projet d’Anita et de David, je ne savais pas grand-chose de ces mouvements en Suisse. A l’école, on nous parlait de la Russie et de la Révolution Russe, d’autres moments révolutionnaires en Europe, mais je ne savais rien de la Grève générale, et des revendications des travailleurs et travailleuses suisses. Le sujet m’a passionnée.

Etait-ce important pour vous que le récit, cette fiction interactive historique, soit incarnée par une femme?

Oui, c’est important. Parce la Suisse est l’un des derniers pays qui a reconnu aux femmes le droit de voter. Pourtant, en Suisse comme en Europe, le tournant du siècle a marqué le début de la lutte des femmes et leur engagement dans les mouvements sociaux du moment.

Hanna est donc une femme typographe de 30-40 ans, et c’est à travers elle qu’on plonge dans le passé. J’ai trouvé cette perspective subjective très intéressante.

Illustration de "Hanna la Rouge", la fiction interactive d'Anita Hugi et de David Dufresne. Illustration de "Hanna la Rouge", la fiction interactive d'Anita Hugi et de David Dufresne. [Anja Kofmel] Quelles ont été vos sources d’inspiration pour le personnage de Hanna et pour les individus qu’elle rencontre, les lieux et les villes qu’elle traverse?

J’ai dû me plonger dans les archives de l’époque, m’appuyer sur les photos pour découvrir la mode du moment, dans les milieux ouvriers en  particulier. Il fallait trouver l’esprit de cette période.

Les textes d’Anita et David m’ont beaucoup aidé. Tout tient, dans ce jeu-fiction historique, à la combinaison entre le texte et les images. On ne voit pas Hanna vivre les événements. Son point de vue, ses émotions nous sont données par le texte, en fonction des choix du joueur.

Vous venez de finir votre film d’animation "Chris the Swiss", un film en 16:9… Et pour ce projet, on vous a demandé des dessins dans un format carré, pour un tout petit écran. Ca change la donne.

Oui, ça a été un véritable défi! Depuis mes études, j’ai toujours travaillé en 16:9. Alors j’ai dû trouver un autre angle. Dans les films, vous travaillez toujours avec des mouvements gauche-droite. Ici, dans Hanna la Rouge, il y a plus de perspectives vues d’avion. Le champ de vision est plus proche de la vision subjective du joueur. Parfois, il s’agissait simplement de créer le mouvement en animant le ciel, pour donner vie à la scène.

Qu’avez-vous appris de cette aventure?

Je suis ravie d’avoir fait cette expérience. Je pense qu’il est important d’essayer et de tester d’autres formes, y compris pour le mobile. De trouver d’autres modalités de narration. J’ai beaucoup apprécié de travailler avec l’équipe des développeurs d’Akufen, et avec Anita et David, c’était très inspirant. Pourquoi ne pas renouveler l’expérience pour un autre sujet, avec la même équipe?

Martine Béguin\la

"Hanna la Rouge" au GIFF du 7 au 10 novembre 2018.

Publié samedi à 11:55 - Modifié hier à 12:37

 "HANNA la ROUGE", plus qu’un logo

Selon les studios Akufen:

"La signature d’Hanna la Rouge incarne la révolte de l’époque et le personnage d’Hanna en lui-même. Le traitement graphique imparfait rappelle les méthodes d’impression du début du 20ème siècle; il est aussi intimement lié au métier d’Hanna, typographe dans une imprimerie. Du coup, le mot HANNA est présenté tel un grand titre de journal.

Le logo est composé de 7 polices de caractères différentes: cet assemblage dynamise la signature et lui donne une touche plus humaine.
Le mouvement Dada fut une autre inspiration importante durant la conception de la signature, les œuvres dada étant typographiquement riches, expressives et en effervescence à la même période.
Le trait rouge enfin, de par sa force, évoque le mouvement de contestation et rappelle le rouge présent dans les illustrations dessinées par Anja Kofmel."