Un rhinocéros delémontain

Représentation d'artiste de Molassitherium delemontense, un rhinocéros delémontain.
Représentation d'artiste de Molassitherium delemontense, un rhinocéros delémontain. [ikonaut - Jurassica]
Un crâne de rhinocéros, vieux de près de 30 millions d’années, a été découvert en 2007 sur le tracé autoroutier de la Transjurane, dans des sables molassiques de la vallée de Delémont.

Crâne de rhinocéros, vieux de près de 30 millions d’années, découvert en 2007 sur le tracé autoroutier de la Transjurane.
Crâne de rhinocéros, vieux de près de 30 millions d’années, découvert en 2007 sur le tracé autoroutier de la Transjurane. [Jurassica]

L’évolution de la vie sur terre ne se traduit pas seulement par l’adaptation des espèces à leur milieu, mais également par des changements de leurs aires de répartition, notamment en réaction à des modifications climatiques ou géographiques.

Bien que pratiquement éteint aujourd’hui, les rhinocéros ont constitué un groupe de mammifères très diversifiés sur les 40 derniers millions d’année de l’histoire de la Terre. Ces grands herbivores étaient largement répandus en Amérique du nord et en Asie depuis le milieu de l’Eocène (il y a environ 40 millions d’années). Leur arrivée en Europe est datée à environ 33,5 millions d’années, une période correspondant à une migration massive de mammifères asiatiques, nommée la Grande Coupure.

Ce changement climatique majeur, lié principalement à la dérive des continents, provoque une baisse générale du niveau des océans et une baisse considérable des températures. Il en résulte la disparition de nombreuses espèces endémiques européennes. Les variations du niveau marin provoquent la création de nouveaux ponts terrestres reliant l’Europe et l’Asie, jusqu’alors séparées par un bras de mer. Des mammifères d’origine asiatique font alors leur apparition en Europe, dont des rhinocéros trouvés dans la région actuelle de Delémont (la famille des rhinocérotidés a disparu d’Europe au cours du Quaternaire, il y a environ 16’000 ans).

Crâne de rhinocéros, vieux de près de 30 millions d’années, découvert en 2007 sur le tracé autoroutier de la Transjurane.
Crâne de rhinocéros, vieux de près de 30 millions d’années, découvert en 2007 sur le tracé autoroutier de la Transjurane. [Jurassica]

Ce crâne de rhinocéros, vieux de près de 30 millions d’années, a été découvert en 2007 sur le tracé autoroutier de la Transjurane, dans des sables molassiques de la vallée de Delémont. Le spécimen est singulier par ses caractères primitifs, comme l’absence de corne, et remarquable par son état de préservation. Il représente une nouvelle espèce encore inconnue il y a peu, témoin de l’arrivée des rhinocéros en Europe.

L’espèce a été nommée Molassitherium delemontense, ce qui signifie littéralement "bête des dépôts molassiques, originaire de Delémont". Par anatomie comparée, elle a aussi été identifiée en Allemagne et en France. Cependant ce spécimen delémontain porte le statut d’holotype. Il représente ainsi le spécimen unique désigné portant le nom de Molassitherium delemontense.

RTSdécouverte en collaboration avec le JURASSICA Museum à Porrentruy

Publié le 05 janvier 2016 à 13:21

En plus

Fiche descriptive

> Nom: Molassitherium delemontense
> Période: Oligocène
> Âge: -30 millions d’années
> Environnement: forêts côtières (plaine deltaïque), climat tempéré
> Contexte de découverte: fouilles paléontologiques lors de la construction de l’autoroute A16 à Courrendlin, dans le Jura suisse.

Lexique

> Anatomie comparée: l’anatomie comparée est l’étude des similarités et des différences que l’on peut observer dans la structure des organismes. Appliquée à la paléontologie, l’anatomie comparée devient une discipline fondamentale permettant de déterminer les relations de parenté des organismes à travers le temps et d’identifier certains processus d’adaptation à leur environnement. Tous les grands naturalistes, de Cuvier à Darwin, ont formulé leurs hypothèses sur l’évolution de la vie à partir de l’anatomie comparée.
> Holotype: un holotype est un individu qui a servi à décrire pour la première fois une espèce animale ou végétale. Ce spécimen de référence est désigné par l’auteur du nom dans une publication originale.