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Carnet 5: un étourdissant Djokovic, un Stan tombé les armes à la main, une Bencic en porte-drapeau et un match de «malades» sur le 14

Novak Djokovic a été impérial sur le Centre Court, où Stan Wawrinka a donné tout ce qu'il avait pour tenter de surprendre un Serbe injouable. Ne subsiste qu'un seul espoir suisse dans le tournoi: Belinda Bencic, à l'aise contre Magda Linette. [EPA / AP]
Novak Djokovic a été impérial sur le Centre Court, où Stan Wawrinka a donné tout ce qu'il avait pour tenter de surprendre un Serbe injouable. Ne subsiste qu'un seul espoir suisse dans le tournoi: Belinda Bencic, à l'aise contre Magda Linette. - [EPA / AP]
Il n’y a hélas pas eu la moindre ouverture pour Stan Wawrinka hier soir contre un impressionnant Novak Djokovic, qui a même pris le couvre-feu à contrepied. Belinda Bencic, en verve, est donc la dernière représentante helvétique à Wimbledon, où un match féminin au scénario improbable a battu des records et convoqué les crampes.

ÉTOURDISSANT DJOKO… Pied au plancher, Novak Djokovic a été sans pitié avec Stan Wawrinka (6-3 6-1 7-6). Le niveau de jeu et le niveau de confiance du Serbe donnent le tournis et, comme à Roland-Garros, on ne voit pas qui pourrait le battre dans cette quinzaine. Trop solide, trop réaliste, trop sûr de lui, "Nole" évolue trois étages au-dessus de la concurrence. Si bien que l'on ne cesse de se demander s'il est vraiment trop trop trop fort ou si l'adversité est la plus fragile de la décennie. Un peu des deux, sans doute. La question reste ouverte.

LES ARMES À LA MAIN… "Ça va vite, ça va trop viiiiiite!". Bien que l'on n'ait pas pu s'empêcher de paraphraser Josiane Balasko dans les Bronzés font du ski au cours d'un 2e set où tout a défilé trop rapidement pour Stan Wawrinka, qu'aurait pu concrètement faire d'autre le Vaudois hier soir? Pas grand-chose, avouons-le, hormis espérer être plus efficace au service, compartiment de son jeu qui ne fut durant deux manches pas à la hauteur de l'événement. Pour le reste, "Stanimal" s'est battu avec ce qu'il pouvait proposer, en sachant qu'il n’a plus l'habitude de ces rencontres et qu'il n'est pas habité par les mêmes certitudes que son bourreau. Au moins l'Helvète, mieux dans son "truc" durant le 3e set est-il tombé les armes à la main. Et c'est tout ce qu'on lui souhaitait en cas de défaite.

LA LUCIDITÉ DE STAN… Comme souvent à l'heure de l'analyse, Wawrinka a fait preuve de lucidité. "La différence, c'est que moi je lutte depuis 15 mois pour gagner chaque match dès les premiers tours, alors que Novak Djokovic maîtrise totalement son tennis", a tenu à souligner avec raison le vétéran du tournoi. C'est aussi ce qui fait que Stan n'est pas parvenu à enfoncer le clou dans le tie-break. Parce qu'il n'a justement pas toute la confiance accumulée depuis des lustres par le Serbe.

TSITSIPAS, AVEC LA MANIÈRE... Quoi de mieux que de conclure par un ace un match éreintant? Conscient que cela ajoute un peu de sel à une belle victoire, Stefanos Tsitsipas ne s'est pas fait prier pour s'offrir ce petit bonheur et Andy Murray par la même occasion. Renvoyés au vestiaire par le couvre-feu jeudi soir, les deux hommes ont continué de présenter un joli spectacle hier après-midi, mais l'âge a coûté cher à l'Écossais, qui n'avait plus tout à fait ses gambettes de la veille et s'est surtout trouvé un adversaire suffisamment solide pour le faire plier au 5e set. Jamais vraiment flamboyant à Church Road (un 8e de finale en 5 participations) jusqu'alors, le Grec est allé chercher comme un grand sa victoire, avec du très bon tennis. Il apparaît plus fiable qu'on ne le pensait dans cette quinzaine. Et puisque sa partie de tableau s'est un peu dégagée...

MURRAY, ENCORE UNE FOIS? Le temps passe pour tout le monde et Andy Murray (36 ans) a déjà repoussé pas mal de limites et même le Migros-Data. On ne peut ainsi être que déçu pour lui de le voir sortir si vite de "son" tournoi, dix ans jour pour jour après son premier triomphe, et ce alors qu'il semblait pratiquer son meilleur tennis depuis des mois. Parce que si on a loué le courage de Stan Wawrinka, que dire de celui du double vainqueur de Wimbledon, qui a lui aussi traversé des moments très très compliqués et avait même carrément affirmé début 2019 qu'il allait prendre sa retraite? Sauf qu'il est toujours là, en vieux lion, et son geste de la main vers le public du Centre Court ne ressemblait pas à un adieu, mais plutôt à un "au revoir". Alors oui, Murray devrait revenir en 2024, mais pour lui aussi, escogriffe à l'humour délicieux, la fin s'approche et le plaisir de le voir au plus haut niveau ne durera pas éternellement.

HURKACZ, C'EST PROPRE! Demi-finaliste voici deux ans après avoir notamment collé une roue de vélo à un certain Roger F. (nom connu de la rédaction), Hubert Hurkacz a beau ne pas traverser sa plus belle période, il a livré une performance très propre et très solide pour laisser Lorenzo Musetti sur le bord du chemin en seulement 2h06 (7-6 6-4 6-4). "Grande tige" et pas maladroit au filet, le Polonais pourrait passer pour un gros client. Sauf que son prochain adversaire se nomme... Novak Djokovic.

BUBLIK SANS FAIRE DE BRUIT… Méfions-nous de l'eau qui dort, peut-être encore plus lorsque celle-ci se nomme Alexander Bublik. Titré il y a 15 jours à Halle, le Kazakh un peu beaucoup déjanté vient de passer ses deux premiers tours en fumant la pipe (6-3 7-6 6-0 contre Wolf, 6-4 6-1 7-6 devant Marterer) et en se permettant même de faire un peu n'importe quoi (voir le tweet ci-dessous), et c'est sans doute aussi pour cela qu'on a besoin de lui. D'ailleurs, il livre globalement un tennis plaisant et audacieux qui pourrait encore en surprendre plus d'un. Andrey Rublev, son prochain adversaire, qui a perdu contre lui en finale en Allemagne au mois de juin, ne fait pas le fier. Le Russe sait qu'il est bon, Bublik.

MEDVEDEV ASSURE… Bien qu'il affirme ne pas être un herbivore, on a toujours le sentiment que Daniil Medvedev pourrait ne pas être maladroit du tout à Wimbledon. Le Russe ne blufferait-il pas quelque peu? En tout cas, son 2e tour devant le spécialiste ès gazon qu'est Adrian Mannarino n'a pas fait un pli. Le grand absent de l'édition 2022 s'est imposé 6-3 6-3 7-6 pour avoir droit à un vrai test en 16e de finale contre le cogneur Marton Fucsovics.

BENCIC, MAIS OUI! Pour la troisième fois de sa carrière après 2015 et 2018, Belinda Bencic verra donc les 8es de finale de Wimbledon grâce à sa victoire expéditive contre Magda Linette (6-3 6-1). Un retour au 4e tour qui arrive peut-être l'année où on s'y attendait le moins, sachant que la Saint-Galloise a passé le printemps loin des courts à soigner des bobos. Et qu'elle a même dû s'occuper d'autres soucis physiques avant de détruire la Polonaise, son épaule droite étant endolorie. Problème: c'est une autre joueuse de la République d'Europe centrale qui se dressera sur sa route, et pas n'importe laquelle: Iga Swiatek, reine de la hiérarchie mondiale. A chaque fois battue en 8es de finale à Church Road par d'anciennes Nos 1 WTA, Bencic a l'occasion de casser cette série. Pour l'anecdote, elle a affronté trois fois Swiatek et l'a matée à une seule reprise. Mais c'était lors de leur unique affrontement en Grand Chelem, à l'US Open 2021, à une époque où on voyait Bencic aller... au bout.

Les supporters suisses ont donné de la voix, puis affiché et surtout pris des couleurs en soutenant Belinda Bencic. [EPA - Adam Vaughan]
Les supporters suisses ont donné de la voix, puis affiché et surtout pris des couleurs en soutenant Belinda Bencic. [EPA - Adam Vaughan]

GOLUBIC TROP COURTE… On aurait aimé que Viktorija Golubic enchaîne devant Madison Keys, sa victime de 2021. Mais au fil de son 2e tour, la Zurichoise a été trop courte dans les moments décisifs pour surprendre une Américaine qui n'était pourtant pas impressionnante. On ne le répétera jamais assez, mais quel dommage que Golubic ne possède pas une mise en jeu digne de ce nom!

LES FAVORITES FACILES... Les favorites en lice hier ont toutes passé l'écueil. Avec des hauts et des bas certes, mais en faisant l'essentiel. On veut bien sûr parler d'Iga Swiatek, d'Ons Jabeur, de Petra Kvitova et d'Aryna Sabalenka. Seule la Bélarusse a laissé une manche en route, face à la néo-Française Varvara Gracheva, avant de se ressaisir.

HITCHCOCK ON THE COURT… S'est joué hier sur le court 14 un match improbable, bataille longue durée qui use les nerfs et met à plat celles qui la livrent; entre Lesia Tsurenko et Ana Bogdan, il y a eu à boire et à manger, de beaux coups, de gros ratés aussi, mais surtout du suspense, saupoudré de ces "petites" crampes toujours agréables, conséquences d'un physique rincé et d'un mental mis à rude épreuve. L'Ukrainienne a toutefois fini par trouver son salut après 3h30 de combat, concluant 20-18 au super tie-break de la 3e manche qui a duré… 37 minutes! Tsurenko a sauvé 5 balles de match avant de pouvoir "savourer" son succès sur sa 7e ouverture (les guillemets sont de rigueur, tant on ne sait pas trop ce que l’on peut savourer avec autant de crampes). Jessica Pegula, son adversaire en 8e de finale, pourrait bien la cueillir comme un fruit mûr.

LA HONTE… On trouve de tout en salle de presse, et hélas souvent un déficit de compétence(s). Celle de Wimbledon n'échappe pas à la règle, avec notamment ce journaliste qui a félicité Paula Badosa pour sa victoire, alors que l'Espagnole venait… d'abandonner contre Marta Kostyuk. Pathétique, il n'y a pas d’autre mot. Et il ne faut pas s'étonner que cette profession ait perdu tant de crédit…

QUELQUES BELLES AFFICHES… Ces 48 prochaines heures, Church Road aura de belles affiches à son programme. En voici quelques-unes, à ne pas manquer: Zverev-Berrettini, Tiafoe-Dimitrov, Medvedev-Fucsovics, Rublev-Bublik et Hurkacz-Djokovic chez les hommes. Ainsi que Swiatek-Bencic, Azarenka-Svitolina et Jabeur-Andreescu côté féminin.

Arnaud Cerutti - @arnaud_cerutti

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